À deux jours du scrutin législatif, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a réuni dimanche à Tétouan ses principales figures pour défendre le bilan du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch, présenter les grandes lignes de son programme électoral et mobiliser ses militants à l’approche du jour du vote.
Le chef du gouvernement et membre du bureau politique du RNI, Aziz Akhannouch, le président du parti, Mohamed Chouki, ainsi qu’Omar Moro, Rachid Talbi Alami et Ahmed El Bouari ont successivement pris la parole lors de cette rencontre, marquée par une forte mobilisation, avec plus de 13.000 participants selon les chiffres avancés par les responsables du parti.
Prenant la parole, Aziz Akhannouch a affirmé que le RNI avait choisi, durant les derniers jours de la campagne, de ne pas s’attarder sur les « promesses » formulées par ses adversaires, estimant que leurs déclarations étaient, selon lui, en contradiction avec la réalité du terrain et avec les profils de ceux qui les portent.
Le chef du gouvernement a également repris une métaphore sportive pour décrire la campagne électorale, expliquant que le RNI s’attendait à voir ses adversaires arriver avec de bons « buteurs », mais qu’ils se sont plutôt présentés comme des « défenseurs », tandis que les militants du parti continuaient, selon lui, à « marquer des buts ».
« Pourquoi vous marquez ? Parce que vous aimez les Marocains, parce que vous êtes solidaires avec eux, parce que vous êtes fidèles et parce que nous sommes sincères avec les citoyens », a-t-il lancé à l’adresse des militants réunis à Tétouan.
Akhannouch a par ailleurs assuré que la réaction des citoyens à la campagne du RNI avait dépassé, selon les chiffres avancés par le parti, le niveau enregistré en 2021, année durant laquelle le RNI avait obtenu 2,1 millions de voix.
S’adressant à ses partisans, il les a appelés à poursuivre leur campagne avec confiance et sérénité. « Les Marocains, inchallah, seront avec vous. Avancez avec confiance et avancez calmement », a-t-il déclaré, tout en appelant à éviter les altercations durant les dernières 48 heures avant le scrutin et à respecter les règles démocratiques.
Le chef du gouvernement a également estimé que la campagne électorale avait été « mature » et « grande », affirmant avoir constaté une forte réception du parti dans les rues et les quartiers visités. Il a reconnu que l’expérience gouvernementale n’avait pas été facile et que le contexte avait été marqué par plusieurs difficultés, tout en affirmant que les citoyens comprenaient les circonstances dans lesquelles le gouvernement était arrivé aux responsabilités, ce qui se serait traduit, selon lui, par une importante sympathie à l’égard de son expérience.
De son côté, Mohamed Chouki a choisi de défendre le bilan gouvernemental à travers les chiffres plutôt que les slogans. « Le bilan d’Aziz Akhannouch, je ne vais pas l’expliquer avec des slogans, je vais en parler avec les chiffres que vous ressentez », a-t-il déclaré.
Le président du RNI a notamment évoqué le déploiement des « écoles pionnières » dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, avec l’objectif de leur généralisation, ainsi que le recrutement de plus de 1.000 enseignants dans la région. Il a également fait état de la création de plus de 2.000 entreprises dans la région.
Sur le volet de la protection sociale et de la santé, Chouki a avancé que le nombre de bénéficiaires de la couverture sociale était passé de 9 à plus de 32 millions de Marocains, dont quelque 10 millions ne paieraient rien pour leur couverture, selon les chiffres qu’il a présentés.
À l’échelle nationale, il a également évoqué la mise en service de 36 nouveaux grands et moyens établissements hospitaliers, tandis que 50 autres seraient actuellement en construction. Plus de 1.400 dispensaires et centres de santé de proximité auraient par ailleurs été réhabilités, selon lui.
Chouki a aussi cité l’aide sociale directe, dont bénéficieraient chaque mois quatre millions de Marocains, ainsi que les mesures de soutien destinées aux éleveurs, au transport et au secteur touristique.
« Nous avons fait beaucoup, mais nous n’avons pas tout fait », a-t-il reconnu, estimant que le chemin restait encore long, mais que le gouvernement avait engagé cette trajectoire avec sérieux.
Évoquant ses déplacements sur le terrain, il a raconté plusieurs situations rencontrées auprès de citoyens, notamment une mère à Guercif qui se levait à cinq heures du matin pour préparer des msemen afin de permettre à son fils de poursuivre ses études, ainsi que des jeunes diplômés à Youssoufia à la recherche d’un emploi et un retraité à Tan-Tan souhaitant voir son fils trouver une opportunité au Maroc afin qu’il ne soit pas contraint à l’émigration.
