Trente ans après l’Accord d’association, la relation entre Rabat et Bruxelles franchit un cap décisif. Montants records, convergence politique assumée et reconnaissance accrue du rôle stratégique du Royaume : en 2026, le partenariat UE–Maroc s’affirme comme l’un des piliers structurants de la stabilité et des transformations économiques en Méditerranée.
Le 17 février 2026 à Rabat, lors de la conférence annuelle de la Délégation de l’Union européenne au Maroc consacrée à la présentation du bilan 2025 et des perspectives 2026, l’ambassadeur Dimiter Tzantchev a donné le ton d’une relation appelée à franchir un nouveau palier. Trente ans après la signature de l’Accord d’association, le diplomate a rappelé que le partenariat entre Rabat et Bruxelles « s’inscrit dans la durée, est structuré et repose sur un dialogue constant au plus haut niveau ».
Évoquant le 15ᵉ Conseil d’association tenu le 29 janvier à Bruxelles, il a souligné l’unité des vingt-sept États membres pour approfondir encore davantage cette relation stratégique. L’Union européenne considère le Maroc comme un partenaire incontournable dans son voisinage méridional, notamment sur les dossiers de stabilité régionale, de transition énergétique, de migration et de coopération sécuritaire.
Concernant la question du Sahara, l’UE a réaffirmé son attachement au processus mené sous l’égide des Nations unies, tout en soulignant que le plan d’autonomie proposé par le Maroc constitue une base sérieuse et réaliste pour parvenir à une solution durable et mutuellement acceptable. Une position qui s’inscrit dans la dynamique diplomatique portée par le Royaume sous la vision stratégique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Du discours politique aux chiffres : le rapport 2025 confirme un changement d’échelle
Au-delà des déclarations, la conférence du 17 février a surtout été l’occasion de présenter le rapport annuel de coopération 2025, qui met en lumière l’ampleur croissante des engagements européens au Maroc.
Réunie à Rabat aux côtés de la Banque européenne d’investissement, la Délégation de l’UE a détaillé les montants mobilisés et les priorités pour 2026. Le message central est clair : dans un contexte régional incertain, Rabat et Bruxelles consolident une relation devenue structurante pour l’économie et les grandes réformes du Royaume.
3,5 milliards de dirhams mobilisés en 2025
En 2025, l’Union européenne a engagé 3,5 milliards de dirhams de financements au Maroc, dont près de 2,5 milliards sous forme d’appuis budgétaires destinés à accompagner les grandes réformes nationales. Ces transferts directs au Trésor, conditionnés à des objectifs précis, ciblent la protection sociale, l’éducation, la transition verte, l’inclusion financière, la gouvernance territoriale et la modernisation administrative.
Parmi les programmes phares, « KARAMA » a bénéficié de 292 millions de dirhams pour soutenir la généralisation de la protection sociale. Le programme « ESRIM » a mobilisé 240 millions de dirhams pour accompagner la réforme de l’enseignement supérieur, tandis que 858 millions de dirhams ont été consacrés aux stratégies agricoles et forestières dans le cadre de « Terre Verte ».
Des appuis supplémentaires ont concerné l’énergie renouvelable, l’inclusion financière des PME et la digitalisation des services publics.
Une relation commerciale d’ampleur historique
Sur le plan économique, les chiffres traduisent l’interdépendance croissante des deux rives. En 2024, les échanges de biens entre le Maroc et l’Union européenne ont atteint un niveau record de 60 milliards d’euros, en hausse de 7 % sur un an et de plus de 50 % par rapport à l’avant-Covid.
L’Union européenne représente 59 % du commerce extérieur marocain : elle absorbe près des deux tiers des exportations du Royaume et fournit plus de la moitié de ses importations.
Depuis l’achèvement de la zone de libre-échange en 2012, les exportations marocaines vers l’UE ont été multipliées par 2,9 et celles de l’UE vers le Maroc par 2,2. Les secteurs automobile, électrique, agroalimentaire, aéronautique et textile dominent les flux.
Dans l’agriculture, les échanges ont dépassé 7 milliards d’euros en 2024. Le Maroc s’est imposé comme premier fournisseur mondial de légumes de l’UE, avec plus d’un million de tonnes exportées, dont 581 000 tonnes de tomates. En parallèle, l’UE demeure un fournisseur stratégique de blé, couvrant près de 60 % des besoins d’importation du Royaume.
La BEI et la dynamique « Global Gateway »
Bras financier de l’Union, la Banque européenne d’investissement a signé en 2025 un volume record de 740 millions d’euros de financements au Maroc, son plus haut niveau depuis 2012. Les projets soutenus concernent la résilience hydrique, la transition énergétique, la reconstruction post-séisme et la modernisation ferroviaire.
Dans le cadre de la stratégie « Global Gateway », l’UE a engagé plus de 1,1 milliard d’euros au Maroc, avec un effet de levier attendu de 5,5 milliards d’euros d’investissements pour 29 projets structurants couvrant l’énergie, l’éducation, la protection sociale et la transition écologique.
Une trajectoire consolidée en 2026
Au-delà des montants engagés, c’est la cohérence stratégique de la relation qui se dessine avec davantage de netteté : cohésion sociale, croissance inclusive, transition énergétique, résilience territoriale et gouvernance convergent désormais dans un agenda commun. Avec 22,2 milliards d’euros d’encours d’IDE à fin 2024, l’Union européenne demeure le premier investisseur étranger au Maroc, confirmant la profondeur des interdépendances économiques.
Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les mutations climatiques et les recompositions énergétiques, le partenariat euro-marocain apparaît comme un axe de stabilité et de projection commune. L’année 2026 pourrait ainsi consacrer non seulement un approfondissement technique de la coopération, mais une véritable montée en puissance stratégique, à la mesure des ambitions partagées entre les deux rives de la Méditerranée.