Politique

Forte concentration et aides publiques : le Conseil de la Concurrence alerte sur la compétitivité du marché des minoteries

Le Conseil de la Concurrence a publié un avis percutant sur le fonctionnement du marché des minoteries au Maroc, pointant du doigt les risques majeurs posés par la forte concentration du secteur et les effets pervers du mécanisme de subvention de la farine.

Selon le régulateur, le marché marocain est dominé par un nombre très limité d’acteurs. L’analyse révèle qu’au niveau du blé tendre, sept groupes seulement, sur les 99 actifs, accaparent 48 % de la part de marché. Pour le blé dur, cinq groupes détiennent 53 % de la production, et pour l’orge, trois groupes contrôlent une part écrasante de 71 % du marché.

Le Conseil de la Concurrence détaille cette concentration:

  • Blé Tendre: Sept groupes principaux, sur 99, détiennent 49 % de la production. Les 92 autres entreprises se partagent les 51 % restants, aucune ne dépassant 2,5 % de parts.

  • Blé Dur: La concentration est jugée « modérée » mais significative, avec quatre groupes principaux sur 29, qui monopolisent 54 % de la production (parts allant de 8,8 % à 18,6 %).

  • Orge: Ce segment présente le degré de concentration le plus élevé. Trois groupes seulement, sur 16, accaparent 71 % de la production, avec des parts de marché allant de 11 % à 47 %.

Le rapport est formel: « Ce taux de concentration élevé suggère que les trois principaux groupes sont en mesure d’influencer les prix et les conditions du marché, soulevant des problèmes de concurrence liés à leur position dominante. Cela limite les conditions d’exercice de la concurrence et la possibilité d’entrée pour les petites entreprises. »

L’avis du Conseil met particulièrement en lumière les effets néfastes du mécanisme de soutien et de compensation de l’État, mis en place pour garantir la stabilité du marché du blé tendre.

Si la subvention visait initialement à protéger le consommateur des fluctuations des prix mondiaux, elle est devenue un « fardeau croissant » pour les finances publiques. Plus grave encore, cette aide « perturbe la concurrence » sur le marché des minoteries et « fausse la chaîne de distribution ».

Le Conseil explique que le soutien maintenu aux prix bas du blé tendre crée une distorsion majeure: il oriente les choix des consommateurs vers la farine subventionnée au détriment des autres céréales locales. Cela limite les possibilités de diversification du secteur.

Malgré les mesures incitatives de l’État pour encourager la production locale (comme l’augmentation de la subvention de 5 à 30 dirhams par quintal pour la récolte nationale), les minoteries industrielles montrent une nette préférence pour le blé importé.

Cette préférence s’explique par la nature réglementée et la qualité constante du blé étranger (issu de pays comme la France, la Russie ou le Canada), contrastant avec le produit national souvent affecté par les conditions climatiques et la fluctuation de la récolte.

Le Conseil de la Concurrence appelle ainsi à une révision des mécanismes de soutien pour éviter de peser davantage sur les finances publiques tout en garantissant un environnement concurrentiel sain et équitable pour l’ensemble des acteurs du marché des minoteries.