Économie

Finances publiques : le Maroc engage une réforme de fond pour renforcer durablement la performance budgétaire

Il ne s’agit pas d’une réforme de plus, mais d’un véritable changement de cap. En adoptant, le 8 avril 2026, le Cadre stratégique de réforme de la gestion des finances publiques (CSR-GFP) pour la période 2026-2032, le ministère de l’Économie et des Finances ouvre un nouveau cycle, celui d’une refonte en profondeur destinée à corriger une faiblesse structurelle de l’État marocain : le décalage persistant entre le volume de la dépense publique et son efficacité réelle.

Derrière cette initiative se dessine un constat étayé par les données. Les dépenses publiques ont atteint près de 570 milliards de dirhams en 2024, soit environ 44 % du PIB, contre près de 30 % au début des années 2000. Dans le même temps, le déficit budgétaire s’est établi autour de 4,4 % du PIB en 2023, tandis que la dette du Trésor avoisine 69 % du PIB selon les estimations les plus récentes. Ces niveaux demeurent soutenables, mais ils réduisent les marges de manœuvre dans un environnement marqué par des chocs économiques récurrents.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi organique relative à la loi de finances en 2015, le Maroc a introduit des outils modernes de gestion budgétaire, notamment la programmation pluriannuelle et l’orientation vers la performance. Toutefois, plusieurs analyses soutenues par des institutions financières internationales ont mis en évidence un écart entre les dispositifs formels et leur mise en œuvre effective. Les instruments existent, mais leur cohérence et leur pleine appropriation restent incomplètes.

C’est précisément cet écart que le CSR-GFP ambitionne de réduire. Le cadre repose sur une logique d’intégration progressive des différentes fonctions de la gestion publique, depuis la préparation budgétaire jusqu’au contrôle et à l’analyse des résultats. La réforme s’inscrit dans une trajectoire de six ans, avec l’objectif de mieux encadrer la discipline budgétaire, d’améliorer la qualité de la dépense et de moderniser les outils de gestion.

Concrètement, cela suppose d’abord un renforcement de la prévisibilité des finances publiques, en améliorant la fiabilité des projections de recettes et en encadrant plus strictement les engagements de dépenses. Il s’agit ensuite de faire évoluer la logique d’allocation budgétaire, en reliant de manière plus étroite les ressources mobilisées aux résultats obtenus, à travers des indicateurs plus robustes et mieux suivis. Enfin, la réforme mise sur une digitalisation cohérente des processus, afin de fluidifier l’exécution, de réduire les délais et de sécuriser l’information financière.

Le Maroc s’inscrit ainsi dans une dynamique internationale bien établie. Les expériences comparées montrent que les pays ayant adopté des cadres intégrés de gestion des finances publiques ont enregistré des gains mesurables en efficacité. Des pays comme le Rwanda ou la Géorgie ont, par exemple, amélioré leur performance budgétaire de plus de 15 points dans le cadre du dispositif international d’analyse des dépenses publiques et de la responsabilité financière, un outil de référence utilisé pour apprécier la qualité de la gestion budgétaire d’un État.

Ce dispositif repose sur une série d’indicateurs précis qui permettent de mesurer, de manière standardisée, la fiabilité des prévisions budgétaires, la maîtrise de l’exécution des dépenses, la transparence des comptes publics ou encore l’efficacité des mécanismes de contrôle. Il offre ainsi une lecture globale et comparable de la manière dont un pays planifie, exécute et supervise ses finances publiques.

Dans cette perspective, le Maroc dispose d’une base solide mais perfectible. Les résultats les plus récents mettent en avant des avancées en matière de transparence, tout en soulignant des marges d’amélioration sur l’exécution et l’analyse de l’impact des politiques publiques. Le CSR-GFP vise précisément à franchir ce cap en consolidant les acquis et en corrigeant les déséquilibres persistants.

Un autre chantier structurant concerne la commande publique, qui représente près de 200 milliards de dirhams par an, soit environ un tiers des dépenses publiques. L’enjeu est d’améliorer l’efficacité économique de cette dépense, en renforçant la concurrence, en réduisant les délais de paiement et en assurant une meilleure traçabilité des procédures. Là encore, la digitalisation constitue un levier déterminant.

Reste que la réussite de cette réforme dépendra avant tout de sa mise en œuvre. L’expérience internationale montre que la qualité de la gouvernance, la coordination entre administrations et la capacité d’appropriation par les acteurs sont des facteurs décisifs. En ce sens, le CSR-GFP constitue moins un aboutissement qu’un point de départ. C’est dans sa traduction concrète que se jouera sa crédibilité et, au-delà, la capacité de l’État à transformer durablement la dépense publique en résultats tangibles.

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