Société

Le Tunnel du Tizi n’Tichka : L’éternel chantier des promesses face au calvaire hivernal du Sud-Est

Dès que les premiers flocons drapent les sommets de l’Atlas de leur manteau blanc, le col du Tizi n’Tichka se referme comme un verrou. Derrière les barrières de fer, des centaines de véhicules s’entassent, prisonniers d’une géographie hostile. Ce rituel hivernal, vécu comme une « déclaration de guerre » par les populations locales, ravive une question brûlante : où en est le projet de tunnel, ce chantier stratégique censé briser l’isolement du Sud-Est marocain ?

L’Arlésienne du Sud-Est

Le projet de tunnel de Tichka, souvent qualifié de « mythique » tant il tarde à se concrétiser, reste prisonnier des annonces officielles sans jamais voir le jour. Pour les habitants de Ouarzazate, Zagora ou Tinghir, l’absence de ce passage souterrain n’est pas seulement un défi technique, c’est un échec gouvernemental qui se traduit par une paralysie économique et humaine à chaque tempête de neige.

Malgré l’élargissement de la route nationale n°9, le franchissement du col demeure une épreuve de force. Entre éboulements rocheux et brouillards givrants, la sécurité des usagers est constamment mise à rude épreuve, alors que les promesses d’accélération des travaux semblent, elles aussi, ensevelies sous la neige.

Un paradoxe de développement : « Des mois pour les métropoles, des décennies pour le Sud »

Redouane Jkha, acteur associatif à Ouarzazate et expert en politiques publiques territoriales, ne cache pas son amertume face à l’interminable succession d’études techniques. « Il est frappant de voir des projets structurants sortir de terre en quelques mois dans les grandes métropoles, alors que le tunnel de Tichka s’enlise depuis des années dans des études géophysiques sans fin », confie-t-il au journal « Al Omk ».

Pour ce militant, l’enjeu est vital : « Le tunnel réduirait le trajet Ouarzazate-Marrakech à 1h30, contre 4h30 actuellement. Au-delà du temps gagné, c’est une question de survie économique pour relier deux pôles touristiques majeurs. Sans ce tunnel, Ouarzazate restera une zone de transit et non une destination de séjour », explique-t-il, rappelant avoir porté ce dossier jusqu’aux travées du Parlement.

Le tourisme et l’investissement en otage

Le secteur privé n’est pas en reste. Fouad Ouarzazi, opérateur touristique à Zagora, souligne que ce retard érode la confiance des investisseurs. « Le tunnel est la clé de voûte de l’infrastructure régionale. Son absence pèse lourdement sur les coûts logistiques et décourage les programmes touristiques hivernaux », précise-t-il.

Selon lui, l’isolement saisonnier provoque des annulations en cascade et ternit l’attractivité de la région Drâa-Tafilalet. Pour les professionnels, le tunnel n’est plus un luxe, mais une nécessité pour garantir une « justice spatiale » et une fluidité de mouvement tout au long de l’année.

L’horizon 2030 : Un défi de souveraineté logistique

À l’approche de grands rendez-vous internationaux, comme la Coupe du Monde 2030, la pression s’accentue. Abdellatif Akzi, secrétaire provincial du syndicat des chauffeurs de taxis, lance un cri d’alarme : « Le Maroc s’apprête à accueillir le monde. Même si notre région n’abrite pas de grands stades, elle reste une destination mondiale prisée par les supporters. Comment pourrons-nous les accueillir avec une route qui se coupe au moindre flocon ? »

Pour les transporteurs professionnels, le tunnel est le seul levier capable de moderniser le transport routier et touristique dans la région, tout en garantissant des conditions de sécurité dignes des standards internationaux.

Appel à une volonté politique « Positivement Discriminatoire »

En conclusion, les acteurs civils et économiques s’accordent sur un point : le dossier du tunnel de Tichka nécessite une volonté politique qui dépasse les discours. Ils réclament une « discrimination positive » pour le Sud-Est, afin que le baromètre du développement ne s’arrête plus aux frontières des montagnes de l’Atlas.

Alors que les sommets blanchissent à nouveau, l’espoir d’un tunnel semble, pour l’heure, rester au stade de la lueur au bout d’un très long couloir administratif.