C’est un tournant majeur qui s’annonce pour le paysage économique marocain en ce mois de mai 2026. Le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement vient de lancer officiellement son Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) pour la sélection de sociétés de gestion, avec une ambition monumentale : mobiliser une enveloppe globale d’investissement de 120 milliards de dirhams (MMDH) d’ici la fin de l’année. Ce déploiement stratégique vise à injecter des capitaux massifs dans le tissu productif national, marquant le passage définitif du Royaume d’une économie de subvention à une économie de participation et de haute performance industrielle.
Pour porter une telle ambition, cet organisme, créé sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi, est structuré comme une société anonyme dotée d’une gouvernance rigoureuse alignée sur les meilleurs standards internationaux. Le Fonds Mohammed VI a pour mission fondamentale de financer les grands projets structurants du pays et d’appuyer les fonds propres des entreprises. En agissant comme un catalyseur de capitaux, il sécurise les secteurs stratégiques et accompagne la montée en gamme du « Made in Morocco », transformant chaque dirham public en un levier pour attirer l’investissement privé national et étranger.
L’échéance du 12 juin 2026, date limite de dépôt pour les gestionnaires de fonds, constitue désormais le point focal de l’agenda économique. Cet AMI cible prioritairement la double transition environnementale et numérique, avec un regard attentif sur l’industrie innovante et les 50 300 nouvelles entreprises identifiées par la plateforme « DirectEntreprise ». L’enjeu est de stabiliser un taux de couverture commerciale encore perfectible en renforçant le « haut de bilan » des PME, leur offrant ainsi les ressources nécessaires pour devenir des acteurs régionaux capables de créer des emplois durables et qualifiés.
Cette dynamique de capital-investissement ne se limite pas à une simple gestion de portefeuilles ; elle sécurise les piliers de la souveraineté alimentaire, énergétique et technologique du pays. La présence du Fonds dans un tour de table agit désormais comme un puissant baromètre de confiance pour les bailleurs de fonds internationaux, transformant le Royaume en un hub d’investissement mature. En structurant ainsi son marché, le Maroc ne se contente pas de financer son présent, il prépare l’autonomie de son futur industriel, rendant son économie moins vulnérable aux chocs extérieurs et plus attractive pour les capitaux mondiaux.
Le Fonds Mohammed VI s’impose ainsi comme l’architecte d’un nouveau contrat de confiance entre l’État et le marché, transformant la structure même du capitalisme marocain. En substituant la logique de l’assistanat par celle de l’accompagnement stratégique en fonds propres, le Royaume se dote d’un instrument de souveraineté capable de transformer ses défis structurels en opportunités industrielles. L’issue de ce nouvel Appel à Manifestation d’Intérêt déterminera la vitesse à laquelle le Maroc pourra finaliser sa transition vers une économie de savoir et d’innovation, plaçant l’entreprise nationale au cœur de la nouvelle charte de l’investissement.
L’enjeu ultime de cette manœuvre dépasse la simple injection de liquidités : il s’agit de bâtir un écosystème de capital-investissement souverain, capable de s’auto-alimenter et de projeter l’expertise marocaine sur le continent africain. Si les 120 MMDH d’investissement total visés d’ici fin 2026 sont atteints, le Maroc aura réussi le pari de la pérennité financière, assurant ainsi une croissance non seulement plus forte, mais surtout plus autonome. Le succès de cette étape de sélection en juin sera donc le véritable indicateur de la capacité du secteur privé à répondre à l’appel de la transformation, sous l’impulsion d’une vision royale qui ne laisse plus de place à l’attentisme économique.