La recette miracle du HCP pour redonner du souffle à la croissance

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Ce n’est un secret pour personne, le modèle de développement économique du Maroc est à bout de souffle. Au point de pousser le roi Mohammed VI à demander son renouvellement dans son discours du 13 octobre 2017. D’année en année, l’économie nationale grappille en effet difficilement des points de croissance malgré les dépenses importantes engagées dans divers secteurs. Une faiblesse qui serait due, entre autres, à la faible compétitivité du secteur productif.

Une étude de Harvard au secours du tissu productif marocain

« Cela fait plus de 6 ans que nous mettons en garde contre l’effritement du tissu productif national », déclare Ahmed Lahlimi, patron du Haut-Commissariat au Plan (HCP) qui a présenté ce mardi 6 mars son étude sur le potentiel de diversification de l’économie marocaine et les nouvelles opportunités de sa croissance. Pour le Haut-Commissaire, si la croissance n’est pas au rendez-vous, c’est parce qu’elle est essentiellement tirée par la demande interne. Or, à défaut de financement convenable, cette demande s’étiole. La solution consisterait alors à diversifier le tissu productif afin de répondre à une demande extérieure qui constituera le relai au marché local.

Pour ce faire, le HCP s’est basé sur une étude relativement récente (2006) de l’Université de Harvard qui s’intéresse à la notion de l’espace-produit dans le cadre de l’approche de l’économie complexe. Inaccessible aux néophytes, le raisonnement de l’étude démontre en réalité une chose très simple: tout produit disponible sur le marché mondial a nécessité un certain nombre de savoirs, de connaissances technologiques et de dispositions de l’environnement social et institutionnel pour être fabriqué. C’est ce qu’on appelle les capabilités. Du niveau de complexité de ces capabilités dépendra le niveau de complexité d’une économie donnée. Ainsi, plus un pays crée de produits avec des capabilités élevées, plus son économie deviendra complexe et plus son potentiel de diversification et de croissance va se renforcer.

Les deux tiers des exportations marocaines composées de matières brutes et produits primaires

Pas facile pourtant de développer ses capabilités quand les seuls produits fabriqués comportent très peu ou pas de technologie et de savoir-faire, à l’exemple d’un pays en développement. C’est là où l’étude d’Harvard devient intéressante puisqu’elle soutient, dans l’une de ses conclusions, que pour qu’un pays développe ses capabilités, il lui suffit d’élaborer des produits similaires ou proches de ceux qu’ils exportent déjà et pour lesquels il bénéficie d’avantages comparatifs. « Il s’agit en fait de produire, à côté de ce que nous savons faire, ce que nous pouvons faire », résume le Haut-commissaire au Plan.

C’est à l’aune de ces conclusions que le HCP a analysé l’offre exportable du Maroc ainsi que le potentiel de diversification que recèlent les différentes branches d’activité de son économie. Il ressort de cet examen que les exportations marocaines sont encore dominées par les matières brutes, les produits primaires et les produits à faible contenu technologique qui représentent 66% du total des exportations. Pire, les produits stables, pour lesquels le royaume a pu préserver ses avantages comparatifs, sont à 88% composés de ces mêmes matières brutes et produits primaires et à faible contenu technologique.

« Cela veut dire que quand bien même on souhaiterait améliorer notre offre, le potentiel de diversification dont dispose l’économie nationale est très réduit puisqu’il est composé à 90% de produits de nature brute, primaire et à faible contenu technologique », souligne Ayyache Khellaf, directeur de la Prévision et de la prospective au HCP.

C’est l’industrie qui sauvera le Maroc

Pour sortir de ce cercle vicieux, le département de Lahlimi s’est intéressé, comme nous l’avions annoncé, à un lot de 593 produits qui ne sont pas exportés de manière significative par le Maroc, mais qui pourraient, si on parvenait à développer les capabilités requises pour les produire, apporter de grands avantages à l’économie nationale. Ces produits ont ensuite été segmentés en quatre classes selon leur complexité et la teneur stratégique de leurs capabilités.

Sans surprise, il ressort de cette analyse que c’est vers l’industrie manufacturière que les efforts du Maroc doivent être dirigés afin de développer le plus de capabilités. Le HCP a notamment pu identifier 141 produits dans la première classe, répartis entre plusieurs branches de l’industrie en allant de la fabrication de machines et équipements à l’industrie textile en passant par l’industrie chimique, l’industrie du caoutchouc et des plastiques ou la métallurgie, qui sont des produits hautement complexes et hautement stratégiques pour l’économie nationale.

Tout ce qui est technologique n’est pas bon à prendre

Attention toutefois, prévient Lahlimi, tout n’est pas bon à prendre. « Plus de la moitié des produits étudiés (343 produits) ne présentent aucun intérêt stratégique malgré le fait qu’ils ne nécessitent pas un grand nombre de capabilités pour l’économie marocaine », affirme le Haut-Commissaire. La même vigilance est également requise pour ne pas tomber dans l’autre extrême puisque des produits à haut contenu technologique ne constituent pas toujours une option intéressante pour valoriser le potentiel dont dispose l’économie marocaine.

L’idéal est de concentrer les efforts sur les produits de l’agriculture, de la pêche, des industries alimentaires et du cuir qui, malgré leur faible niveau de complexité, offrent à l’économie un gain d’opportunité de diversification et de sophistication beaucoup plus important que les produits de haute complexité. Le patron du HCP recommande en ce sens d’élaborer une stratégie opérationnelle basée sur les résultats de cette étude afin d’orienter les flux de financements pour plus d’efficacité. Stratégie qui devra bien sûr être élaborée conjointement avec les entreprises « qui sont le plus à même de peaufiner et améliorer les résultats de ces travaux de recherche afin de déceler le vrai potentiel du tissu productif ».

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