Politique

Sahara : Omar Hilale accuse l’Algérie de se dérober à ses responsabilités et dénonce ses contradictions

L’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, a vivement critiqué la position de l’Algérie sur la question du Sahara marocain, l’accusant de chercher à se présenter comme un simple observateur du différend, alors qu’elle prend part aux discussions qui lui sont consacrées au Conseil de sécurité. Il a également dénoncé ce qu’il a qualifié de contradictions entre le discours algérien sur la solidarité avec le peuple palestinien et les restrictions imposées aux manifestations de soutien en Algérie.

S’exprimant lors d’une séance du Conseil de sécurité consacrée à la question du Sahara marocain, le diplomate marocain a estimé que la participation de l’ambassadeur algérien au débat constituait une rupture avec la pratique observée ces dernières années, lorsque les résolutions du Conseil étaient adoptées sans interventions directes du Maroc et de l’Algérie. Selon lui, cette prise de parole permet à la communauté internationale de mieux apprécier le rôle réel de l’Algérie, contrairement à ses déclarations selon lesquelles elle ne serait pas partie au différend.

Omar Hilale s’est interrogé sur la qualité au nom de laquelle le représentant algérien intervient devant le Conseil de sécurité pour évoquer le droit international, le droit à l’autodétermination et la situation humanitaire. Il a estimé que son intervention relevait davantage d’une argumentation dirigée contre le Conseil et les pays dont les positions ne rejoignent pas la lecture algérienne du dossier.

Tindouf : Hilale interpelle Alger sur le recensement des populations des camps

Répondant aux arguments avancés par son homologue algérien sur le droit international humanitaire et la protection des réfugiés, le représentant marocain a particulièrement insisté sur la situation des camps de Tindouf, accusant l’Algérie de refuser depuis cinq décennies l’enregistrement officiel de leurs populations auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Il a qualifié cette situation de cas exceptionnel, dans lequel le pays d’accueil refuse, selon ses propos, de procéder à l’enregistrement et à l’identification officielle des réfugiés. Il a ainsi appelé à permettre au HCR de mener une opération de recensement et d’identification, quel que soit le nombre de personnes qui en résulterait.

Pour Omar Hilale, l’enregistrement des réfugiés ne constitue pas une simple formalité administrative ou politique, mais une condition essentielle pour établir leur identité, garantir leur protection internationale et déterminer les besoins réels des femmes, des enfants et des jeunes, afin d’adapter l’aide humanitaire aux populations concernées.

Il a rappelé à cet égard les obligations découlant de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, notamment en matière de protection des personnes concernées et de coopération avec le HCR.

Le diplomate marocain a également accusé l’Algérie de renoncer à exercer pleinement sa souveraineté et son autorité sur les camps de Tindouf au profit du Front Polisario, auquel il a reproché d’y agir sans contrôle effectif de l’État hôte, notamment en matière de recrutement des habitants et d’implication d’enfants dans des activités et missions à caractère militaire.

Liberté de circulation : Rabat dénonce les restrictions imposées aux habitants des camps

Abordant la question de la liberté de circulation, Hilale a affirmé que les habitants des camps de Tindouf ne disposaient pas de la liberté de les quitter ou de choisir leur lieu de résidence, et qu’ils étaient empêchés de retourner au Sahara marocain.

Il a affirmé que le Maroc était disposé à accueillir toute personne souhaitant regagner le territoire, avec des garanties internationales et l’assistance du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Il a également critiqué la position algérienne consistant, selon lui, à conditionner le retour des populations à la conclusion d’un règlement politique définitif, estimant que cette approche soumet le destin des habitants des camps à des considérations politiques, au lieu de reconnaître leur droit humanitaire au retour.

S’interrogeant sur les perspectives de règlement du différend, le représentant marocain a reproché à l’Algérie de refuser de discuter de l’initiative marocaine d’autonomie et de contester les bases susceptibles de permettre une solution politique.

Il a par ailleurs relevé que le représentant algérien avait lui-même évoqué la dégradation des conditions humanitaires dans les camps, notamment le désespoir et la détérioration des conditions de vie. Pour Hilale, la réponse à cette situation passe notamment par la possibilité donnée aux habitants de quitter les camps, que ce soit pour retourner au Sahara marocain ou pour s’installer en Espagne ou dans d’autres pays européens et africains.

Aide humanitaire et armement : Hilale met en cause les priorités du Polisario

Sur le volet humanitaire, l’ambassadeur marocain est revenu sur les données relatives à l’insécurité alimentaire dans les camps de Tindouf, évoquées par l’ambassadeur américain sur la base de chiffres onusiens qu’il a qualifiés d’alarmants et de préoccupants.

Il a dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction entre les demandes récurrentes d’aide humanitaire internationale et la fourniture d’armes et d’équipements militaires au Front Polisario.

Selon lui, l’aide internationale devrait prioritairement garantir aux populations l’accès à la nourriture, au logement et à la protection contre les conditions climatiques difficiles, aussi bien en été qu’en hiver. Il s’est ainsi interrogé sur les priorités retenues dans la gestion de ce dossier, au regard de ce qu’il a présenté comme un contraste entre les équipements militaires et la persistance des besoins fondamentaux des habitants des camps.

Palestine : le diplomate marocain dénonce les restrictions aux manifestations en Algérie

Réagissant à la comparaison établie par son homologue algérien entre la question du Sahara marocain et la cause palestinienne, Omar Hilale a qualifié cette comparaison de « honteuse », affirmant que des manifestations hebdomadaires de solidarité avec le peuple palestinien sont organisées au Maroc, contrairement à l’Algérie où ces rassemblements sont, selon lui, interdits.

S’adressant directement au représentant algérien, il a questionné la légitimité de son plaidoyer en faveur du peuple palestinien au Conseil de sécurité, alors que les citoyens algériens seraient privés, selon ses déclarations, de la possibilité d’exprimer leur solidarité à travers des manifestations.

Il a également interrogé son homologue sur les initiatives concrètes en matière d’aide humanitaire, d’envoi d’hôpitaux et de promotion d’un règlement pacifique fondé sur les négociations et le rapprochement des positions, estimant que l’action diplomatique ne saurait se limiter à des déclarations, mais doit se traduire par des initiatives concrètes, indépendamment des agendas politiques.

« Les camps ne doivent pas devenir des lieux permanents »

En conclusion de son intervention, Hilale a insisté sur le fait que les camps de réfugiés, quels que soient leur emplacement et les circonstances de leur création, ne devraient pas devenir des lieux d’installation permanente. Ils devraient, selon lui, constituer une étape temporaire devant déboucher sur le retour des femmes, des enfants et des familles dans leurs villes et leurs régions d’origine.

Il a estimé que les négociations et le règlement politique devraient permettre aux habitants des camps de Tindouf de regagner leurs foyers, plutôt que de les maintenir, selon ses termes, « en otages d’un agenda politique » défini par l’Algérie et un mouvement séparatiste armé.

Enfin, l’ambassadeur marocain a remercié les États-Unis, en leur qualité de porte-plume du dossier du Sahara marocain au Conseil de sécurité, ainsi que les pays ayant voté en faveur du projet de résolution. Il a souligné que le texte était le résultat de longues heures de négociations, précisant que le Maroc avait consenti à plusieurs concessions dans le but de parvenir à une formulation consensuelle susceptible de recueillir l’adhésion de l’ensemble des membres du Conseil, tout en regrettant que le projet n’ait pas obtenu l’accord de tous.

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