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Fatimazohra Mansouri, Fouzi Lekjaa et le PAM : et si l’on osait le scénario le plus audacieux ?

L’adhésion de Fouzi Lekjaa au Parti Authenticité et Modernité (PAM) suscite, depuis son officialisation, un flot d’interprétations sur les intentions réelles de ce mouvement. La plupart s’arrêtent à une question : qui, de lui ou d’un autre, finira par tirer la couverture à soi ? Cette lecture, focalisée sur les egos et les calculs personnels, passe à côté de l’essentiel. Que le maître d’œuvre du budget de l’État, artisan reconnu du chantier de la Coupe du monde 2030, rejoigne les rangs du PAM relève moins d’une manœuvre de positionnement que d’un apport de poids. Le parti en a précisément besoin, à quelques semaines des élections de septembre 2026.

Le débat marocain, trop souvent absorbé par la question du « qui succédera à qui », oublie de poser une question autrement plus stimulante : et si Fatima Zahra Mansouri devenait la première femme à diriger un gouvernement au Maroc ? Une telle perspective constituerait une rupture historique, dont la portée dépasserait largement le cadre symbolique. Elle s’inscrirait dans le débat plus large sur la représentation des femmes au pouvoir au Maghreb, en Afrique et au-delà.

La comparaison avec la Namibie est, à cet égard, éclairante. Depuis mars 2025, Netumbo Nandi-Ndaitwah occupe la présidence namibienne. Les trois plus hautes fonctions de l’État — présidence, vice-présidence et présidence du Parlement — sont désormais occupées par des femmes. Ce petit pays d’Afrique australe est cité, dans les cénacles internationaux, comme la référence à suivre en matière de leadership féminin sur le continent. L’« exception namibienne » est devenue un argument que l’on ressort à chaque discussion sur l’émancipation politique des femmes en Afrique.

Un scénario comparable au Maroc ne resterait pas une affaire strictement nationale. La communauté internationale, qui observe avec attention les évolutions politiques dans la région, y lirait un gage de sérieux, la preuve qu’une modernité politique s’y joue réellement, et non pour la forme. Ce serait aussi une manière de sortir des représentations convenues qui collent trop souvent, dans la presse internationale, aux pays de la région — et de faire entrer le Maroc dans la conversation mondiale par la grande porte, comme référence citée en exemple, et non plus comme exception isolée qu’on mentionne du bout des lèvres.

Encore faut-il préciser les conditions de cette hypothèse, sous peine de la vider de son sens. Seul un scénario où le PAM arriverait en tête du scrutin, portant ainsi Fatima Zahra Mansouri à la primature, permettrait d’atteindre l’objectif visé : celui d’un pays doté d’institutions fortes, sérieux dans ses engagements, tant sur le plan national qu’international. Un raccourci qui court-circuiterait ce cheminement électoral, aussi séduisant soit-il sur le papier, produirait l’effet inverse de celui recherché.

La Constitution de 2011 a posé, en la matière, une règle non écrite — mais devenue, avec le temps, aussi contraignante qu’un texte : celle de nommer chef du gouvernement le chef du parti arrivé en tête des élections. Le Roi n’y était pourtant nullement tenu par la lettre du texte constitutionnel : l’article 47 se borne à l’obliger à puiser le chef de l’exécutif dans les rangs de la formation victorieuse, sans préciser qu’il doive s’agir de son secrétaire général ou de son président. C’est Sa Majesté qui, depuis 2011, a choisi de consolider cet usage, jusqu’à en faire une institution constitutionnelle informelle à part entière — un pilier de la pratique démocratique marocaine, au même titre que les dispositions écrites de la loi fondamentale. S’en affranchir aujourd’hui, même pour porter une femme à la tête du gouvernement, reviendrait à fragiliser ce que l’on chercherait à démontrer : la solidité et la prévisibilité des institutions du royaume.

Un tel scénario ne se décrète pas depuis les états-majors des partis. Il suppose, en amont, une mobilisation réelle des électrices et des électeurs, car c’est la légitimité des urnes, et elle seule, qui donnera à cette hypothèse toute sa force. Cet engagement collectif, s’il advenait, dépasserait le cadre d’une échéance électorale comme les autres : il prouverait que les Marocains sont eux-mêmes prêts à défaire, de l’intérieur, une image qu’on leur impose trop souvent de l’extérieur.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le Maroc traîne encore, dans la mémoire de l’opinion publique internationale, les images éprouvantes de la crise de Ceuta et Melilla, qui avaient fait le tour du monde et écorné son image à un moment particulièrement sensible. Voir une femme accéder à la tête du gouvernement enverrait un signal de maturité institutionnelle susceptible de corriger ces représentations tenaces — celles qui, chez l’investisseur international comme dans l’opinion mondiale, ont la vie dure. Ce serait l’occasion de reconstruire une confiance, et d’adresser ce message de stabilité que guette tout investisseur avant d’engager ses capitaux, et tout observateur avant de se faire une opinion sur une société tout entière.

L’arrivée de Fouzi Lekjaa au PAM, et la complicité affichée avec la direction du parti, ne sonne pas comme le prélude à une lutte de pouvoir, mais comme le signe d’une formation qui affermit ses rangs avant une échéance décisive. Le débat politique marocain gagnerait à s’affranchir des seules spéculations sur les successions pour embrasser une perspective plus ambitieuse : faire de ce moment l’occasion, enfin, de porter une femme à la tête du gouvernement — à condition d’une mobilisation électorale à la hauteur de l’enjeu. Ce serait un signal de force pour le pays, et une image renouvelée du Maroc dans son voisinage comme sur la scène internationale, capable de tourner définitivement la page des clichés d’hier.

 

Rima Lablaili : Experte en politique et politique publique

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