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Le cheval de Troie en salle de rédaction: Chronique d’un journalisme qui confond micro et mégaphone

 

Il arrive parfois que le journalisme n’entre pas par la grande porte de l’éthique, mais par une trappe discrète, bardé de slogans, de drapeaux et de certitudes toutes faites. On l’applaudit, on lui sert un café, et on découvre trop tard qu’on a laissé entrer un cheval de Troie. À l’intérieur ? Un “journaliste” raciste ou chauvin, bien installé, prêt à confondre information et revanche identitaire.

L’after d’Algérie–Nigeria à l’AFCON 2025 a offert un cas d’école. À peine le coup de sifflet final dissipé que certains micros se sont transformés en clairons. Ici, on ne commente plus un match : on règle des comptes historiques, on soupèse des identités, on attribue des intentions à des peuples entiers. Le ballon devient un prétexte, la pelouse un tribunal, et l’analyse sportive une géopolitique de comptoir.

Le racisme journalistique, soyons précis, n’est pas toujours frontal. Il est souvent feutré, ironique, “culturel”. Il se glisse dans une blague “innocente”, une métaphore douteuse, un “on sait bien que…”. Le chauvinisme, lui, se drape d’amour du maillot : il jure qu’il défend “les siens”, tout en transformant l’adversaire en caricature. Résultat : on n’explique plus le jeu, on fabrique des ennemis, évoquant ici et là des théories de complot sorties de nulle part.

D’où vient ce phénomène ? D’abord, d’un journalisme télécommandé sous pression, et parfois, où l’algorithme est devenu rédacteur en chef. Il faut du clic, du partage, de l’indignation instantanée et du sensationnel au premier degré. La nuance n’est pas virale ; l’outrance, si. Ensuite, d’un héritage non digéré : colonisation, rivalités régionales, blessures mémorielles. Certains chroniqueurs pensent régler l’Histoire à coups de punchlines. Spoiler : l’Histoire ne like pas, ne share pas. Du coup on insiste sur ce qui fait le buzz.

Ajoutons le manque de formation (ou de courage éditorial). Commenter l’Afrique comme un bloc homogène, c’est confortable. Comparer des joueurs à des stéréotypes, c’est rapide. Reconnaître la complexité tactique d’une équipe nigériane disciplinée ou la lecture de jeu algérien, c’est du travail. Or, le travail, quand il est exigeant, fatigue les raccourcis. Puis les petits raccourcis deviennent la norme.

Ce qui est cocasse—et tragique à la fois—c’est que ces discours se parent souvent de morale. On se proclame “franc”, “authentique”, “sans langue de bois”. Traduction : sans faits, sans contexte, sans retenue. Le chauvin se dit passionné ; le raciste se dit réaliste. Les deux confondent le volume sonore avec la vérité.

La solution ? Elle n’est pas héroïque, elle est professionnelle. Réapprendre à nommer les faits, pas les fantasmes. Séparer le match du mythe. Remettre l’expertise au centre—tactique, statistique, historique—et reléguer l’ego au vestiaire. Et surtout, rappeler que le sport est un miroir : s’il renvoie une image laide, ce n’est pas le miroir qu’il faut briser, mais le visage qu’il faut laver.

L’AFCON mérite mieux que des éditos enragés. Les supporters aussi. Le journalisme, enfin, mérite de ne pas servir de cheval de Troie à la xénophobie ordinaire ni aux haines enfuies. Qu’on célèbre la victoire, qu’on analyse la défaite—mais qu’on laisse le racisme hors-jeu. Le carton rouge est sorti depuis longtemps. À bon entendeur.

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