Avec l’acquisition envisagée de Forafric Maroc par Cap Holding, le président de la CGEM renforce sa présence dans la transformation céréalière. Une opération industrielle qui relance aussi le débat sur la concentration du secteur.
La transformation céréalière marocaine pourrait entrer dans une nouvelle phase de concentration industrielle. Le Conseil de la concurrence examine actuellement un projet de prise de contrôle de 68 % de Forafric Maroc par Cap Holding, groupe dirigé par Chakib Alj, également président de la CGEM. Si l’opération s’inscrit dans une logique de consolidation industrielle, elle suscite aussi des interrogations sur l’évolution de la concurrence dans un secteur directement lié à l’approvisionnement alimentaire du pays.
Un acteur industriel renforcé dans la chaîne céréalière
L’opération concerne un périmètre stratégique couvrant plusieurs segments de la filière : stockage de grains, négoce, transformation du blé et production de produits alimentaires dérivés. Forafric Maroc, filiale du groupe Forafric Agro Industries, commercialise notamment des pâtes et semoules sous la marque MayMouna, solidement implantée sur le marché marocain.
Pour Cap Holding, l’intégration de cet acteur historique permettrait d’accroître sensiblement ses capacités industrielles dans un secteur marqué par la volatilité des prix internationaux du blé et par la dépendance structurelle du Maroc aux importations céréalières. L’opération s’inscrit dans une stratégie visant à mieux maîtriser plusieurs maillons de la chaîne de valeur, de l’approvisionnement en blé à la transformation et à la distribution des produits dérivés.
Une concentration croissante dans la minoterie marocaine
Au-delà de la transaction elle-même, le projet de prise de contrôle de Forafric Maroc soulève des interrogations sur l’évolution de la structure du secteur meunier au Maroc. Longtemps caractérisé par une pluralité d’acteurs régionaux, le marché de la transformation céréalière connaît depuis plusieurs années un mouvement progressif de consolidation autour d’un nombre limité de groupes industriels.
Dans ce contexte, l’acquisition envisagée par Cap Holding pourrait accentuer cette dynamique de concentration. Si la constitution d’acteurs industriels plus puissants est parfois présentée comme un moyen d’améliorer l’efficacité logistique et la capacité d’investissement, elle peut également réduire la diversité des opérateurs dans une filière stratégique pour l’approvisionnement alimentaire.
La question est d’autant plus sensible que la filière céréalière demeure étroitement liée aux équilibres économiques et sociaux du pays. Le fonctionnement concurrentiel du marché, la diversité des acteurs et la capacité des autorités publiques à préserver ces équilibres constituent des enjeux majeurs.
L’examen du dossier par le Conseil de la concurrence apparaît ainsi comme une étape déterminante. L’autorité devra évaluer si cette opération renforce la solidité industrielle du secteur sans compromettre les conditions d’une concurrence effective dans la transformation céréalière.
Chakib Alj, entre leadership patronal et intérêts industriels
Cette opération renforce la visibilité de Chakib Alj, à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) depuis 2020. Avant d’accéder à cette fonction, l’entrepreneur s’était déjà imposé comme un acteur important de l’agro-industrie nationale à travers le développement progressif de Cap Holding.
Initialement structuré autour de la transformation céréalière, le groupe s’est progressivement diversifié vers plusieurs activités liées à la chaîne agroalimentaire, notamment l’emballage industriel, l’alimentation animale et certaines activités agricoles. Cette diversification lui permet aujourd’hui d’être présent sur plusieurs segments d’une filière essentielle pour l’économie nationale.
La situation de Chakib Alj attire toutefois une attention particulière en raison de son implication directe dans une filière stratégique pour l’économie nationale. La prise de contrôle envisagée de Forafric Maroc place ainsi le président du patronat marocain au cœur d’une opération susceptible de modifier l’équilibre d’un secteur sensible.
Dans ce contexte, certaines voix s’interrogent sur la manière dont les positions du patronat peuvent s’articuler avec les intérêts industriels de ses dirigeants lorsque ceux-ci sont directement engagés dans des opérations de consolidation sectorielle.
L’opération visant Forafric Maroc illustre ces interrogations. Si elle peut être interprétée comme une étape supplémentaire dans la consolidation industrielle du secteur, elle contribue aussi à renforcer la concentration d’un marché déjà dominé par un nombre limité d’acteurs.
Dans une filière aussi stratégique que celle des céréales, la montée en puissance de grands groupes privés soulève inévitablement la question de l’équilibre entre efficacité industrielle, concurrence et régulation. L’examen du dossier par le Conseil de la concurrence sera donc particulièrement scruté, tant ses conclusions pourraient influencer l’évolution future du marché meunier marocain.
Au-delà du cas particulier de Forafric Maroc, cette opération met en lumière un débat plus large sur la concentration progressive du secteur et sur la place croissante de certains groupes dans l’organisation de filières essentielles à l’économie nationale. La manière dont les autorités arbitreront ces enjeux constituera un signal important pour l’avenir de la concurrence dans l’agro-industrie marocaine.