Économie

Carburants : le gouvernement exclut tout plafonnement des prix et tout retour à la compensation, affirme Lekjaa

Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie et des Finances et de l’Efficience publique, a clairement écarté la possibilité pour le gouvernement de plafonner les prix des carburants ou de rétablir le système de compensation pour soutenir les prix des produits pétroliers, malgré la forte hausse des cours internationaux et ses répercussions sur les coûts d’importation et le pouvoir d’achat des Marocains.

Lors de l’examen du projet de loi de finances au sein de la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants, ce mardi, le ministre a estimé que le gouvernement se devait de faire preuve de transparence envers les citoyens quant à la réalité de la situation. Il a expliqué qu’un retour au système de compensation représenterait une charge comprise entre 50 et 70 milliards de dirhams pour le budget de l’État, estimant que ces ressources seraient mieux affectées aux hôpitaux et aux services publics qu’au soutien des prix des carburants.

En présentant l’évolution des cours internationaux, Lekjaa a indiqué que le prix du baril de pétrole avait atteint 110 dollars la veille, avant de reculer à 106 dollars. Le prix du gasoil est, quant à lui, passé de 1.509 à 1.436 dollars, contre une moyenne d’environ 693 dollars enregistrée l’année dernière. De son côté, le prix du gaz butane a atteint 1.152 dollars avant de redescendre à 1.075 dollars, alors que sa moyenne annuelle précédente s’établissait autour de 532 dollars.

Concernant les revendications relatives à une révision de la fiscalité appliquée aux carburants, le ministre a souligné que toute réduction des taxes devait se traduire par une baisse effective et tangible des prix à la consommation. Il a précisé qu’une diminution des prélèvements fiscaux dans certaines proportions ne garantissait pas nécessairement une baisse importante des prix à la pompe, compte tenu de la structure des prix et de la diversité des composantes des coûts d’importation et de distribution.

Lekjaa a ainsi appelé à évaluer les mesures fiscales à l’aune de leur impact réel sur le pouvoir d’achat, plutôt que de se limiter à proposer des réductions d’impôts sans mesurer leur répercussion effective sur les prix payés par les consommateurs.

En réponse aux critiques concernant les bénéfices des sociétés pétrolières, le ministre a présenté des données relatives à l’évolution de leur chiffre d’affaires et de leurs marges bénéficiaires. Selon les chiffres communiqués, le chiffre d’affaires des entreprises concernées s’est établi à 99,520 milliards de dirhams en 2017, pour des bénéfices de l’ordre de 8,505 milliards de dirhams, soit une marge bénéficiaire d’environ 8,6 %.

En 2025, leur chiffre d’affaires a atteint quelque 131,365 milliards de dirhams, tandis que leurs bénéfices se sont établis à 7,69 milliards de dirhams, correspondant à une marge d’environ 5,85 %.

Pour Lekjaa, ces chiffres doivent constituer une base objective pour apprécier la réalité des bénéfices du secteur. Il a appelé à distinguer le chiffre d’affaires des bénéfices réellement réalisés et à ne pas considérer que toutes les entreprises dégagent les mêmes marges, leurs conditions d’achat, d’importation, de stockage et le calendrier de leurs transactions étant différents.

À cet égard, il a expliqué que certaines sociétés achètent d’importantes quantités de carburants qu’elles stockent pendant des périodes pouvant atteindre trois mois. Ces opérations les exposent aussi bien à des gains qu’à des pertes, en fonction de l’évolution des cours internationaux. Le contrôle du secteur exige donc, selon lui, une compréhension de l’ensemble de la chaîne d’importation et de distribution, et non une simple comparaison entre les prix internationaux et les tarifs pratiqués sur le marché national.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de remédier aux éventuels dysfonctionnements du marché en renforçant la concurrence libre. Il a considéré que le développement des capacités de stockage constituait une condition essentielle à l’élargissement de la concurrence dans le secteur des hydrocarbures, dans la mesure où l’absence d’infrastructures de stockage représente un obstacle à l’entrée de nouveaux opérateurs et à leur capacité de concurrencer les entreprises déjà implantées.

S’agissant de la raffinerie Samir, Lekjaa a reconnu l’importance de relancer le débat sur ce dossier, tout en soulignant que sa remise en service ne pouvait être réduite à une simple décision administrative, compte tenu des investissements nécessaires et des contraintes techniques et économiques liées à l’activité de raffinage.

Il a rappelé que le raffinage du pétrole est une industrie nécessitant des investissements considérables pour être compétitive, ainsi que des capacités de stockage suffisantes et une implantation géographique appropriée. Il a ainsi appelé à approfondir l’examen de ce dossier avec le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, notamment à travers une étude des investissements requis et de la viabilité économique d’une éventuelle remise en activité de la raffinerie.

Par ailleurs, le ministre a souligné que le Maroc devait renforcer ses capacités de stockage stratégique, précisant que la constitution de réserves importantes n’était pas nécessairement conditionnée par la reprise du raffinage. Le Royaume pourrait également développer ses infrastructures nationales de stockage et recourir à des capacités de stockage à l’étranger, en fonction des coûts et des volumes recherchés.

Dans ce contexte, il a évoqué l’expérience française en matière de gestion des réserves stratégiques, expliquant que les décisions d’achat et de stockage du pétrole dépendaient notamment des anticipations concernant l’évolution des cours internationaux. Le stockage peut ainsi constituer une source de bénéfices ou, au contraire, occasionner des pertes selon les fluctuations du marché.

En conclusion, Fouzi Lekjaa a défendu une approche gouvernementale fondée sur la préservation des équilibres financiers, le renforcement de la concurrence et le développement des capacités de stockage. Il a estimé que le débat sur les prix des carburants, les bénéfices des sociétés pétrolières et le dossier de la Samir devait reposer sur des données précises et une analyse approfondie des différentes composantes du secteur, plutôt que d’être réduit aux seules revendications de plafonnement des prix ou de rétablissement du système de compensation.