Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi pour présenter l’avis du Conseil de la Concurrence sur le marché du médicament, son président, Ahmed Rahhou, a dressé un diagnostic sans concession du secteur. Plaçant le consommateur au cœur de l’équation économique, il a rappelé que le citoyen est le financeur ultime du système, que ce soit par l’achat direct à l’officine ou via les cotisations sociales prélevées sur les salaires.
Le président du Conseil a mis en lumière l’ampleur financière du marché, dont le volume de transactions avoisine les 25 milliards de dirhams. Sur ce total, environ 13 milliards transitent par le circuit de distribution, avec un coût de prestation estimé entre 7 et 8 milliards de dirhams, supporté en grande partie par les ménages. Si Ahmed Rahhou reconnaît la densité positive du réseau officinal dans les grandes agglomérations, il s’interroge néanmoins sur la qualité réelle et l’adéquation du service rendu face à l’investissement colossal consenti par la population.
La question de l’accessibilité temporelle constitue l’un des points de friction majeurs soulevés lors de cette rencontre. Le président a déploré les difficultés rencontrées par les citoyens pour trouver un médicament en pleine nuit, les contraignant souvent à errer entre plusieurs quartiers. Comparant le modèle marocain aux standards européens, il a préconisé une organisation plus rigoureuse des horaires de travail, s’étalant par exemple de 07h30 à 19h30, couplée à un système de garde efficace. Cette optimisation permettrait, selon lui, de garantir la présence physique obligatoire du pharmacien, garant de la sécurité sanitaire et de la bonne lecture des prescriptions, conformément à la loi.
Pour lever la pression financière qui pèse sur les officines et, par ricochet, sur le prix des médicaments, Ahmed Rahhou propose de s’inspirer des modèles internationaux où la parapharmacie et les compléments alimentaires génèrent jusqu’à 30 % du chiffre d’affaires. Ce levier de croissance, associé à une modernisation du design des officines et à l’ouverture vers des groupements d’achat ou des chaînes de pharmacies, offrirait aux petits pharmaciens les reins assez solides pour investir. Sans une telle réforme structurelle, le Conseil redoute une fragilisation des professionnels indépendants au profit exclusif des grands capitaux.
Enfin, dans le contexte de la généralisation de la couverture médicale (AMO), Ahmed Rahhou a averti que l’augmentation inévitable des dépenses de santé exige une gestion plus rationnelle du secteur. Il appelle ainsi à un débat national élargi, impliquant le gouvernement, le Parlement et les professionnels, pour réinventer le modèle de la pharmacie marocaine. L’objectif est double : alléger la facture pour le citoyen tout en assurant la viabilité économique et la dignité des pharmaciens sur l’ensemble du territoire.