Taieb Dekkar: conseil national de la presse, un conseil mort-né – Al3omk

Taieb Dekkar: conseil national de la presse, un conseil mort-né

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Jamais, la naissance d’un organe prévu par la loi, depuis deux ans déjà, n’a connu un sort aussi sinistre que celui du Conseil national de la presse, dont tout le processus constitutif, conçu par Mustapha El Khalfi, ex-ministre de la communication au sein du cabinet de Abdelilah Benkirane, a conduit tout droit à l’impasse et la déroute.

C’est dire que la loi élaborée par l’ancien ministre comportait elle-même un ensemble d’ingrédients qui n’autorisaient aucun analyste à émettre des projections sérieuses sur une possible et probable naissance de ce corps, y compris par césarienne. La première des aberrations de l’ancien ministre est d’avoir tenté d’introduire des corps étrangers dans l’organisation des professions de journaliste et d’éditeur. Tous les corps professionnels (médecins, architectes, ingénieurs, notaires, avocats) n’ont pas eu besoin d’associer des journalistes à l’organisation de leurs métiers. Pourquoi l’ancien ministre a-t-il prévu d’intégrer à la composition du conseil national des journalistes des représentants des magistrats, des avocats, des représentants des corps des droits d’auteur, du conseil des droits de l’homme, du conseil de la langue Amazigh ?

Les journalistes sont-ils mineurs pour que l’ancien ministre puisse solliciter le concours de ces corps pour l’organisation du métier ? Cette initiative n’a d’égal nulle part ailleurs. Les journalistes et les éditeurs sont capables de s’organiser tous seuls sans aucune tutelle. C’est la raison pour laquelle il ya lieu de revoir la loi portant création de ce conseil et donc de supprimer ce dispositif insensé de l’ancien ministre, dont aucun analyste objectif ne comprend les motifs. Le Maroc, même du temps où le ministère de la communication logeait au boulevard Mohammed V à Rabat, n’est jamais tombé dans une aussi grave improvisation, concernant un secteur dont les membres sont jaloux de leur métier et qui revendiquent, plus encore, le statut de moralisateur de la vie publique. Bien que cette sinistre loi attribue aux journalistes sept sièges (élus) et aux éditeurs sept autres (élus), Monsieur l’ancien ministre innove en créant un siège supplémentaire «désigné» pour les journalistes et un autre pour les éditeurs. Pourquoi, ne nous contenterions-nous pas de sept sièges pour chaque corps ? Bien plus, il prévoit sept autres sièges d’origine extérieure à la profession ? Allez comprendre pourquoi ?

Cela résume le travail de bâclage de l’ancien ministre, un travail qui ne devrait en aucun cas être considéré comme «un chantier fini» par Mohamed Laaraj, qui a semblé, pour sa part, avoir validé le dispositif relatif à l’organisation des élections, qui constitue un autre terrain d’improvisation de l’ancien ministre. Pourquoi avoir prévu de constituer une commission composée des représentants de plusieurs corps constitués pour superviser et organiser les élections? Les journalistes et les éditeurs en sont-ils incapables ?

Tout cela ne peut avoir d’autres explications que le manque d’égard et de considération pour les journalistes et les éditeurs marocains. Plusieurs dizaines de journalistes contestent les conditions dans lesquelles la liste du syndicat national des journalistes a été coptée ainsi que la gestion du syndicat elle-même. Les éditeurs ont gelé leur participation au futur conseil, sans toutefois adhérer clairement au large mouvement de contestation démocratique, comme l’a fait le journaliste Brini, huitième éditeur honorifique, qui a refusé de siéger au sein du futur conseil. Les écrivains contestent leur représentant désigné. Le conseil des droits de l’homme a désigné un fonctionnaire et non un de ses membres.

Tout cela est à mettre naturellement au passif du ministre en charge de la communication qui, en dépit d’un vaste mouvement démocratique de protestation et de contestation, qui ébranle tout espoir de constituer le conseil national de la presse, affiche une indifférence magistrale. L’unique issue salutaire pour lui serait l’annulation des élections par le Conseil constitutionnel. Faute de quoi, il trainera à son passif un échec patent.

*Ancien directeur de l’information de la MAP

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