Un récent rapport du Conseil de la Concurrence souligne que la répartition des capacités nationales de production de ciment met en évidence le rôle central des régions de Casablanca-Settat, Souss-Massa et de l’Oriental, qui représentent ensemble plus de 58 % de la capacité productive totale du pays.
Selon l’avis intitulé « Le fonctionnement concurrentiel du marché des matériaux de construction, le ciment comme modèle », la région de Casablanca-Settat concentre à elle seule un tiers des capacités nationales, accueillant des acteurs majeurs tels que LafargeHolcim Maroc, Ciments de l’Atlas et Ciments du Maroc, qui détiennent entre 80 et 90 % du marché, ainsi que le nouvel entrant Novacim.
En 2024, cette région a fourni plus du tiers de l’offre nationale de ciment, reflet de son poids économique et de son rôle moteur dans la dynamique de développement économique et social. Le rapport précise que la localisation des sites de production et les volumes livrés traduisent les potentialités des régions les plus actives, liées à l’ampleur des chantiers et projets industriels qu’elles abritent.
Au niveau national, la capacité annuelle totale de production atteint 27,3 millions de tonnes, dont 26,6 millions proviennent des sociétés intégrées, soit plus de 97 % des capacités, le reste étant assuré par trois centres de broyage indépendants. LafargeHolcim Maroc détient à elle seule près de 50 % de la capacité nationale, avec une production annuelle de 13,5 millions de tonnes, et contrôle également 54 % de la capacité nationale de clinker.
Le Conseil souligne que la majorité des ventes de ciment passe par un réseau de distributeurs, essentiel pour l’approvisionnement des chantiers de construction résidentielle. En 2024, ces distributeurs ont écoulé environ 9,3 millions de tonnes de ciment, générant un chiffre d’affaires supérieur à 9,9 milliards de dirhams. La part de marché des distributeurs sur le ciment destiné aux chantiers résidentiels atteint environ 92 %, démontrant leur rôle central dans la dynamique de la demande nationale.
Le rapport met en évidence la forte concentration du marché, dominé par les sociétés intégrées. LafargeHolcim Maroc, Ciments du Maroc et Ciments de l’Atlas couvrent entre 80 et 90 % de la demande nationale de ciment pour le secteur résidentiel. À l’échelle régionale, le marché présente des structures de type duopole ou oligopole, avec quelques cas quasi-monopolistiques, un phénomène reflétant la tendance mondiale de l’industrie du ciment à rechercher des économies d’échelle.
Cependant, cette concentration comporte des risques potentiels de coordination des comportements des acteurs, notamment sur les prix des ciments « courants », en raison de l’homogénéité des produits et de la transparence des prix. Le Conseil rappelle que la mise en place d’un nouveau cimentier est un investissement long et capitalistique, nécessitant entre 8 et 10 ans de la prospection géologique à l’entrée en production, avec des contraintes liées au foncier, aux infrastructures et à la modernisation technologique.
Malgré les investissements réalisés, le taux d’utilisation des capacités de production reste autour de 60 %, limitant légèrement l’offre sur le marché national. Le Conseil recommande de stimuler la demande sur les ciments courants ou de développer de nouvelles variantes pour diversifier l’offre, encourager l’innovation et réduire les coûts unitaires, afin d’influer positivement sur les prix.
Le rapport insiste également sur l’importance de réglementer la vente au détail et la production de béton prêt à l’emploi, de renforcer le contrôle des stocks, et de certifier les centrales à béton via des laboratoires spécialisés, afin de garantir la qualité et lutter contre les pratiques frauduleuses.
Enfin, le Conseil encourage la recherche et l’innovation pour développer des ciments plus écologiques, promouvoir l’exportation de clinker vers les marchés africains déficitaires en calcaire, et améliorer l’infrastructure portuaire et la logistique d’exportation, contribuant ainsi à une meilleure utilisation des capacités et à la stabilisation des prix nationaux.