A l’approche des élections législatives, le débat public marocain risque, une nouvelle fois, de se concentrer sur les partis, les alliances, les rapports de forces et les promesses. Mais une question essentielle mérite d’être posée : avons-nous suffisamment interrogé la capacité réelle de ceux qui seront appelés à décider, légiférer et gouverner ?
Au Maroc, le débat électoral tourne souvent autour de partis, des alliances, des promesses et des rapports de forces. Mais il existe une question moins spectaculaire et pourtant décisive : quel élus voulons-nous pour gouverner nos territoires ?
Cette question n’est pas théorique. Elle se pose à chaque fois qu’un projet public prend du retard, qu’un équipement reste inutilisé, qu’une administration bloque une décision ou que plusieurs acteurs se renvoient la responsabilité.
Notre recherche sur la gouvernance territoriale, fondée notamment sur l’analyses de plusieurs projets et sur des entretiens avec les acteurs locaux, montre une réalité difficile à contourner : le problème de la gouvernance territoriale ne réside pas seulement dans les texte. Il réside dans l’écart entre la reforme et sa mise en œuvre.
Une décentralisation sans autonomie réelle ?
Depuis les reforme de 2015 relatives aux collectivités territoriales, puis l’adoption de la charte de déconcentration en 2018, le Maroc a affiché une ambition claire : rapprocher la décision du territoire et réorganiser les relations entre l’Etat et les collectivités.
Sur le papier, le mouvement est considérable
Sur le terrain, l’autonomie reste beaucoup plus fragile
Notre étude fait ressortir un constat important : l’autonomie réelle des acteurs locaux demeure très faible. Les présidents des conseils sont certes élus et disposent de compétences, mais leurs marges de manœuvre restent encadrées par les délibérations des conseils, les procédures administratives et différents mécanismes de contrôle. Alors, à quoi sert une compétence si elle, n’est pas accompagnée des moyens nécessaires pour l’exercer ?
Sans ressources financières, sans compétences humaines et sans véritable capacité de décision, la décentralisation risque de rester une autonomie de façade, une fiction, accompagnée d’une injustice liée a une responsabilité « sans pouvoir réel ».
Le problème n’est donc pas de choisir entre l’Etat et les collectivités. Le véritable enjeu est de savoir qui décide, qui finance, qui exécute et surtout qui assume les résultats.
Quand les intérêts politiques prennent le dessus sur l’intérêt territorial
Les dysfonctionnements de la gouvernance ne viennent pas seulement des procédures administratives. Ils peuvent aussi naitre de la politique elle-même. Car, lorsque les intérêts politiques prennent le dessus, c’est l’action publique qui en paie le prix.
Un projet territorial ne devrait pourtant pas dépendre des rivalités entre personne, des appartenances partisanes ou de rapports de force locaux. Une collectivité n’est pas le terrain d’une compétition politique permanent : elle est au service d’un territoire et sa population.
Des élus a la hauteur des responsabilités
Au fond, la question est simple : sommes-nous suffisamment exigeant sur la qualité de ceux à qui nous confions nos voix et territoires?
Notre recherche met en évidence un décalage entre les exigences des lois organiques et certains élus locaux : écarts de compétences entre élus, faiblesse de la formation politique, manque de transparence et, parfois, absence de véritable vision ou de stratégie territoriale. Or, la décentralisation ne peut fonctionner sans élus capable d’en assumer la responsabilité.
Un parti politique ne devrait pas seulement constituer des listes électorales. Il devrait former des élus capables de comprendre, décider et rendre compte.
Car les conséquences sont très concrètes et touche directement des citoyens. Sur le terrain, un projet peut être bloqué faute de coordination, construit sans répondre aux besoins du territoire ou rester inutilisé en raison de conflits entre acteurs. Construire n’est pas forcement gouverner. Dépenser n’est forcément pas produire du développement. Et inaugurer n’est pas forcement réussir.
C’est là que se mesure la qualité de la gouvernance : dans la capacité à transformer une décision en résultat pour les citoyens.
*Docteure en géographie et enseignante-chercheure en géographie et aménagement du territoire à Le Mans Université, au sein du laboratoire ESO (Espaces et Sociétés). salima.salhi@univ-lemans.fr