Politique

Pouvoir d’achat et rente : Le réquisitoire de Nabil Benabdallah contre la majorité gouvernementale

Le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Mohamed Nabil Benabdallah, a tiré la sonnette d’alarme sur la crise de confiance qui, selon lui, risque de peser lourdement sur les prochaines élections législatives, tout en annonçant que le scrutin de 2026 constituera sa dernière campagne électorale en tant que secrétaire général du parti.

Invité de l’émission « La route vers le Parlement 2026 », Benabdallah a tenu à préciser que sa décision de ne pas se présenter aux élections ne signifie nullement son retrait de la vie politique. Il s’agit, a-t-il expliqué, de sa « dernière campagne électorale » en tant que secrétaire général du PPS et non en tant que militant.

Le dirigeant socialiste a assuré qu’il entendait poursuivre son engagement au sein du parti et rester disponible pour participer à de futures campagnes électorales, voire à une éventuelle expérience gouvernementale.

Après 16 années passées à la tête du PPS, et alors qu’il achèvera bientôt sa 17e année à ce poste, Benabdallah estime qu’il est désormais temps de préparer une nouvelle étape dans la vie du parti.

« Il faut préparer la relève », a-t-il expliqué, estimant que le PPS dispose de militantes et de militants capables d’assumer la responsabilité de sa direction. Interrogé sur l’existence d’une relève prête à prendre les commandes du parti, il a répondu par l’affirmative, soulignant que plusieurs cadres disposent des capacités nécessaires.

Pour Benabdallah, la priorité immédiate reste toutefois la bataille électorale de 2026, avant d’ouvrir ensuite le chantier du prochain congrès du parti et de préparer une nouvelle étape de sa direction.

« Les gens ne font plus confiance »

Au-delà de son avenir personnel à la tête du PPS, Benabdallah a placé la question de la confiance au cœur de son intervention. Il a estimé que la principale difficulté à laquelle seront confrontées les élections prochaines réside dans la perte de confiance des citoyens à l’égard de la politique et des institutions.

« Les gens ne font plus confiance », a-t-il déclaré, qualifiant cette situation de « problème réel ». Il a notamment averti que le PPS pourrait être particulièrement affecté par une faible participation électorale.

Dans ce contexte, le parti entend miser sur son programme, ses positions, son bilan militant et politique ainsi que sur ses candidats, tout en appelant les citoyens à dépasser le « désespoir », la défiance et la perte de crédibilité qui entourent, selon lui, le processus politique.

Benabdallah a par ailleurs défendu le slogan électoral du PPS, « On s’engage tous », affirmant que le parti reste attaché à ce qu’il présente comme une culture de sérieux et de responsabilité.

Il a reconnu que le PPS pouvait faire l’objet de critiques en raison de ses expériences gouvernementales passées, admettant que certaines politiques n’avaient pas donné les résultats escomptés et que certains responsables ayant représenté le parti n’avaient pas toujours réussi dans leurs missions.

Il a toutefois insisté sur un élément qu’il considère comme fondamental dans le parcours du parti : sa participation gouvernementale entre 1998 et 2018. Selon lui, aucune des personnes ayant représenté le PPS au gouvernement durant cette période, hommes ou femmes, n’a été impliquée dans des conflits d’intérêts ou dans des pratiques de corruption.

Benabdallah a néanmoins reconnu que le parti ne se considérait pas comme « 100 % irréprochable », affirmant qu’il assumait ses réussites comme ses échecs. Il a, dans le même temps, rejeté le discours présentant l’action de l’actuel gouvernement comme une réussite dans tous les domaines.

Une attaque frontale contre la majorité

Le secrétaire général du PPS a également lancé une offensive contre les composantes de la majorité gouvernementale, leur reprochant de tenter de se renvoyer mutuellement la responsabilité sur plusieurs dossiers, notamment celui de la hausse des prix et de la détérioration du pouvoir d’achat.

