Politique

Ceuta et Melilla : Madrid convoque l’ambassadrice du Maroc après les déclarations de Ouahbi et Toufiq

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a révélé ce jeudi 3 septembre 2026 que son gouvernement avait convoqué l’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaich, à la suite des déclarations controversées des ministres marocains de la Justice, Abdellatif Ouahbi, et des Habous, Ahmed Toufiq, au sujet de Ceuta et Melilla.

S’exprimant en séance plénière au Congrès des députés lors d’un débat consacré à la crise migratoire à Ceuta, Pedro Sánchez a qualifié ces propos d’« inacceptables ». Il a précisé que la convocation de la diplomate marocaine s’était déroulée le 21 août dernier, dans le cadre de la réponse diplomatique de Madrid aux revendications souverainistes marocaines sur les deux enclaves.

Cette révélation intervient alors que Madrid avait jusqu’ici maintenu une discrétion absolue. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, s’était limité à déclarer le 28 août que l’Espagne avait exprimé son rejet « par tous les canaux diplomatiques disponibles », sans confirmer officiellement la convocation de l’ambassadrice, rappelant que ce type d’initiative était rarement rendu public.

La vive tension diplomatique avait été ravivée le 21 août par une interview d’Abdellatif Ouahbi sur la chaîne marocaine « 2M ». Le ministre de la Justice y réaffirmait que Ceuta et Melilla constituaient un « droit historique et géographique » pour le Maroc, plaidant pour la mise en place d’un dialogue bilatéral en vue d’un « retour définitif dans le giron de la patrie ».

Les propos du ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, ont également fait polémique. Lors d’une cérémonie présidée par le roi Mohammed VI, il avait évoqué le « combat sacré pour la libération des villes occupées », une référence immédiatement associée par la presse espagnole à Ceuta et Melilla.

L’annonce de Pedro Sánchez intervient au lendemain de la sortie du président du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, qui réclamait la convocation « immédiate » de l’ambassadrice marocaine et des explications formelles de Rabat sur la crise migratoire. Les révélations du Premier ministre montrent ainsi que la mesure réclamée par l’opposition avait déjà été exécutée deux semaines plus tôt, à l’abri des regards.

Pedro Sánchez a toutefois tenu à dissocier cet épisode de la crise migratoire survenue fin juillet à Ceuta. Il a affirmé que Madrid ne disposait d’aucune preuve solide démontrant une planification de cette vague migratoire par les autorités marocaines, tout en prévenant que son gouvernement réagirait « avec toute la fermeté nécessaire » si de tels éléments venaient à être établis.

Cet imbroglio illustre la fragilité de la relation bilatérale autour du statut des deux présides, alors même que Madrid et Rabat tentent de préserver leur partenariat stratégique sur la sécurité, la gestion des flux migratoires et la lutte contre le grand criminalité.

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