Le groupe Al Omrane, bras armé de l’État marocain dans le secteur de l’habitat et de l’aménagement urbain, traverse une zone de turbulences sans précédent. Longtemps présenté comme le moteur de la politique nationale du logement, l’organisme est aujourd’hui la cible de vives critiques au sein du Parlement et devant les tribunaux. Les griefs sont nombreux : défaillances structurelles, opacité de la gouvernance, retards de livraison chroniques et dettes abyssales auprès des entreprises partenaires. Cette situation interroge désormais sur la capacité réelle de l’institution à remplir sa mission sociale initiale.
Sur le plan judiciaire, le dossier de la filiale « Al Omrane Oriental » a récemment marqué l’opinion publique. La chambre des crimes financiers de Fès a condamné l’ancien directeur général de cette succursale à huit ans de prison ferme pour des faits graves de détournement et de dilapidation de deniers publics. L’affaire, qui porte sur un préjudice estimé à 610 millions de dirhams, a révélé des manipulations de marchés publics et la cession de terrains domaniaux à des prix dérisoires au profit de proches de la direction, au mépris total des procédures de contrôle interne.
À Harhoura, le groupe est également empêtré dans un scandale foncier impliquant quatorze responsables. La justice examine des cessions de terrains effectuées en 2006 à des tarifs symboliques, soit environ 193 dirhams le mètre carré, alors que leur valeur réelle était nettement supérieure. L’enquête a révélé que les acquéreurs n’étaient autres que des cadres de l’entreprise regroupés au sein d’une amicale résidentielle, agissant à la fois comme vendeurs et acheteurs. Ce conflit d’intérêts manifeste a causé une perte estimée à plusieurs millions de dirhams pour les caisses de l’État.
Le mécontentement gagne également les élus de la nation qui dénoncent des projets « défigurés ». À Safi, le projet Borj Ennadour, pourtant inauguré par le Souverain, est pointé du doigt pour son manque d’esthétique et sa ressemblance avec des constructions anarchiques. De même, le site de Souiria Qadima est qualifié de « ville fantôme » par certains parlementaires : vingt-cinq ans après sa création, le lotissement manque cruellement d’infrastructures de base comme l’éclairage public, l’assainissement et des routes dignes de ce nom, laissant les acquéreurs dans le désarroi.
Au-delà des scandales fonciers, Al Omrane fait face à une crise financière asphyxiante qui impacte directement le tissu économique local. Les retards de paiement envers les petites et moyennes entreprises (PME) chargées des travaux se multiplient, particulièrement dans les régions de Marrakech, Fès et de l’Oriental. Ces impayés, qui se chiffrent en dizaines de millions de dirhams, poussent de nombreuses entreprises vers la faillite et entraînent des licenciements massifs, en totale contradiction avec les orientations gouvernementales visant à protéger l’investissement et les délais de paiement.
Enfin, les bénéficiaires et les citoyens expriment une rupture de confiance profonde envers l’institution. Entre les logements terminés mais non livrés à Dakhla, les frais de « mainlevée » jugés illégaux à Sefrou et les plaintes pour escroquerie à Tanger, l’image de marque du groupe est durablement ternie. Face à ces dysfonctionnements en cascade, les parlementaires appellent désormais à une intervention urgente du gouvernement et de la ministre de l’Aménagement du territoire pour redresser la barre et garantir le droit des citoyens à un logement décent et transparent.