À l’approche de la publication des résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) 2025, piloté par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), attendus fin 2026, le système éducatif marocain se trouve à un moment charnière. Le précédent cycle, publié en 2023 sur la base des évaluations de 2022, avait mis en évidence des performances préoccupantes : le Maroc s’y classait 71e sur 81 en mathématiques, 79e en lecture et 76e en sciences, avec des niveaux nettement inférieurs à la moyenne des pays de l’OCDE. Ces résultats ont ravivé les interrogations sur l’efficacité des réformes engagées et sur la capacité de l’école à assurer les apprentissages fondamentaux.
Les évaluations internationales les plus récentes confirment cette tendance. Le Global Education Report 2025 classe le Maroc 64e sur 71 pays, tandis que le Global Knowledge Index 2025, élaboré avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement, le positionne à la 89e place mondiale. Malgré des approches distinctes — l’une centrée sur la performance globale du système éducatif, l’autre sur le capital de connaissance et ses implications économiques — ces classements convergent vers un constat clair : le Maroc demeure durablement situé dans le bas de l’échelle internationale.
Au-delà des rangs, les résultats du programme PISA mettent en évidence un déficit marqué des compétences de base. Les scores observés — autour de 365 points en mathématiques et en sciences, et 339 points en lecture — traduisent un écart significatif avec les standards internationaux. Une proportion limitée d’élèves atteint le niveau minimal de maîtrise, ce qui souligne les difficultés du système à garantir des acquis fondamentaux à grande échelle.
Dans le même temps, des progrès ont été enregistrés en matière de scolarisation, notamment dans le préscolaire et dans les zones rurales. Cette dynamique a permis d’élargir l’accès à l’éducation et de réduire certaines inégalités territoriales. Toutefois, ces avancées restent essentiellement quantitatives et ne se traduisent pas encore par une amélioration tangible des performances. Le système éducatif se trouve ainsi confronté à un enjeu central : transformer l’accès à l’école en apprentissages effectifs
Les implications de cette situation dépassent le seul cadre éducatif. Le positionnement du Maroc dans le Global Knowledge Index reflète les limites du capital humain et leurs répercussions sur la capacité d’innovation, la productivité et la compétitivité économique. Dans un environnement de plus en plus fondé sur la connaissance, la qualité de la formation devient un levier déterminant de développement.
Le cycle d’évaluation 2025 introduit par ailleurs des exigences accrues, notamment à travers un accent renforcé sur les sciences, une intégration plus poussée du numérique et une évaluation élargie des compétences, telles que la résolution de problèmes et la pensée critique. Ces évolutions traduisent un changement de paradigme qui dépasse la simple accumulation de connaissances et interroge en profondeur les méthodes d’enseignement.
La prochaine publication des résultats prévue en 2026 ne permettra pas seulement d’apprécier l’évolution des performances globales du système éducatif marocain. Elle constituera un repère important à l’échelle internationale pour évaluer l’impact des réformes engagées sur la qualité des apprentissages et sur la capacité de l’école à réduire les écarts de niveau.
Cette publication revêt d’autant plus d’intérêt que le Maroc continue de se distinguer ponctuellement dans des compétitions internationales exigeantes, notamment en mathématiques, où certains élèves parviennent à atteindre des niveaux élevés. Ce constat contraste pourtant avec le classement global du pays, relégué au 71e rang sur 81 en mathématiques dans le programme PISA. Cette contradiction met en lumière une réalité structurelle : le système éducatif sait encore faire émerger des profils d’excellence, mais peine à élever le niveau moyen de l’ensemble des élèves.
Le véritable enjeu ne réside donc pas dans l’existence de talents, mais dans la capacité à diffuser les compétences à grande échelle. C’est à cette aune que pourra être appréciée la trajectoire du système éducatif marocain.