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Inondations du Loukkos et du Gharb : Une Réponse de l’État à la Hauteur de l’Épreuve

Comment le Maroc a Transformé une Catastrophe Naturelle Majeure en Démonstration de Gouvernance Solidaire et de Protection des Citoyens

En janvier et février 2026, les bassins du Loukkos et du Gharb ont subi l’une des crues les plus violentes de leur histoire récente. Plus de 188 000 personnes déplacées, 110 000 hectares inondés, des infrastructures lourdement endommagées : la catastrophe aurait pu virer au drame humanitaire. Il n’en a rien été. Grâce à une mobilisation d’une ampleur inédite — corps d’État, société civile, institutions nationales — le Maroc a imposé une réponse rapide, coordonnée et centrée sur l’humain, plaçant la sécurité et la dignité des populations au cœur de chaque décision.

Une catastrophe d’une ampleur exceptionnelle

Dès décembre 2025, des précipitations exceptionnelles s’abattent sur le nord du Maroc, saturant les bassins versants du Sebou et du Loukkos. En janvier 2026, la crue du Loukkos atteint des niveaux records : le barrage Oued El Makhazine enregistre un débit entrant de 3 200 m³ par seconde le 28 janvier. Ksar El Kebir, ville de 126 000 habitants construite en bordure du fleuve, est placée en état d’alerte maximale.

L’ampleur est saisissante : une pluviométrie moyenne de 150 mm enregistrée depuis septembre 2025, en hausse de 35 % par rapport à la moyenne des années 1990, et un volume d’eau trois fois supérieur à celui de l’année précédente. Le taux de remplissage du bassin du Loukkos dépasse 93 %, celui du Sebou 91 %. Au total, 110 000 hectares sont submergés dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Les dégâts touchent l’habitat, les routes, les cultures et l’élevage.

Ce contexte illustre avec acuité ce que le Cadre d’action des Nations Unies dit « Sendai » pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 désigne comme des « aléas naturels à risque aggravé par le changement climatique ». Le Maroc fait désormais face à ce que les experts hydrauliques décrivent comme un nouveau paradigme : celui d’une alternance entre longues sécheresses et épisodes pluvieux courts mais d’une intensité extrême.

L’anticipation comme premier acte de protection

Face à la montée des eaux, le premier réflexe des autorités a été l’anticipation. Le Ministère de l’Intérieur a lancé très tôt des alertes préventives ciblées, appuyées sur les données des Agences de Bassins Hydrauliques, qui suivent en temps réel les débits entrants et sortants plusieurs fois par jour. C’est sur la base de ces calculs précis que les décisions d’évacuation ont été prises, quartier par quartier.

Les autorités ont ordonné l’évacuation des communes et zones sensibles de la province de Larache, notamment Ksar El Kebir, Souaken, Oulad Ouchih, la zone industrielle de Larache et les abords de l’embouchure du Loukkos. Des bulletins d’alerte ont été massivement diffusés via la presse nationale, les plateformes numériques et les réseaux sociaux, permettant de toucher l’ensemble des populations concernées dans des délais remarquables. Cette démarche s’inscrit parfaitement dans les principes du Cadre d’action « Sendai », qui place la prévention et la réduction de l’exposition aux risques avant toute autre intervention. Le Maroc démontre ici sa capacité à intégrer les standards internationaux de préparation aux catastrophes dans ses pratiques opérationnelles.

La mobilisation exemplaire de tous les Corps de l’État

Face à l’urgence, la réponse institutionnelle à la crise a reposé sur une mobilisation interservices d’une ampleur sans précédent. Les Forces Armées Royales (FAR) et la Protection Civile ont joué un rôle central dans les opérations d’évacuation, de sécurisation des zones et d’acheminement des secours dans les secteurs les plus enclavés. Leur savoir-faire logistique et leur capacité de déploiement rapide ont été déterminants dans les heures critiques.

