Politique

Législatives 2026 : Appel à des engagements fermes pour l’intégration de la langue amazighe

À l’approche des élections législatives prévues le 23 septembre 2026, la Ligue marocaine pour l’amazighité a adressé un mémorandum politique et législatif à l’ensemble des partis politiques, les exhortant à inscrire des engagements « clairs, précis et contraignants » en faveur de l’achèvement de la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe dans leurs programmes électoraux.

Dans ce document, la Ligue considère que le prochain scrutin constitue un « véritable test » de la volonté des acteurs politiques de traduire les dispositions de la Constitution de 2011 en politiques publiques, en réformes législatives et en mesures institutionnelles concrètes.

L’organisation souligne que l’amazighe, en tant que langue officielle du Royaume et patrimoine commun de tous les Marocains, ne doit pas être instrumentalisée à des fins partisanes ou électoralistes. Elle plaide pour une gestion consensuelle de ce chantier stratégique, fondée sur le dialogue, le respect du pluralisme et l’implication de l’ensemble des acteurs institutionnels et de la société civile.

La Ligue déplore, par ailleurs, ce qu’elle qualifie de « gaspillage législatif et temporel » dans la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles et légales relatives à l’amazighe. Plus de cinq ans après l’entrée en vigueur de la loi organique n° 26.16, elle estime que le temps est venu de passer d’une logique de promesses à une phase de réalisation effective, rappelant que cette loi prévoit un calendrier progressif de quinze ans pour l’intégration complète de l’amazighe dans les différents domaines de la vie publique.

Le mémorandum insiste également sur la nécessité d’évaluer les avancées réalisées, de combler les retards enregistrés et de valoriser les acquis, notamment ceux réalisés par l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM).

Sur le plan de l’enseignement, la Ligue qualifie l’école de « principal levier » de la consécration du caractère officiel de l’amazighe. Elle propose la création d’une direction autonome au sein du ministère de l’Éducation nationale chargée du suivi de la généralisation de son enseignement, ainsi que le renforcement des moyens consacrés à la formation des enseignants et des formateurs.

Elle recommande aussi la généralisation de l’enseignement de l’amazighe dans les établissements publics, privés, traditionnels et de l’enseignement originel, son intégration dans les programmes d’alphabétisation ainsi que dans les cursus destinés aux Marocains résidant à l’étranger. La Ligue préconise, en outre, des incitations fiscales et financières pour encourager les établissements privés à adopter cet enseignement.

Le document appelle également à définir des critères précis d’évaluation des compétences linguistiques en amazighe au baccalauréat, à revoir la politique linguistique dans l’enseignement scientifique et technique et à privilégier les deux langues officielles, l’arabe et l’amazighe, dans les filières universitaires, tout en développant des parcours académiques et des laboratoires de recherche spécialisés dans la langue et la culture amazighes.

Dans le domaine religieux, la Ligue invite à renforcer la présence de l’amazighe dans les programmes d’encadrement religieux au sein des mosquées, au Maroc comme à l’étranger, ainsi que dans les contenus médiatiques à caractère religieux, notamment sur les plateformes numériques.

Au niveau de la politique linguistique, elle réclame l’accélération de la mise en place du Conseil national des langues et de la culture marocaine, prévu par la Constitution, ainsi que la création de l’Académie Mohammed VI de la langue arabe, afin de garantir une politique linguistique équilibrée et la complémentarité entre les deux langues officielles.

Sur le plan institutionnel, la Ligue demande l’introduction de la traduction simultanée en amazighe lors des séances plénières et des travaux des commissions parlementaires, conformément aux dispositions du règlement intérieur des deux Chambres du Parlement.

Elle appelle également à renforcer la présence de l’amazighe dans les médias publics, à développer la chaîne Amazighe, à augmenter ses ressources financières et humaines, à élargir le volume des programmes diffusés en langue amazighe sur les chaînes nationales, ainsi qu’à intégrer les études amazighes à l’Institut supérieur de l’information et de la communication.

Dans le secteur de la justice, le mémorandum propose des mesures visant à garantir l’usage de l’amazighe à toutes les étapes des procédures judiciaires, depuis l’enregistrement des dossiers jusqu’au prononcé des jugements, tout en recommandant la formation des magistrats et des fonctionnaires de justice à cette langue et la révision des textes juridiques afin d’assurer une égalité effective entre les deux langues officielles.

La Ligue préconise enfin la correction des erreurs relevées dans la traduction des panneaux de signalisation et de la signalétique administrative, la généralisation de l’usage de l’amazighe dans les centres d’appel des administrations publiques, les gares, les aéroports et les ports, ainsi que la valorisation du patrimoine culturel amazigh à l’occasion des grandes manifestations nationales et internationales.

En conclusion, la Ligue marocaine pour l’amazighité affirme que l’unité nationale, le pluralisme et le consensus constituent les fondements de son approche en faveur de la promotion de l’amazighe. Elle annonce qu’elle évaluera les partis politiques à l’aune de leur capacité à intégrer les propositions de ce mémorandum dans leurs programmes électoraux, faisant de la mise en œuvre effective du caractère officiel de l’amazighe l’un des principaux enjeux des élections législatives de 2026.

 

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