Lancement d’un projet contre l’extrémisme et la violence chez les jeunes marocains

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Two Islamists detainees walk, escorted by guards, 29 November 2007 prior being heard at Sale court, near capital Rabat. Eight Moroccan human rights groups decried abuses suffered by 360 Islamist detainees Sale's prison, calling for an urgent change in their living conditions, they said on 27 November. AFP PHOTO/ABDELHAK SENNA (Photo credit should read ABDELHAK SENNA/AFP/Getty Images)

PROJET – Trois lettres pour une seconde chance. “EPI: éducation, prévention et insertion des jeunes vulnérables et des détenus mineurs”, c’est le projet que viennent de lancer Amnesty international Maroc et l’ONG italienne ProgettoMondo.Mlal, ce jeudi 26 avril à Rabat. L’occasion d’en expliquer le concept et les objectifs, mais surtout d’engager une mobilisation à grande échelle au sein des associations, car sur elles repose le succès de tout le projet. Et pour cause, il est question d’échanger avec des jeunes pas comme les autres, de les convaincre de voir la vie “positivement”. 

 Ces jeunes que cible ce projet présentent en effet des risques de radicalisation et d’extrémisme violent. “EPI” veut ainsi agir sur l’absence de l’esprit critique chez ces jeunes, sur le désœuvrement et l’ennui qui suscitent en eux “un sentiment de rage et de vengeance”, comme l’expliquent les partenaires en décrivant le contexte ayant inspiré le projet.
AIC PRESS
Amnesty international Maroc et l’ONG italienne ProgettoMondo.Mlal ont présenté, le 26 avril à Rabat, le projet “EPI: éducation, prévention et insertion des jeunes vulnérables et des détenus mineurs”.

Une expérience pilote

 Au total, 500 jeunes entre 15 et 18 ans feront l’objet de cette expérience pilote, cofinancée par l’Union européenne (UE), qui concernera trois régions: Rabat-Salé-Kénitra, Beni Mellal-Kénifra et Casablanca-Settat. Les milieux sportifs et les pénitenciers seront en tête de liste des lieux dans lesquels se rendra “EPI”, pour prévenir les dérapages auxquels peuvent aboutir les violences. C’est pourquoi la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) s’est inscrite au projet pour apporter son aide à sa concrétisation. D’ailleurs, 90 agents de l’administration pénitentiaire seront impliqués dans la réalisation de ce projet qui vise, dans le milieu carcéral, 150 détenus mineurs en phase finale de détention.
Acteurs principaux de sa mise en oeuvre, “EPI” devra mobiliser également 15 mourchidates et mourchidines (guides spirituels femmes et hommes) auprès des détenus mineurs, 50 opérateurs socio-éducatifs et une dizaine de leaders de supporters d’équipes de football.

Comment ces acteurs agiront-ils sur le terrain? Ce sera à cette question que les parrains du projet devront répondre. “La première étape sera de recenser les acteurs dans l’optique de constituer des groupes de travail, mais aussi d’identifier notre cible”, explique le représentant de ProgettoMondo.Mlal, Richard Grieco. Le projet s’articulera ainsi autour de trois axes, à commencer par la mise en réseau de 25 organisations de la société civile et acteurs institutionnels. Le but étant de renforcer leurs capacités et rôles pour mener à bien la mission “EPI”. Il sera question, ici, “d’expérimenter de nouvelles approches pédagogiques de promotion des droits humains auprès des jeunes à risque de déviance”.

Le deuxième axe porte, quant à lui, sur le renforcement de l’action socio-éducative des associations en milieu carcéral et l’activation d’un système de “mentorat”. Objectif: défendre et promouvoir les droits des détenus mineurs et prévenir une tendance à la radicalisation. Quant au troisième axe, il concerne la réinsertion socio-économique des détenus mineurs et la promotion de la tolérance et des droits humains en milieu sportif. “Près de 3000 jeunes ont été arrêtés entre 2015 et 2017 pour violence dans le milieu sportif”, regrette le représentant de l’ONG italienne.

FADEL SENNA VIA GETTY IMAGES
Des gardiens de prison tendent un ballon à des jeunes détenus dans la prison d’Oukacha à Casablanca, lors d’un mini tournoi de football, le 1e février 2018.

Identifier les jeunes à risque

L’action “EPI” devra donc s’atteler à la tâche de l’identification des jeunes à risque. Et pour cela, l’ONG italienne a élaboré une grille de références à travers son expérience dans le domaine. “On ne peut pas s’aventurer dans une identification approximative”, rassure Richard Grieco. Cette “grille” sera donc la boussole d’“EPI” pour repérer les jeunes/cibles.“Elle nous permet de relever des indicateurs de basculement à travers différents niveaux”, indique ce responsable.

Entre autres indicateurs, ce dernier cite la rupture avec l’environnement familial, la nature des crimes commis, “l’hyper ritualisation” dans la pratique religieuse, ainsi que l’aspect physique et vestimentaire du jeune. “Pris un par un, ces indicateurs ne veulent rien dire. C’est la combinaison de plusieurs indicateurs qui peut nous faire penser que le sujet est à risque et non d’arriver à la conclusion qu’il s’agit effectivement d’un jeune radicalisé”, tient-il à préciser. Le rôle des relais, chacun dans son secteur, s’avère déterminant. Si, dans le milieu carcéral, c’est la DGPAR qui s’acquittera de cette tâche, dans le milieu sportif, “EPI” compte recourir aux associations opérant dans le secteur, ainsi qu’aux clubs sportifs. “C’est peut-être ambitieux de notre part, mais nous voulons les impliquer, en les soutenant pour répandre des messages de tolérance”, affirme le représentant de ProgettoMondo.Mlal.

L’ambition nourrit les partenaires du projet. De cette expérience, ces derniers envisagent de réaliser une recherche sur le phénomène de l’exclusion sociale des jeunes, d’établir une cartographie des associations opérant dans le domaine et de créer 3 observatoires régionaux (les 3 régions cibles) sur la déviance juvénile. Et ce n’est pas tout, les activités que prévoient les associés du projet sont aussi nombreuses que variées, notamment la mise en place de cellules d’accompagnement psychosocial de détenus et le lancement d’un appel à projet et soutien à la mise en oeuvre de micro-projets pour la réinsertion socio-économique des détenus mineurs (maraîchage, petit élevage, réparation…).

“Celui qui a commis une erreur a droit à une autre chance”, c’est la conviction du projet “EPI”.

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