La Gendarmerie Royale et la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) ont incarné, sur le terrain, la présence protectrice et rassurante de l’État. Dès les premières heures de la montée des eaux, leurs éléments ont été déployés massivement dans les zones à risque pour sécuriser les périmètres inondés, baliser les axes routiers coupés ou dangereux et prévenir tout mouvement de panique susceptible d’aggraver les risques humains.

La Gendarmerie Royale, dont le maillage territorial couvre les zones rurales et périurbaines les plus exposées du Loukkos et du Gharb, a joué un rôle important dans l’acheminement des alertes précoces vers les populations isolées, souvent inaccessibles aux autres services. Ses brigades motorisées et ses unités spécialisées ont accompagné les convois d’évacuation, escorté les familles vulnérables et maintenu des corridors de circulation fluides pour permettre le passage des secours.

Sur le plan des moyens aéronavals, la Gendarmerie Royale a engagé ses hélicoptères pour des missions de ravitaillement aérien au-dessus des zones totalement isolées, larguant vivres, eau potable et médicaments à des familles dans l’impossibilité totale d’être atteintes par voie terrestre. Parallèlement, ses unités marines, en coordination avec les équipes de la Protection Civile, ont sillonné les étendues d’eau qui recouvraient routes et champs, évacuant en embarcations les personnes âgées, les femmes avec nourrissons et les malades qui n’avaient pu quitter leur domicile avant la submersion.

De son côté, la DGSN a mobilisé ses effectifs urbains pour garantir l’ordre public dans les villes affectées, fluidifier la circulation aux abords des centres d’accueil et lutter contre les tentatives de pillage dans les quartiers évacués. Au-delà de sa mission sécuritaire classique, elle a démontré une dimension profondément humaniste : en restant au contact direct des sinistrés, en orientant les familles, en rassurant les personnes âgées et en facilitant les démarches administratives d’urgence. La DGSN a également déployé ses unités mobiles de boulangerie de campagne pour produire et distribuer du pain frais en quantité suffisante aux populations déplacées dans les centres d’accueil, transformant ainsi une capacité logistique sécuritaire en outil de solidarité alimentaire au service de la dignité quotidienne des sinistrés.

Sur le plan ministériel, la coordination a impliqué notamment le Ministère de l’Intérieur (pilotage global de la crise), le Ministère de l’Équipement et de l’Eau (gestion hydraulique et remise en état des routes), le Ministère de la Santé (déploiement de dispensaires et de soins d’urgence), le Ministère de l’Éducation Nationale (protection et continuité scolaire des enfants déplacés) et le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Habitat (relogement des sinistrés).

Cette mobilisation transversale constitue une illustration remarquable de ce que les Nations Unies appellent une approche « Whole-of-Government » — une gouvernance intégrée où chaque institution contribue, selon ses compétences, à une réponse cohérente et coordonnée.

L’évacuation de masse : un exploit logistique et humain

Le chiffre clé qui résume l’ampleur de l’intervention publique est celui des évacuations. Selon les données officielles du Ministère de l’Intérieur, 154 309 personnes ont été évacuées ou déplacées à titre préventif dans les provinces de Larache (112 695), Kénitra (23 174), Sidi Kacem (14 079) et Sidi Slimane (4 361). Au total, près de 188 000 personnes ont été déplacées à l’échelle des zones sinistrées.

Ces évacuations se sont déroulées avec une célérité remarquable et ont bénéficié de transports entièrement gratuits pour les habitants. Des centres d’accueil ont été ouverts pour héberger les déplacés, avec une attention particulière portée aux femmes enceintes, aux personnes âgées et à celles en situation de handicap. Fait notable témoignant de la sensibilité humanitaire de la réponse : les autorités ont organisé l’évacuation non seulement des populations, mais aussi, dans plusieurs cas, de leurs troupeaux de bétail, reconnaissant ainsi que pour ces familles agricoles, le cheptel représente leur outil de subsistance et un bien vital.

Cette approche est directement alignée avec les Principes Directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays (Principes Deng, ONU, 1998), qui garantissent le droit des personnes déplacées à être protégées contre les déplacements arbitraires et à bénéficier de conditions décentes lors de leur relocalisation.

