Politique

Scandale immobilier à Tasultant : L’IGAT épingle le groupe Addoha et la gestion locale

Le dernier rapport de l’Inspection Générale de l’Administration Territoriale (IGAT), relevant du ministère de l’Intérieur, vient de provoquer une véritable onde de choc dans la commune de Tasultant, située aux abords de Marrakech. Ce document accablant met en lumière une série de dysfonctionnements graves dans les secteurs de l’urbanisme et de la fiscalité locale, dont le point le plus saillant demeure une exonération fiscale jugée injustifiée de 3,8 millions de dirhams accordée au groupe immobilier Addoha.

Selon les documents officiels de la Wilaya de Marrakech-Safi, cette décision prise en février 2022 concernait la taxe sur les terrains urbains non bâtis pour deux propriétés couvrant deux hectares. Bien que le promoteur ait invoqué des difficultés de raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité pour justifier cette mesure, les inspecteurs ont balayé cet argument d’un revers de main, rappelant que les autorisations de lotissement obtenues dès 2017 imposaient la reprise des prélèvements fiscaux après le dépassement du délai légal de trois ans.

Au-delà de ce privilège fiscal accordé à un géant de l’immobilier, le rapport dresse un réquisitoire sévère contre l’anarchie urbaine qui règne dans la commune. Les enquêteurs ont recensé pas moins de 144 autorisations de lotissements délivrées sans aucun réseau d’assainissement liquide, ainsi que 114 projets immobiliers non raccordés au réseau d’eau potable, en violation flagrante des plans d’aménagement. Plus inquiétant encore, des permis ont été accordés pour des habitations s’appuyant sur des puits sans aucune garantie sur la potabilité de l’eau. Le non-respect des normes techniques se manifeste également par un bétonnage excessif dans les zones résidentielles de type villas, où la densité de construction a atteint 70% de la surface au lieu des 50% réglementaires, réduisant ainsi drastiquement les espaces verts et les zones communes.

Le rapport souligne par ailleurs des atteintes graves au domaine privé de l’État, avec la délivrance de permis de rénovation pour des bâtiments construits illégalement sur des terres publiques, souvent sur la base de contrats de désistement frauduleux. Sur le plan économique, la gestion communale est pointée du doigt pour son laxisme dans la collecte des recettes fiscales et l’octroi de licences commerciales et touristiques sans avis sanitaire préalable.

En plus de ces manquements administratifs, des cas de conflits d’intérêts ont été identifiés, impliquant l’utilisation des ressources de la commune par des associations dirigées par des élus. Face à l’ampleur de ces révélations, le Wali de la région Marrakech-Safi a officiellement sommé l’ex-présidente du conseil communal, Zineb Chala, de fournir des explications écrites sous dix jours, ouvrant ainsi la voie à une possible procédure de destitution en vertu de l’article 64 de la loi organique 113.14.

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