Économie

La Cour des Comptes pointe les retards de la transition énergétique et l’impact limité des grands projets

Dans son dernier rapport annuel au titre de l’exercice 2024-2025, la Cour des Comptes a dressé un bilan critique de la stratégie marocaine en matière d’énergies renouvelables, en soulignant une progression jugée lente au regard des ambitions affichées par le Royaume. L’institution supérieure de contrôle des finances publiques a mis en exergue des défis structurels majeurs, notant que si des réalisations importantes ont été enregistrées dans les régions d’Ouarzazate, Laâyoune et Boujdour, les retombées socio-économiques de ces infrastructures demeurent en deçà des attentes. Le rapport précise notamment que malgré la création de plus de 8 500 emplois durant les phases de construction, les postes permanents restent marginaux, à l’instar des centrales solaires à concentration comme Noor Ouarzazate qui ne génèrent qu’environ 400 emplois stables.

Le document souligne par ailleurs une problématique persistante liée à l’intégration industrielle et au transfert de technologie. La Cour estime que la valeur ajoutée locale reste faible, oscillant entre 34,5% et 42% pour les projets solaires thermiques, et tombant à moins de 23% pour les autres installations. Cette situation s’explique par le fait que la participation des entreprises nationales se limite principalement à des travaux de génie civil et de câblage, sans réelle montée en compétence technologique. Sur le plan financier, l’institution alerte sur le coût élevé de production du solaire thermique qui a atteint 1,61 dirham par kilowatt-heure en 2024, provoquant un déficit d’exploitation cumulé de 4,9 milliards de dirhams pour les centrales Noor I, II et III, en raison d’un prix de vente inférieur aux coûts contractuels.

Sur le volet institutionnel, le rapport fustige la lenteur du transfert des actifs hydroélectriques de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) vers l’agence Masen, une opération qui aurait dû s’achever en 2021 mais qui n’a été formalisée par une convention tripartite qu’en novembre 2025. Ce retard de restructuration s’accompagne d’un maintien préoccupant de la dépendance aux énergies fossiles. En effet, à la fin de l’année 2020, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique national n’était que de 37%, manquant ainsi l’objectif initial de 42%. Bien que ce taux se soit amélioré pour atteindre 41,5% en 2023, la capacité solaire installée reste largement insuffisante par rapport aux prévisions, principalement à cause d’un déficit de coordination institutionnelle et de difficultés foncières.

Face à ce constat, la Cour des Comptes appelle à une accélération immédiate des réformes du secteur électrique à travers une séparation effective des activités de production, de transport et de distribution. Elle insiste sur l’urgence de publier les textes réglementaires manquants, notamment ceux relatifs à l’accès au réseau de moyenne tension et à l’autoconsommation, tout en garantissant la transparence des coûts pour éviter toute discrimination entre les producteurs. Enfin, l’institution recommande l’adoption d’une stratégie claire pour le gaz naturel et la diversification des financements vers des mécanismes plus compétitifs, afin de garantir la viabilité économique du modèle énergétique marocain et de renforcer la souveraineté technologique nationale.