Économie

OCP et la Société financière internationale mobilisent 190 millions d’euros pour transformer le phosphogypse en levier économique

Au sein du complexe industriel de Jorf Lasfar, le Groupe OCP engage une nouvelle phase de sa transformation industrielle. Avec l’appui de la Société financière internationale, filiale du Groupe Banque mondiale dédiée au financement du secteur privé, le groupe prévoit la mise en place d’une installation de stockage terrestre de phosphogypse d’une capacité de 22 millions de tonnes.

Le coût global du projet est estimé à 190 millions d’euros, dont près de la moitié pourrait être financée par l’institution internationale. Au-delà de son dimensionnement, cette opération marque une évolution dans la manière dont le groupe appréhende ses flux industriels. La question n’est plus uniquement celle de la production d’engrais, mais celle de l’intégration des sous-produits dans une logique de valorisation à long terme.

Le phosphogypse, résidu issu de la fabrication d’acide phosphorique, constitue à cet égard un enjeu central. Pour chaque tonne d’acide produite, plusieurs tonnes de ce matériau sont générées. À l’échelle du Groupe OCP, les volumes atteignent environ 40 millions de tonnes par an, dont près de 32,5 millions concentrées sur le site de Jorf Lasfar. Cette accumulation, parmi les plus importantes au monde, pose des défis à la fois environnementaux, logistiques et économiques.

Le projet soutenu par l’IFC vise à structurer la gestion de ces flux dans des conditions sécurisées, tout en ouvrant la voie à leur intégration progressive dans de nouveaux usages industriels.

Vers une économie du résidu industriel

Le complexe de Jorf Lasfar s’inscrit dans une stratégie industrielle visant à capter davantage de valeur ajoutée par la transformation locale des phosphates. Au fil des dernières années, le site a connu une montée en puissance continue, portée par des investissements dans les unités chimiques, les infrastructures énergétiques et les solutions de sécurisation des ressources, notamment hydriques.

Dans cette trajectoire, la gestion du phosphogypse tend à s’imposer comme un levier structurant. Longtemps perçu comme un passif industriel, ce résidu fait aujourd’hui l’objet de recherches et d’expérimentations dans plusieurs secteurs.

Dans l’agriculture, il peut être utilisé comme amendement pour améliorer la structure des sols. Dans l’industrie des matériaux, il entre dans la fabrication de plâtres et de liants cimentaires. Des applications sont également envisagées dans les infrastructures routières, notamment comme agent de stabilisation.

Ces perspectives restent conditionnées à des contraintes techniques, réglementaires et économiques. Mais leur développement pourrait transformer le statut du phosphogypse, en le faisant évoluer d’un résidu à une matière première secondaire.

Dans cette hypothèse, une nouvelle filière industrielle pourrait émerger, mobilisant à la fois des opérateurs industriels, des centres de recherche et un tissu de PME spécialisées.

Un signal structurant pour l’attractivité et la durabilité

L’implication de la Société financière internationale confère au projet une portée qui dépasse le seul cadre du financement. L’institution intervient généralement sur des projets répondant à des exigences élevées en matière environnementale, sociale et de gouvernance, ce qui en fait un signal de crédibilité pour les investisseurs.

Dans un contexte où les industries extractives font l’objet d’une attention croissante quant à leur impact environnemental, cet accompagnement contribue à repositionner le secteur phosphatier marocain dans une trajectoire compatible avec les standards internationaux.

Plus largement, le projet illustre une évolution des modèles industriels vers une meilleure intégration des logiques d’économie circulaire. La capacité à transformer des sous-produits en ressources constitue désormais un facteur de compétitivité, au croisement des enjeux environnementaux et économiques.

Si les conditions techniques et de marché sont réunies, la structuration d’une filière autour du phosphogypse pourrait permettre au Maroc de consolider sa position dans l’industrie phosphatière tout en ouvrant un nouveau champ de création de valeur.

À ce titre, l’infrastructure envisagée à Jorf Lasfar ne se limite pas à une fonction de stockage. Elle s’inscrit dans une reconfiguration plus large du modèle industriel, où la gestion des résidus devient un levier stratégique à part entière.