La Cour de commerce de Casablanca rejette l’offre émiratie de reprise des actifs de la Samir dans le cadre de la liquidation judiciaire

La Cour de commerce de Casablanca a rendu, le 27.02.2026, une décision très attendue en rejetant la dernière offre émiratie visant la reprise des actifs de la Samir, unique raffinerie du Maroc à l’arrêt depuis 2015. Ce refus relance l’incertitude autour d’un dossier industriel majeur, enlisé depuis près d’une décennie.
Une offre émiratie jugée insuffisante
L’offre rejetée émanait d’un investisseur basé aux Émirats arabes unis, présenté comme un groupe énergétique privé intéressé par l’acquisition des actifs dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire. Le projet portait sur la reprise des installations industrielles ainsi que sur un plan de relance progressive de l’activité à Mohammedia.
Toutefois, la juridiction commerciale a estimé que les garanties financières et opérationnelles apportées ne répondaient pas aux exigences fixées. La remise en service de la raffinerie nécessite des investissements importants, tant pour la réhabilitation technique des unités que pour la constitution d’un fonds de roulement adapté. La question du traitement du passif — qui comprend des créances publiques significatives — demeure également centrale dans l’évaluation de toute offre.
En rejetant cette proposition, le tribunal confirme sa volonté de privilégier une solution juridiquement sécurisée et économiquement viable, capable de préserver les droits des créanciers et d’assurer une relance crédible de l’outil industriel.
Un dossier bloqué depuis 2015
Placée en liquidation judiciaire en 2016, après l’accumulation de dettes estimées à plusieurs dizaines de milliards de dirhams, la Samir avait cessé son activité dès août 2015. La fermeture de la raffinerie a profondément transformé le paysage énergétique national, le Maroc devenant entièrement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés.
Depuis lors, plusieurs manifestations d’intérêt ont été évoquées, sans aboutir à une reprise effective. Chaque tentative se heurte à la même équation : niveau élevé d’endettement, incertitudes sur la rentabilité du raffinage et complexité juridique de la procédure.
Le contentieux avec l’ancien actionnaire
Le dossier Samir est également marqué par un contentieux international opposant l’État marocain au groupe Corral, ancien actionnaire majoritaire de la raffinerie, contrôlé par l’homme d’affaires Mohammed Al Amoudi.
Après la mise en liquidation de la société et le gel de ses actifs, le groupe Corral a engagé une procédure d’arbitrage contre le Maroc devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), relevant de la Banque mondiale. Il estimait que certaines décisions prises dans le contexte de la crise de la raffinerie constituaient un traitement préjudiciable à son investissement.
Une sentence arbitrale a condamné le Maroc à verser une indemnisation significative au groupe Corral. Les autorités marocaines ont contesté cette décision devant les juridictions compétentes, ouvrant une nouvelle phase contentieuse.
Ce litige continue d’influencer l’environnement global du dossier. Il pèse à la fois sur la perception du risque juridique par d’éventuels investisseurs et sur l’équilibre financier lié aux actifs de la raffinerie.
Quelles suites après le rejet ?
À la suite de cette décision, la procédure de liquidation se poursuit. Le syndic pourrait relancer un appel à manifestation d’intérêt ou examiner de nouvelles offres si elles sont présentées. Une réévaluation des actifs ou un ajustement des conditions de cession reste envisageable.
Plus de dix ans après l’arrêt de la raffinerie, le temps constitue un facteur supplémentaire de complexité. L’état des installations, l’évolution des normes industrielles et les exigences financières rendent toute relance plus exigeante.
La décision de la Cour de commerce ne met pas fin au dossier, mais elle rappelle que toute reprise des actifs dans le cadre de la liquidation judiciaire devra s’appuyer sur un montage solide, des garanties claires et une stratégie industrielle cohérente. Le site de Mohammedia demeure ainsi au cœur d’un dossier où se croisent impératifs économiques, contraintes juridiques et attentes sociales.
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