Économie

Énergie solaire : Noor Atlas inaugure une nouvelle génération de projets au Maroc

Avec 305 MW répartis sur six sites, Noor Atlas inaugure une nouvelle phase du développement solaire marocain, fondée sur un modèle plus décentralisé.

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans le développement de son énergie solaire. Avec le lancement du programme Noor Atlas, le Royaume engage la réalisation d’un réseau de centrales réparties dans plusieurs régions du pays.

Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les marchés de l’énergie et l’accélération des politiques de transition énergétique, cette nouvelle génération de projets traduit une évolution dans la stratégie énergétique nationale. Porté par la Moroccan Agency for Sustainable Energy (Masen) et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), le programme représente un investissement d’environ 3 milliards de dirhams, soit près de 272 millions d’euros, pour une capacité supplémentaire de 305 mégawatts. L’initiative s’inscrit dans la stratégie énergétique du Royaume visant à réduire sa dépendance aux importations d’énergie tout en renforçant la place des énergies renouvelables dans le mix électrique.

Un programme solaire multisites de 305 MW
Le programme Noor Atlas se distingue par son architecture décentralisée. Contrairement aux premiers projets solaires marocains concentrés autour de grands complexes, cette nouvelle génération d’infrastructures repose sur un maillage territorial de centrales photovoltaïques de taille intermédiaire.

Six sites ont été retenus pour accueillir ces installations : Aïn Beni Mathar dans la province de Jerada, Boudnib dans la province d’Errachidia, Bouanane dans la province de Figuig, Enjil dans la province de Boulemane, ainsi que les villes de Tata et de Tan-Tan. Ensemble, ces centrales totaliseront une capacité installée de 305 mégawatts.

La mise en service des différentes installations est prévue de manière progressive à partir de juillet 2027. Leur production viendra renforcer l’alimentation du réseau électrique national tout en améliorant la couverture énergétique de régions éloignées des grands pôles de production.

Le choix de ces sites répond à plusieurs critères techniques, notamment un niveau d’ensoleillement particulièrement élevé et la proximité relative des infrastructures de transport d’électricité, deux facteurs essentiels pour assurer l’intégration efficace de la production solaire dans le réseau national.

Un montage financier international et un modèle industriel structurant
La réalisation du programme Noor Atlas repose sur un montage financier associant institutions internationales et financement bancaire marocain. Le projet bénéficie notamment de prêts concessionnels accordés par la Banque européenne d’investissement et par la banque publique allemande KfW. À ces ressources s’ajoute un financement commercial mobilisé auprès du groupe bancaire marocain Bank of Africa.

Cette combinaison de financements concessionnels et de prêts commerciaux permet de réduire le coût global du financement tout en sécurisant l’équilibre économique du projet. Ce type de montage financier hybride constitue aujourd’hui un mécanisme central dans le financement des grandes infrastructures énergétiques renouvelables.

Au-delà de l’investissement direct, le programme devrait également mobiliser une partie de l’écosystème industriel national. Les travaux de génie civil, l’installation des structures photovoltaïques et la maintenance des centrales devraient impliquer plusieurs entreprises marocaines, contribuant ainsi à structurer progressivement une filière industrielle locale dans le domaine des technologies solaires.

Une stratégie énergétique inscrite dans une dynamique régionale et mondiale
Le lancement de Noor Atlas intervient dans un contexte où le Maroc poursuit la transformation progressive de son système énergétique. Le pays dépend historiquement des importations pour une part importante de ses besoins énergétiques, ce qui a conduit les autorités à engager, dès la fin des années 2000, une politique volontariste de développement des énergies renouvelables.

Aujourd’hui, la capacité de production d’énergie solaire installée au Maroc se situe autour de 830 à 885 mégawatts, en combinant les centrales photovoltaïques et les installations solaires thermodynamiques. Le complexe solaire Noor de Ouarzazate représente à lui seul plus de 580 mégawatts, ce qui en fait l’un des projets solaires les plus emblématiques du continent africain.

À l’échelle mondiale, la capacité solaire dépasse désormais 1 800 gigawatts, portée par les investissements massifs de pays comme la Chine, les États-Unis et l’Inde. La comparaison devient toutefois particulièrement pertinente à l’échelle régionale, où plusieurs pays accélèrent également leurs investissements dans l’énergie solaire.

L’Égypte dispose d’environ 2,5 gigawatts de capacité solaire installée, notamment grâce au vaste parc photovoltaïque de Benban, tandis que l’Arabie saoudite a franchi le seuil d’environ 6 gigawatts dans le cadre de sa stratégie de diversification énergétique. Dans le Maghreb, les capacités restent plus modestes mais progressent progressivement, avec environ 400 mégawatts en Algérie et près de 600 mégawatts en Tunisie.

Dans ce paysage régional en pleine mutation, le Maroc conserve une position singulière. Grâce à une stratégie énergétique engagée dès 2009 et à un cadre institutionnel structuré autour de Masen et de l’ONEE, le Royaume figure parmi les pionniers africains du développement du solaire à grande échelle.

Le programme Noor Atlas s’inscrit précisément dans cette nouvelle phase de développement. En complément des grands complexes qui ont marqué la première décennie de la transition énergétique marocaine, ce projet introduit un modèle plus diffus reposant sur un réseau de centrales de taille intermédiaire réparties sur le territoire.

Si le calendrier est respecté, les premières installations devraient entrer en service à partir de 2027 et rapprocher le Maroc de son objectif stratégique : porter la part des énergies renouvelables à plus de 52 % de la capacité électrique installée d’ici 2030.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *