Drame à Ceuta : 41 migrants périssent, des milliers regagnent le Maroc

Le bilan humain de la vague de migration massive vers l’enclave occupée de Ceuta s’est alourdi à 41 morts, selon le dernier décompte officiel communiqué vendredi 31 juillet par la Délégation du gouvernement espagnol dans la ville. Parallèlement, des milliers de personnes ont commencé à regagner à pied la ville marocaine de Fnideq, après avoir passé une nuit dans des conditions humanitaires particulièrement précaires.
Quelques heures plus tôt, le président du gouvernement de Ceuta, Juan Jesús Vivas, avait annoncé un bilan de 34 victimes. Moins d’une heure après cette déclaration, les autorités sécuritaires espagnoles ont confirmé la découverte de nouveaux corps, portant à 41 le nombre de personnes décédées depuis le début des passages massifs, la plupart ayant péri par noyade en tentant de contourner à la nage le poste-frontière de Tarajal.
Selon l’agence Europa Press, ce nouveau bilan porte à 71 le nombre de corps de migrants retrouvés sur les côtes de Ceuta depuis le début de l’année 2026, contre 30 décès enregistrés avant le déclenchement de la crise actuelle. Les autorités espagnoles n’excluent pas une aggravation du bilan, les opérations de recherche se poursuivant en mer avec la participation d’équipes de plongeurs de la Garde civile.
Plus de 50 000 entrées et des retours volontaires
Le ministère espagnol de l’Intérieur a indiqué que plus de 50 000 personnes étaient entrées irrégulièrement à Ceuta depuis jeudi matin, tandis que Juan Jesús Vivas a estimé leur nombre à près de 60 000.
Le ministère a également précisé qu’environ 25 000 migrants avaient quitté volontairement l’enclave au cours des premières heures de vendredi pour rejoindre le Maroc. Madrid insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une opération d’expulsion collective, mais de départs volontaires effectués via les points de passage frontaliers ou par le même itinéraire côtier emprunté lors de leur entrée.
Sur place, des milliers de personnes ont été vues regagnant Fnideq à pied après avoir passé la nuit sans abri ni nourriture, dans une ville confrontée à une saturation de ses rues, de ses parcs et de ses structures d’accueil. Des médias espagnols rapportent que de nombreux migrants ont dormi à même le sol ou dans les zones montagneuses entourant Ceuta, les capacités d’hébergement ayant été rapidement dépassées.
Les autorités marocaines ont, de leur côté, rouvert le poste-frontière de Bab Sebta après une fermeture d’environ dix heures provoquée par l’afflux massif de candidats à la traversée et les tensions enregistrées dans la zone. Les forces de sécurité marocaines ont repris le contrôle des abords du passage et ont recommencé à accueillir les ressortissants marocains bloqués, dans le cadre des procédures administratives habituelles.
Pedro Sánchez à Ceuta
Face à l’ampleur de la crise, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez s’est rendu vendredi matin au poste-frontière de Tarajal, accompagné du ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska.
Après des réunions avec les responsables de la Police nationale et de la Garde civile, il s’est entretenu avec Juan Jesús Vivas et les responsables locaux chargés de la gestion de la crise.
Pedro Sánchez a qualifié les événements d’« attaque contre l’intégrité territoriale de l’Espagne », affirmant que son gouvernement mobiliserait l’ensemble des moyens de l’État pour rétablir la sécurité et l’ordre à Ceuta. Il a toutefois évité de mettre en cause le Maroc, réaffirmant que Rabat demeure un partenaire essentiel dans la gestion des flux migratoires.
Selon l’agence EFE, le chef du gouvernement espagnol a remercié les autorités marocaines pour leur coopération et leur disponibilité afin d’accélérer le retour des ressortissants marocains entrés irrégulièrement à Ceuta.
Madrid accuse les réseaux de traite
Pedro Sánchez a attribué cette vague migratoire aux réseaux de trafic d’êtres humains, qu’il accuse d’avoir exploité un récent arrêt de la Cour suprême espagnole relatif aux procédures de refoulement à la frontière.
La haute juridiction a estimé que la procédure de « rejet à la frontière » ne pouvait être appliquée aux migrants interceptés en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre Ceuta ou Melilla à la nage, cette procédure étant réservée aux personnes franchissant un obstacle frontalier physique, tel que la clôture.
Selon le Premier ministre espagnol, les réseaux de passeurs auraient volontairement déformé cette décision judiciaire en diffusant sur les réseaux sociaux l’idée que toute personne atteignant Ceuta à la nage ne pouvait plus être immédiatement renvoyée vers le Maroc.
Les autorités espagnoles reconnaissent néanmoins que les causes exactes ayant conduit des dizaines de milliers de personnes à converger simultanément vers la frontière ne sont pas encore totalement établies.
Renforcement du dispositif sécuritaire
Madrid a annoncé le déploiement de renforts policiers et militaires à Ceuta, avec l’envoi de nouvelles unités de la Police nationale, de la Garde civile, de moyens maritimes et aériens ainsi que d’équipes spécialisées dans le sauvetage.
Selon les médias locaux, le dispositif comprend notamment 225 policiers issus des unités d’intervention et de prévention, des plongeurs, des renforts de la Garde civile, ainsi que le navire Duque de Ahumada, transportant douze agents. Une hélicoptère et des équipes spécialisées dans les drones et la navigation rapide ont également été mobilisés.
Pedro Sánchez a par ailleurs annoncé l’installation prochaine d’une ligne de bouées flottantes au large du poste-frontière de Tarajal afin de matérialiser une frontière maritime et d’adapter les dispositifs de contrôle à la récente jurisprudence de la Cour suprême.
Il a également indiqué que son gouvernement étudiait une éventuelle réforme de la législation sur l’immigration afin de renforcer les procédures de retour à la frontière, tout en garantissant le respect des décisions judiciaires et des droits fondamentaux.
Du côté marocain, un important dispositif sécuritaire a été déployé pour empêcher de nouvelles tentatives de passage, avec notamment l’utilisation de gaz lacrymogènes et de canons à eau, alors que les deux pays concentrent désormais leurs efforts sur la sécurisation de la frontière, la prise en charge des personnes bloquées et la poursuite des recherches en mer.
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