Semaine de l’investissement des MRE : le grand défi des CRI, faire passer l’épargne de la pierre à l’entreprise

Chaque été, le Maroc retrouve ses enfants partis ailleurs. Les voitures immatriculées à l’étranger remplissent les routes, les aéroports tournent à plein régime et les villes reprennent, pour quelques semaines, une partie de leur population. Mais derrière les retrouvailles familiales, il existe une autre réalité, moins visible : celle de l’argent que la diaspora continue de faire entrer dans le pays.
En 2025, les transferts des Marocains du Monde ont dépassé 122 milliards de dirhams. Un chiffre considérable, qui mesure la profondeur du lien économique entre le Maroc et sa diaspora. Mais il pose aussi une question : pourquoi cette puissance financière ne se transforme-t-elle pas davantage en entreprises, en activités exportatrices et en emplois durables ?
C’est précisément ce paradoxe que les Centres régionaux d’investissement tentent aujourd’hui d’attaquer. La Semaine de l’investissement consacrée aux Marocains du Monde, organisée cette semaine dans les différentes régions du Royaume, ne cherche plus seulement à expliquer aux MRE comment investir. Elle tente de leur donner une autre place dans l’économie nationale.
Le changement est important. Pendant longtemps, le MRE a surtout été associé au transfert d’argent, à la construction d’une maison familiale ou à l’achat d’un appartement. Cette épargne joue un rôle essentiel et continuera de le faire. Mais lorsqu’un pays veut accélérer son développement, une question finit forcément par surgir : quelle part de cette épargne prend réellement le chemin de l’économie productive ?
La réponse ne se résume pourtant pas à une campagne de communication. Pour un Marocain installé à l’étranger, acheter un logement au Maroc reste un investissement tangible et relativement simple à comprendre. Monter une entreprise est une tout autre histoire. Il faut connaître le marché, trouver les bons partenaires, sécuriser le foncier, recruter, financer le démarrage, maîtriser les règles fiscales et administratives, puis suivre l’activité à distance.
C’est là que se situe le véritable test pour les CRI.
Leur rôle ne peut plus se limiter à être une porte d’entrée administrative. Ils doivent être capables de transformer une idée en projet et un projet en activité. Cela suppose de connaître réellement les besoins des territoires, de proposer des projets suffisamment préparés et surtout de rester présents une fois l’investissement annoncé.
Car le principal obstacle n’est peut-être plus l’information. C’est la confiance.
Un MRE qui envisage d’engager plusieurs millions de dirhams veut savoir combien de temps prendra son projet, à qui s’adresser lorsqu’un problème surgit, comment son dossier sera traité et s’il pourra suivre efficacement l’avancement depuis l’étranger. La qualité d’un dispositif d’investissement se mesure donc moins à la promesse qu’à l’expérience concrète de l’investisseur.
La nouvelle Charte de l’investissement a justement cherché à changer d’échelle, notamment avec le dispositif destiné aux TPME. L’enjeu est important : l’investissement accompagné ne doit pas être réservé aux grands groupes et aux projets de plusieurs centaines de millions de dirhams. Une diaspora de près de six millions de personnes ne constitue pas un réservoir uniforme de grands investisseurs. Elle compte aussi des cadres, des ingénieurs, des commerçants, des entrepreneurs et des salariés disposant d’une épargne significative, mais qui n’investiront jamais des dizaines de millions de dirhams.
En revanche, ils peuvent investir quelques centaines de milliers ou quelques millions de dirhams dans une PME bien structurée. Et c’est peut-être là que se trouve le potentiel le plus intéressant.
Le Maroc n’a pas seulement besoin de grands projets. Il a besoin de milliers d’entreprises capables de durer, de recruter localement, de travailler avec des fournisseurs marocains et, lorsque cela est possible, d’exporter. Un entrepreneur MRE peut apporter davantage qu’un capital financier : des clients, des réseaux, une connaissance des marchés étrangers et une expérience acquise dans d’autres économies.
Autrement dit, la diaspora peut apporter au Maroc quelque chose que les statistiques des transferts ne mesurent pas : une connexion directe aux marchés internationaux.
Mais il faudra aussi accepter une réalité simple : les MRE ne sont pas des investisseurs captifs. Ils compareront le Maroc à d’autres pays. Ils regarderont le rendement attendu, le niveau de risque, la facilité de faire des affaires et la stabilité du cadre dans lequel ils engagent leur argent. Les incitations publiques peuvent réduire une partie du risque. Elles ne peuvent pas le supprimer.
C’est pourquoi le succès de cette Semaine de l’investissement ne devrait pas être mesuré au nombre de rencontres organisées ou de projets présentés. Il faudra regarder ce qui se passe après : combien de projets seront effectivement financés, combien créeront des emplois et combien seront encore en activité dans cinq ans.
Le Maroc dispose déjà du capital. Les MRE le transfèrent chaque année, massivement. Le véritable défi est ailleurs : créer suffisamment de confiance, de visibilité et de simplicité pour que cet argent accepte de prendre un risque entrepreneurial.
Passer de la pierre à l’entreprise ne se décrète pas. Cela se construit, projet après projet, territoire après territoire. Et si les CRI parviennent à devenir le chaînon efficace entre l’épargne de la diaspora et l’économie réelle, ils auront réussi bien davantage qu’une campagne d’investissement : ils auront contribué à changer la manière dont le Maroc transforme sa diaspora en force productive.
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