Politique

Le PAM dévoile son programme électoral : pouvoir d’achat, jeunesse, croissance et 350 milliards de dirhams de coût sur cinq ans

Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) a dévoilé, mardi à Rabat, les grandes lignes de son programme électoral pour les législatives de 2026, en mettant l’accent sur le pouvoir d’achat, l’intégration des jeunes, les services sociaux, la sécurité stratégique et la croissance économique. Le parti ne s’est pas limité à présenter ses engagements : il a également annoncé leur coût global et les mécanismes envisagés pour les financer.

Baptisé autour de cinq pactes — « Pacte du pouvoir d’achat », « Pacte de l’intégration des jeunes », « Pacte de la citoyenneté », « Pacte de la sécurité » et « Pacte de la croissance et de la durabilité » — le programme entend répondre, selon le PAM, aux principales préoccupations économiques et sociales des Marocains.

Factures d’électricité gratuites sous 100 dirhams

Au cœur du « Pacte du pouvoir d’achat », le PAM propose la gratuité totale des factures mensuelles d’électricité inférieures à 100 dirhams, sans conditions supplémentaires ni démarches administratives.

Le parti propose parallèlement une contribution de solidarité appliquée aux ménages dont la consommation dépasse 200 kWh par mois, afin de contribuer au financement de cette mesure.

Sur le plan fiscal, le PAM préconise une réforme de l’impôt sur le revenu, avec un passage de six à trois tranches et une réduction du taux marginal maximal de 37 % à 20 %.

Selon le dispositif présenté, les salaires bruts inférieurs à 15.000 dirhams par mois seraient exonérés, ceux compris entre 15.000 et 46.000 dirhams seraient soumis à un taux de 10 %, tandis que les revenus dépassant 46.000 dirhams seraient taxés à 20 %.

Le parti propose également de porter, à partir de la deuxième année du prochain mandat, la pension minimale à 3.000 dirhams par mois, quel que soit le régime de retraite, ainsi que de relever la pension des veuves de 50 % à 100 % de la pension du conjoint décédé.

Le soutien social direct serait, quant à lui, porté à 1.000 dirhams par mois au minimum, avec une réforme du mécanisme de ciblage actuellement fondé sur l’indice social.

Sept mécanismes contre les intermédiaires

Pour faire baisser les prix des produits de première nécessité, le PAM entend s’attaquer à ce qu’il appelle « l’intermédiation parasitaire ».

Le parti estime que la dégradation du pouvoir d’achat ne résulte pas uniquement de la hausse des coûts, mais également des dysfonctionnements des circuits de commercialisation et de la multiplication des intermédiaires.

Il avance notamment que, dans certains secteurs, le producteur ne bénéficie que d’une part limitée de la valeur finale, tandis que les intermédiaires peuvent capter entre 60 % et 80 % du prix payé par le consommateur.

Pour inverser cette situation, le programme prévoit sept mécanismes.

Le premier consiste à créer six sociétés régionales de distribution agricole dans le Souss, Tadla, Gharb, Loukkos, Doukkala-Abda et l’Orient, chargées de relier directement producteurs et détaillants, avec des obligations de transparence et un audit annuel.

Le deuxième porte sur la modernisation des marchés de gros et la création de plateformes multiservices regroupant les fruits et légumes, le poisson et les viandes, avec des infrastructures de stockage frigorifique, de conditionnement et de traçabilité numérique.

Le troisième prévoit la création d’unités publiques de réfrigération dans les ports de pêche traditionnelle de Larache, Al Hoceima, Safi, Tan-Tan, Laâyoune et Dakhla, afin de permettre aux pêcheurs de conserver leurs produits et de renforcer leur pouvoir de négociation.

Le quatrième vise à réorienter les aides agricoles en conditionnant notamment le soutien à l’irrigation, à la mécanisation, aux semences et à l’engraissement à l’approvisionnement du marché national.

Le cinquième concerne la filière des viandes rouges, avec la poursuite du programme de reconstitution du cheptel national, avant une réforme du fonctionnement des marchés aux bestiaux, la modernisation des abattoirs et davantage de transparence sur les marges des intermédiaires et des bouchers.

Le sixième mécanisme prévoit de réorganiser les exportations agricoles à travers un système de contrôle et d’autorisation donnant la priorité à l’approvisionnement du marché national.

Enfin, le septième mécanisme prévoit une lutte renforcée contre l’intermédiation parasitaire, en coordination avec le Conseil de la concurrence, avec des moyens de sanction et la publication des décisions.

