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Le renouvellement de l’accord de pêche avec l’Union Européenne : Les coulisses des négociations techniques à Bruxelles

Le renouvellement de l’accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne ne se joue plus uniquement sur des quotas halieutiques ou des compensations financières. Dans les couloirs feutrés de la Commission européenne, à Bruxelles, le dossier a changé de nature : il est devenu un test politique majeur entre Rabat et ses partenaires européens.

Depuis l’expiration du dernier protocole, les négociations techniques avancent au ralenti. Au cœur du blocage, une ligne rouge désormais infranchissable pour le Maroc : la reconnaissance explicite de sa souveraineté sur les provinces du Sud et l’inclusion sans ambiguïté des eaux atlantiques sahariennes dans tout futur accord.

À Rabat, le ton s’est durci. Le Royaume refuse désormais les formulations diplomatiques floues qui avaient longtemps permis à Bruxelles de ménager ses équilibres internes. Le message transmis aux négociateurs européens est clair : aucun accès aux ressources halieutiques marocaines ne sera accordé en dehors d’un cadre respectant pleinement l’intégrité territoriale du pays.

Cette fermeté révèle surtout les fractures croissantes au sein de l’Union européenne. L’Espagne et le Portugal, dont des milliers d’emplois dépendent directement de l’activité de leurs flottes dans les eaux marocaines, plaident pour un compromis rapide. À l’inverse, plusieurs capitales nord-européennes continuent d’aborder le dossier à travers un prisme essentiellement juridique et idéologique, souvent éloigné des réalités économiques et stratégiques du terrain.

Mais le rapport de force n’est plus celui des années précédentes. Le Maroc négocie aujourd’hui avec une marge de manœuvre élargie, portée par la diversification de ses partenariats internationaux et par la montée en puissance de son économie maritime.

Dans les cercles gouvernementaux chargés de la pêche et du commerce extérieur, l’hypothèse d’une rupture durable avec Bruxelles n’est plus considérée comme un scénario extrême. Elle est désormais intégrée dans les calculs stratégiques du Royaume.

L’alternative se dessine clairement vers l’Asie. Depuis plusieurs mois, Rabat multiplie les échanges avec de grandes puissances maritimes asiatiques, notamment le Japon, la Chine et la Corée du Sud. Ces acteurs, fortement dépendants des importations halieutiques, voient dans l’Atlantique marocain un réservoir stratégique à haute valeur ajoutée.

Surtout, ces partenaires potentiels abordent la relation sous un angle strictement économique. Là où Bruxelles s’enlise dans des équilibres politiques complexes, les capitales asiatiques privilégient une logique d’accès, d’investissement et de sécurisation des approvisionnements.

Pour le Maroc, cette reconfiguration offrirait un double levier. D’une part, préserver  voire accroître les revenus du secteur halieutique. D’autre part, accélérer le positionnement du Royaume comme plateforme maritime et logistique entre l’Afrique atlantique et les marchés asiatiques, notamment autour du futur port stratégique de Dakhla Atlantique.

Au-delà de la pêche, l’épisode actuel traduit surtout une évolution profonde de la doctrine diplomatique marocaine. Rabat ne se place plus dans une logique de dépendance vis-à-vis de l’Europe. Le Royaume négocie désormais à partir de ses propres priorités souveraines et de ses nouveaux équilibres géoéconomiques.

Les prochaines semaines diront si le réalisme économique des pays du Sud de l’Europe finira par s’imposer face aux hésitations politiques de Bruxelles. Une certitude, toutefois, domine déjà les discussions : dans l’Atlantique marocain, les espaces que l’Europe pourrait abandonner trouveront rapidement preneur.

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