Solaire, stockage et économie circulaire : l’alliance Marita–Gotion veut redessiner l’avenir énergétique de l’Afrique

Une alliance stratégique d’envergure vient de voir le jour entre le groupe marocain Marita et le géant chinois des batteries Gotion High-Tech, avec une ambition claire : positionner l’Afrique au cœur de la transition énergétique mondiale. À travers ce partenariat structurant, les deux acteurs entendent conjuguer innovation technologique, ancrage local et modèles économiques durables pour accélérer le déploiement de solutions énergétiques propres sur le continent.
Selon les données du projet, Gotion High-Tech, classé « Tier 1 » par BloombergNEF, apporte une expertise industrielle de pointe, notamment à travers ses batteries LFP de nouvelle génération, ses systèmes de stockage GoGo Grid et sa Gigafactory installée à Kénitra, dotée d’une capacité annuelle de 20 GWh. L’industriel chinois ne vise pas seulement l’exportation de technologies, mais cherche à s’appuyer sur un partenaire capable de faciliter son implantation à grande échelle en Afrique.
Ce rôle est assuré par Marita Group, fondé à Rabat en 1994, qui s’appuie sur plus de trois décennies de présence sur le terrain africain. Le groupe marocain, actif dans huit secteurs allant des mines à la cybersécurité, dispose de 32 bureaux répartis sur quatre continents et d’un réseau solide de relations institutionnelles, constituant un levier stratégique pour le déploiement de projets structurants.
De cette complémentarité est née une alliance opérationnelle concrétisée par la signature de six memoranda of understanding couvrant des projets variés : systèmes de stockage d’énergie (BESS), centrales solaires en Afrique, camions électriques longue autonomie, décarbonation industrielle et initiatives d’économie circulaire. Ces accords traduisent une volonté commune de passer rapidement à l’exécution, dans un contexte marqué par une forte accélération du marché énergétique africain.
En effet, le continent a atteint une capacité solaire installée de 19,2 GW en 2024, tandis que les capacités de stockage ont été multipliées par plus de dix en une année. Parallèlement, la baisse de 20 % du coût des batteries lithium-ion renforce la compétitivité des projets hybrides solaire-stockage, désormais jugés bancables par les investisseurs.
Premier terrain d’expérimentation, le projet BESS de Trieste, en Italie, illustre cette approche. Implanté sur d’anciennes friches industrielles, il prévoit le déploiement de 2,4 MW de photovoltaïque couplés à un système de stockage, avec un impact environnemental estimé à près de 38 000 tonnes de CO₂ évitées par an. À terme, le projet pourrait être étendu à 7 GW, pour un investissement global de 1,4 milliard d’euros.
En Afrique, la stratégie repose sur une approche différenciée selon les marchés. Au Maroc, le projet d’Errachidia vise à décarboner l’industrie minière via une centrale solaire de 30 MWc couplée à 68 MWh de stockage. En Afrique de l’Ouest, les solutions de stockage sont positionnées comme réponse aux délestages, notamment au Nigeria, en Côte d’Ivoire et au Ghana. D’autres projets sont en discussion dans quinze pays, à différents stades d’avancement.
L’alliance intègre également une dimension d’économie circulaire, avec des initiatives telles que le projet « Plastic to Fuel », destiné à transformer 12 000 tonnes de déchets plastiques en carburant de synthèse, ou encore des exploitations agricoles autonomes alimentées par énergie solaire. À cela s’ajoutent des solutions de mobilité électrique, notamment des camions capables d’atteindre 1 000 km d’autonomie.
Au-delà des projets, cette coopération repose sur une logique de complémentarité stratégique : à Gotion la technologie et la puissance industrielle, à Marita la connaissance des marchés africains et la légitimité institutionnelle. Une équation qui a déjà convaincu la Banque africaine de développement, laquelle a donné un accord de principe pour accompagner l’initiative.
Dans un contexte où l’Afrique doit mobiliser près de 25 milliards de dollars par an pour atteindre l’accès universel à l’électricité, ce partenariat se positionne comme l’un des modèles les plus structurés et crédibles. Reste désormais à concrétiser sur le terrain une ambition qui pourrait marquer un tournant décisif dans la transition énergétique du continent.
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