« Un gouvernement de la jeunesse », plutôt qu’un simple « gouvernement du Mondial »

Le PAM entend également placer les jeunes au cœur de la prochaine législature, allant jusqu’à défendre l’idée d’un « gouvernement de la jeunesse » plutôt qu’un simple « gouvernement du Mondial ».

Le parti propose le lancement d’un programme national intégré pour la jeunesse sur la période 2027-2031, baptisé « Un horizon pour chaque jeune ».

Ce programme vise notamment les quelque 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans qui, selon les chiffres présentés par le parti, se trouvent en dehors de l’éducation, de la formation et du marché du travail.

Le PAM propose une approche articulée autour de trois fronts : lutter contre le décrochage scolaire, renforcer la qualification professionnelle et garantir un emploi décent, avec contrat déclaré, couverture sociale, rémunération régulière, conditions de travail dignes, mobilité et perspectives d’évolution professionnelle.

Une économie à 5 % de croissance

Le programme économique du PAM repose sur un cinquième pacte consacré à la « croissance et à la durabilité », présenté comme la condition permettant de financer durablement les engagements sociaux.

Le parti fixe comme objectif un taux de croissance annuel moyen de 5 % entre 2027 et 2031, contre 3,7 % durant la période précédente.

Cette croissance devrait, selon le PAM, permettre d’élargir l’assiette fiscale sans augmenter la pression fiscale sur les ménages, notamment à travers l’intégration du secteur informel dans l’économie structurée, la lutte contre l’évasion fiscale et une contribution accrue des établissements et entreprises publics.

Le parti entend également développer l’industrie, soutenir la production nationale capable de remplacer certaines importations, renforcer les PME, accroître le taux d’activité des femmes et développer l’économie de la connaissance et les services exportables.

350 milliards de dirhams sur cinq ans

L’une des particularités mises en avant par le PAM est d’avoir accompagné ses engagements d’une estimation de leur coût et d’un schéma de financement.

Selon le parti, le coût additionnel cumulé de son programme atteindrait 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit environ 70 milliards de dirhams par an.

Cette enveloppe serait répartie entre les différents pactes : 150 milliards de dirhams pour le pouvoir d’achat, 100 milliards pour la citoyenneté, 50 milliards pour la jeunesse et 50 milliards pour la sécurité stratégique.

Le financement reposerait sur trois principales sources.

La première devrait générer environ 300 milliards de dirhams, grâce aux effets de la croissance et à l’élargissement de l’assiette fiscale.

La deuxième reposerait sur une contribution des collectivités territoriales estimée à 40 milliards de dirhams, notamment à travers les ressources qui leur sont attribuées au titre de la TVA.

Enfin, 10 milliards de dirhams devraient provenir de la réallocation des dépenses et de l’amélioration de l’efficience budgétaire.

Le PAM prévoit notamment, au cours des six premiers mois du prochain mandat, un examen global des dépenses publiques, avec la rationalisation des programmes et établissements dont les missions se chevauchent, la limitation des dépenses de fonctionnement non prioritaires et l’audit des conventions et contrats-programmes conclus avec le secteur privé.

Eau, énergie, alimentation et intelligence artificielle

Le quatrième axe du programme, consacré à la sécurité stratégique, couvre quatre domaines : l’énergie, l’eau, l’alimentation et la souveraineté scientifique et technologique.

Dans le secteur énergétique, le PAM propose notamment de constituer un stock de carburants couvrant trois mois de consommation nationale, tout en accélérant le développement des énergies renouvelables.

Le parti ambitionne de porter leur part dans la consommation électrique nationale à 52 % à l’horizon 2031.

Sur le front hydrique, le programme prévoit l’accélération de la construction des petits barrages, la valorisation des eaux pluviales, le développement du dessalement de l’eau de mer et des transferts entre bassins lorsque leur pertinence est démontrée.

Le PAM propose également la réalisation d’environ 400 ouvrages hydrauliques, six nouvelles stations de dessalement et l’extension de l’irrigation économe en eau à 350.000 hectares supplémentaires.

Enfin, sur le terrain technologique, le parti propose la formation de 5.000 encadrants spécialisés en intelligence artificielle, l’introduction de cette discipline dans l’enseignement secondaire et le développement d’une capacité marocaine dans le domaine de l’IA.

À travers ce programme, le PAM entend ainsi présenter une offre électorale qui combine baisse du coût de la vie, réforme fiscale, protection sociale, emploi des jeunes, croissance et souveraineté stratégique, tout en mettant en avant, fait rare dans le débat électoral, une estimation globale du coût de ses engagements et des sources envisagées pour leur financement.

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