Pour lui, les partis qui composent la majorité « appartiennent à une même expérience gouvernementale » et participent collectivement à sa défense. Ils ne peuvent donc, selon lui, chercher à se dédouaner des décisions prises par l’Exécutif.

Benabdallah s’est particulièrement arrêté sur le dossier des importateurs de bétail et de viande, qu’il considère comme l’un des sujets ayant suscité le plus d’interrogations chez les citoyens.

Il a évoqué ce qu’il qualifie de « pratiques de rente », de « conflits d’intérêts » et de dysfonctionnements autour de ce dossier, tout en contestant la manière dont le gouvernement a réagi aux demandes d’enquête formulées au Parlement.

Il s’est notamment interrogé sur le refus de la majorité de permettre la création d’une commission d’enquête parlementaire, alors que le chef du gouvernement avait auparavant affirmé être disposé à une telle démarche.

« Si vous étiez prêts à la créer lorsqu’elle a été proposée en avril, pourquoi avez-vous donné des consignes aux députés pour voter contre ? », s’est-il interrogé.

Le dirigeant du PPS a également critiqué les déclarations politiques successives autour de ce dossier, appelant la majorité à ne pas donner aux Marocains l’impression qu’elle est disposée à enquêter alors qu’elle aurait, selon lui, empêché la mise en place effective d’une commission parlementaire.

Le pouvoir d’achat au cœur de la bataille électorale

Benabdallah a également placé la question du pouvoir d’achat au centre de ses critiques contre le gouvernement.

Il a rappelé que le PPS avait adressé une lettre ouverte au chef du gouvernement au sujet de la hausse des prix, en proposant plusieurs mesures destinées à contenir l’inflation et à protéger le pouvoir d’achat.

Parmi les propositions avancées figuraient un renforcement du contrôle des prix, le recours aux instruments fiscaux disponibles, notamment la TVA, les taxes intérieures de consommation et l’impôt sur le revenu, ainsi qu’un contrôle accru des marchés.

Le parti avait également plaidé pour une intervention plus ferme face aux pratiques anticoncurrentielles dans le secteur des hydrocarbures, estimant que la hausse des prix des carburants se répercute directement sur le coût de nombreux produits et services.

Selon Benabdallah, ces propositions n’ont pas reçu de réponse directe du gouvernement. Il a, en revanche, souligné que le Rassemblement national des indépendants (RNI) avait répondu au PPS et mené une campagne politique contre ses positions, alors que la lettre avait été adressée au gouvernement dans son ensemble.

Le dirigeant du PPS estime ainsi que les différentes composantes de la majorité portent une responsabilité collective dans la situation actuelle et ne peuvent se contenter de se renvoyer la responsabilité de la vie chère.

Le PPS appelle à l’alternance

À l’approche des élections législatives, Benabdallah a enfin adressé un message direct aux électeurs qui souhaitent, selon lui, mettre fin à l’expérience gouvernementale actuelle.

Il les a appelés à voter pour une alternative politique incarnée par le PPS et à « sanctionner » le RNI dans les urnes, estimant que le moment serait venu pour ce dernier de rejoindre l’opposition.

Le secrétaire général du PPS a présenté son parti comme une force capable, selon lui, d’opérer une rupture avec l’orientation politique actuelle.

Concernant son choix de ne pas se présenter personnellement aux élections de 2026, Benabdallah a expliqué qu’il avait déjà envisagé cette possibilité lors du scrutin de 2021.

Il avait alors constaté la difficulté de concilier la direction nationale d’une campagne électorale, en tant que secrétaire général, avec les exigences liées à une circonscription particulière.

Son choix actuel, a-t-il expliqué, ne répond donc pas à une ambition personnelle contrariée, mais à la volonté de consacrer pleinement son énergie à la campagne nationale du parti.

Benabdallah a ainsi assuré ne pas nourrir d’ambition particulière pour devenir député ni de volonté de prolonger indéfiniment les responsabilités qu’il a exercées. Après avoir assumé les missions qui lui ont été confiées et estimé avoir accompli ce qu’il avait à accomplir, il entend désormais préparer une nouvelle étape pour le PPS.