Économie

L’OCP pulvérise ses records de revenus mais voit sa dette s’équilibrer au sommet de ses ambitions mondiales

Détenteur de 68 % des réserves mondiales de phosphate avec plus de 50 milliards de tonnes enfouies dans le sous-sol national, le Maroc consolide sa souveraineté sur cette ressource vitale. Cette domination géologique permet à l’OCP d’assurer les besoins de l’agriculture mondiale pour les décennies à venir, transformant le Royaume en un acteur incontournable des équilibres géopolitiques actuels.

Les derniers indicateurs financiers révèlent une progression fulgurante de l’activité. Au terme de septembre 2025, le chiffre d’affaires a bondi à 84,36 milliards de dirhams, contre 69,05 milliards à la même période l’année précédente. Cette croissance est principalement tirée par une explosion de 112 % du volume des exportations de roche de phosphate et une demande mondiale soutenue pour les engrais. Malgré la volatilité des marchés et la hausse des prix des intrants tels que le soufre et l’ammoniac, le groupe a maintenu une rentabilité robuste avec une marge d’EBITDA de 37 %, s’élevant à environ 31 milliards de dirhams.

Pour soutenir cette cadence, l’OCP assume une stratégie d’endettement assumée. En avril 2025, le groupe a levé 1,75 milliard de dollars sur le marché international, une opération couronnée de succès avec une demande quatre fois supérieure à l’offre. La direction justifie ce recours aux emprunts par l’ampleur de son plan d’investissement vert, dont les dépenses ont atteint près de 25 milliards de dirhams à fin septembre 2025. Ces fonds sont injectés dans des infrastructures de pointe visant à réduire les coûts opérationnels à long terme et à garantir une croissance durable capable d’honorer les engagements financiers futurs.

Au-delà de l’extraction minière sur ses sites historiques de Khouribga, Youssoufia, Ben Guerir et Boucraâ, l’OCP se réinvente hors du cadre traditionnel des phosphates. Le groupe investit massivement dans le dessalement de l’eau de mer avec des stations majeures à Jorf Lasfar et Safi, sécurisant ainsi ses besoins industriels tout en approvisionnant les villes voisines en eau potable. Cette mutation s’accompagne d’un virage énergétique radical vers le solaire et l’éolien, avec l’ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.

L’innovation constitue l’autre fer de lance de cette transformation. À travers l’Université Mohammed VI Polytechnique, l’OCP investit dans la recherche et développement pour produire de l’ammoniac vert à partir d’hydrogène renouvelable, s’affranchissant ainsi des fluctuations des prix du gaz naturel. Parallèlement, le groupe explore de nouveaux horizons comme l’agriculture de précision et l’utilisation du phosphate dans les batteries pour véhicules électriques, diversifiant son portefeuille pour rester à l’avant-garde de la révolution industrielle mondiale.