Gouvernance économique : les TPE-PME réclament une représentation à la hauteur de leur poids

Le signal est clair, presque brutal : derrière les chiffres de la disparition des entreprises, c’est une question de pouvoir qui surgit. Après avoir alerté sur la perte de près de 150.000 structures en quatre ans, la Confédération marocaine des TPE-PME déplace le débat. Elle ne parle plus seulement d’économie, mais d’influence, d’accès à la décision, de place dans le jeu institutionnel.
Selon l’organisation, les très petites entreprises, qui composent l’écrasante majorité du tissu économique, restent largement à l’écart des lieux où se tracent les grandes orientations du pays. Elles représenteraient entre 97 % et 98 % des entreprises marocaines. Pourtant, leur voix pèse peu là où se décident les règles qui conditionnent leur survie.
Pour son président, Abdellah El Fergui, le déséquilibre est devenu trop visible pour être ignoré. Il pointe une concentration du pouvoir de représentation autour d’un acteur central : la Confédération générale des entreprises du Maroc, aujourd’hui dirigée par Chakib Alj.
La CGEM dispose d’un levier décisif : un groupe parlementaire à la Chambre des Conseillers. Elle participe directement à la fabrication des lois économiques et sociales. Pour la Confédération des TPE-PME, ce rôle central ne correspond plus à la réalité d’un tissu productif fragmenté, où les petites structures dominent largement en nombre mais restent marginalisées dans la représentation.
La question posée est simple, mais elle dérange : comment la base même de l’économie peut-elle rester en dehors des espaces où se décident les règles du jeu ? Derrière cette interrogation, un constat s’impose. Les priorités des TPE (trésorerie, délais de paiement, accès au crédit, complexité administrative) ne coïncident pas toujours avec celles des grandes structures. Tant que ces écarts persistent, leur défense reste partielle.
Le contexte renforce cette tension. La Confédération évoque la disparition de 150.000 entreprises en quatre ans. Dans le même temps, les défaillances se multiplient. Ce n’est pas seulement une série de faillites : c’est le signe d’un déséquilibre. D’un côté, une économie portée par de grands projets et des stratégies sectorielles ambitieuses. De l’autre, un tissu de proximité qui s’essouffle.
Pour l’organisation, le problème dépasse la conjoncture. Il tient aussi à la manière dont les politiques publiques sont conçues. Lorsque les arbitrages se construisent principalement autour des acteurs les mieux structurés, les besoins des plus petits passent au second plan. Fiscalité, financement, protection sociale, simplification : autant de chantiers où l’écart se creuse.
D’où une revendication désormais assumée : rééquilibrer la gouvernance économique. La Confédération appelle à une présence réelle dans les espaces de décision, au Parlement, au Conseil économique, social et environnemental, mais aussi au sein d’institutions clés comme la CNSS ou Bank Al-Maghrib. Autant de lieux où, selon elle, les TPE restent largement invisibles.
Au fond, le débat dépasse les organisations elles-mêmes. Il pose une question simple : qui représente réellement le tissu économique marocain aujourd’hui ? Entre grands groupes, PME structurées et très petites entreprises, les réalités ne sont plus les mêmes, mais la représentation reste concentrée. En contestant la place centrale de la CGEM, la Confédération des TPE-PME met ce déséquilibre sur la table. Et derrière, une interrogation concrète s’impose : peut-on construire des politiques économiques efficaces si la majorité des entreprises concernées n’est pas réellement autour de la table ?
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