La dignité humaine comme principe directeur

Au-delà de l’urgence vitale, c’est une véritable approche fondée sur les Droits de l’Homme qui a guidé la réponse des autorités. L’État a mis la personne humaine au centre de ses préoccupations, en garantissant une prise en charge globale et digne aux populations déplacées, conformément aux cadres internationaux relatifs aux droits économiques et sociaux.

Le Ministère de la Santé a déployé des équipes médicales mobiles et ouvert des dispensaires dans les zones d’accueil afin d’assurer la continuité des soins. Des services spécifiques ont été mis en place pour les femmes enceintes, les nourrissons, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques. Cette attention différenciée traduit une application concrète des normes de l’Organisation Mondiale de la Santé en matière de santé d’urgence, qui exigent le maintien des fonctions essentielles même en situation de crise.

Aucune famille sinistrée n’a été laissée sans solution d’hébergement. Les autorités ont ouvert des centres d’accueil dans des conditions décentes, avec équipements sanitaires, alimentation régulière et accompagnement social. Les populations déplacées ont bénéficié de repas chauds et de provisions adaptées, notamment pour les enfants en bas âge et les personnes ayant des besoins nutritionnels spécifiques.

Une attention particulière a été portée aux enfants déplacés, qui ont bénéficié de mesures de protection spécifiques dans les centres d’hébergement. Le Ministère de l’Éducation Nationale a pris des dispositions pour assurer la continuité scolaire et éviter toute rupture préjudiciable dans le parcours éducatif des élèves affectés. Cette préoccupation pour le droit à l’éducation, même en situation d’urgence, illustre la compréhension par les autorités marocaines du principe d’indivisibilité des Droits Humains.

Au-delà des droits spécifiques, c’est le principe même de dignité humaine qui semble avoir guidé l’ensemble du dispositif. À ce titre, le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) a relevé dans ses conclusions préliminaires que la gestion des inondations dans le Loukkos et le Gharb constitue « un modèle de bonnes pratiques en matière de gestion des catastrophes naturelles », soulignant que la réhabilitation des zones touchées et le retour des habitants se sont faits « dans le respect de la dignité humaine ».

L’engagement financier de l’État : 3 milliards de dirhams pour les sinistrés

Sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Gouvernement marocain a mis en place un programme d’aide et de soutien doté d’un budget prévisionnel de 3 milliards de dirhams. Ce programme a été élaboré sur la base d’un diagnostic rigoureux et approfondi de la situation des populations affectées dans les quatre provinces les plus touchées : Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane.

Le Chef du Gouvernement a signé un arrêté déclarant les intempéries comme « événement catastrophique » et les communes concernées comme « zones sinistrées », ouvrant ainsi droit à l’activation de mécanismes d’indemnisation et de soutien. Cette décision réglementaire forte confirme l’engagement de l’État à assumer pleinement ses responsabilités vis-à-vis des citoyens affectés.

Les inondations qui ont frappé le Loukkos et le Gharb en janvier et février 2026 constituaient un défi redoutable pour les autorités marocaines. L’ampleur de la submersion, l’urgence humaine, la complexité hydraulique et la pression médiatique auraient pu conduire à une gestion délicate. Il n’en a rien été. Le Maroc a répondu par une mobilisation exceptionnelle de ses Corps de l’État, une coordination interinstitutionnelle exemplaire, une prise en charge globale et digne des populations déplacées, ainsi qu’un engagement financier sans précédent.

En intégrant la protection des plus vulnérables, la continuité des services essentiels comme l’École et la Santé, et en associant une aide d’urgence à un plan de reconstruction à long terme, le Maroc ne s’est pas contenté de « gérer » une crise. Il a démontré que la résilience d’une Nation se mesure à sa capacité à protéger la vie et la dignité de chacun de ses citoyens.

Mourad Errarhib
Expert en Droits de l’Homme et Sécurité

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