Pour Chouki, ces déplacements ont permis au parti d’écouter les préoccupations des citoyens et de mesurer les difficultés du Maroc profond. Il a également critiqué ceux qui, selon lui, ne découvrent certaines régions qu’à l’approche des élections.
Présentant le programme du RNI, intitulé « Dignité et opportunités pour tous », le président du parti l’a décrit comme un programme réaliste et réalisable, mettant l’accent sur la dignité des retraités, des travailleurs et des familles, ainsi que sur l’engagement en faveur d’un salaire minimum de 5.000 dirhams et de services de santé et d’éducation de qualité sur l’ensemble du territoire.
Omar Moro a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’évaluer l’action publique à partir des chiffres et de la méthode. Il a défendu les mesures engagées dans les domaines de la couverture médicale, de la protection sociale, de l’investissement, de l’éducation et de l’eau.
Il a notamment évoqué le passage de 11 millions de Marocains vers l’Assurance maladie obligatoire, selon les chiffres avancés dans son intervention, ainsi que le rôle du Registre social unifié et de l’aide sociale directe dans le ciblage des bénéficiaires.
Moro a également cité la nouvelle charte de l’investissement, qu’il a présentée comme ayant modifié les règles du jeu en privilégiant des critères transparents liés notamment à la création d’emplois et à la présence territoriale. Il a aussi évoqué le nouveau statut unifié des enseignants, ainsi que les projets de transfert d’eau entre bassins et l’accélération du dessalement de l’eau de mer.
Selon lui, les grands chantiers engagés dans l’eau, l’énergie, la protection sociale et l’investissement nécessitent continuité et clarté, estimant que leur interruption pourrait conduire à reprendre certains projets depuis le début.
Rachid Talbi Alami a, quant à lui, appelé à « consolider les acquis » du mandat gouvernemental sortant et à poursuivre la mise en œuvre du programme gouvernemental en lien avec le Nouveau modèle de développement à l’horizon 2031.
Il a affirmé que la campagne du RNI reposait sur le travail et les programmes, reprochant à certains partis de privilégier, selon ses termes, les attaques, les insultes et les accusations au détriment de la présentation d’alternatives.
« Il y a des partis qui se battent avec leurs programmes, et d’autres qui ne font que critiquer, insulter et diffamer », a-t-il déclaré, avant d’interroger ses adversaires sur les alternatives qu’ils proposent aux citoyens.
Talbi Alami a également rappelé plusieurs mesures gouvernementales, notamment l’aide sociale directe, le dialogue social et les augmentations salariales dans les secteurs public et privé, ainsi que dans le secteur agricole. Il a insisté sur la nécessité de préserver ces acquis, tout en reconnaissant que les besoins restent nombreux.
Enfin, Ahmed El Bouari a consacré son intervention aux questions agricoles et à la sécurité alimentaire. Il a défendu les mesures de soutien accordées aux agriculteurs et aux éleveurs au cours des années de sécheresse, estimant que cet appui était nécessaire pour préserver les moyens de subsistance de milliers de familles et maintenir la production alimentaire.
Il a également évoqué les difficultés persistantes du monde rural, notamment en matière de routes, d’électricité, d’eau et de communication, ainsi que la question de l’avenir des jeunes dans l’agriculture.
Sur les exportations agricoles, El Bouari a rejeté l’idée qu’elles se feraient au détriment du marché national. « L’exportation n’a jamais été au détriment du marché national », a-t-il déclaré, la présentant comme une composante de la production agricole, de la création d’emplois, de l’investissement et de l’amélioration de la productivité.
Dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, il a cité plus de 2.350 kilomètres de routes et d’axes de désenclavement rural, l’irrigation de plus de 32.000 hectares, plus de 53.000 hectares d’arbres fruitiers et 33 unités de valorisation des produits locaux.
Il a également évoqué le pôle agricole du Loukkos, le développement d’un pôle alimentaire à Tétouan, la modernisation des marchés hebdomadaires et des marchés à bestiaux ainsi que la mise à niveau des abattoirs.
Selon les chiffres présentés par El Bouari, les investissements agricoles soutenus dans la région approchent un milliard de dirhams et auraient contribué à plus de 2,5 milliards de dirhams d’investissements. Ces projets auraient amélioré les revenus et les conditions de vie de plus de 700.000 citoyens ruraux, dont une majorité de petits agriculteurs.
À l’approche du scrutin du 23 septembre, les responsables du RNI ont ainsi appelé leurs militants à poursuivre la mobilisation durant les dernières heures de la campagne et à se rendre aux urnes mercredi, en mettant en avant le bilan gouvernemental, la continuité des grands chantiers et les engagements inscrits dans le nouveau programme électoral du parti.