Le pavillon de l’Institution du Médiateur, dans le cadre du Salon International de l’Édition et du Livre (SIEL), a été le théâtre d’un débat sans concession ce mardi. À l’occasion de la présentation de l’ouvrage collectif « La diplomatie royale et la question du Sahara marocain : lecture du comportement extérieur et des mutations stratégiques », plusieurs universitaires, chercheurs et professionnels des médias ont pointé du doigt la gestion du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, sous l’ère du ministre Nasser Bourita.
Le diagnostic posé par les intervenants est sans appel : une tendance à l’effacement de la « diplomatie parallèle », un déficit flagrant de communication et une rétention de l’information concernant le dossier du Sahara. Sami El Moudni, rédacteur en chef à Medi1 TV, a ouvert le bal en alertant sur ce qu’il qualifie de volonté de la diplomatie officielle de « supprimer » le rôle des médias et de la société civile. Selon lui, la diplomatie ne doit pas être un simple écho du discours officiel. Il a ainsi plaidé pour une refonte radicale de l’approche ministérielle envers ces deux piliers, soulignant que l’absence de synergie affaiblit la position du Royaume.
Cette critique sur le verrouillage informationnel a été largement partagée par le professeur universitaire Miloud Belkadi. Ce dernier a déploré une « pénurie aiguë » d’informations sur la question du Sahara, affectant aussi bien les journalistes que les académiciens. Ce manque de données empêche, selon lui, la production d’analyses approfondies nécessaires à la défense de la cause nationale. M. Belkadi a également fustigé l’absence de soutien du ministère pour des ouvrages scientifiques de cette envergure, qui retracent pourtant l’histoire du dossier depuis le VIIe siècle et pallient la faiblesse actuelle de la production intellectuelle sur le sujet.
Abondant dans le même sens, Mohamed Laghrous, directeur de publication du journal Al Omk et chercheur en sciences politiques, a souligné un décalage entre la méthode royale et celle du ministère. Il a précisé que si le Palais Royal a opéré une mutation positive en termes de communication et d’implication des acteurs politiques, le ministère des Affaires étrangères reste « replié sur lui-même ». Pour ce spécialiste, le secret entretenu autour de l’information génère une confusion dommageable pour la défense des intérêts nationaux, rappelant qu’il ne peut y avoir de diplomatie parallèle efficace sans canaux de communication ouverts.
Enfin, Mohamed Issam Laaroussi, l’un des coordinateurs de l’ouvrage, a confirmé que ce silence administratif place les chercheurs dans une « véritable impasse », tout en tentant de justifier cette retenue par la sensibilité de la période actuelle. En conclusion, les intervenants, dont le professeur El Abbas El Ouardi, ont appelé à l’adoption d’une approche participative. Pour eux, le passage de la « gestion » au « changement » évoqué par Sa Majesté le Roi nécessite une diplomatie ouverte, capable de mobiliser toutes les forces vives du pays pour préparer les défis futurs, notamment celui de la mise en œuvre de l’autonomie.