Politique

Tensions au Sahel : pourquoi le Mali devient un dossier majeur pour le Maroc et l’Algérie ?

Le 25 avril 2026 marque un tournant dans la crise malienne. Ce jour-là, le pays subit l’une des offensives les plus coordonnées depuis le début du conflit en 2012, avec des attaques simultanées visant Bamako, Kati, Gao, Mopti et Kidal. L’opération est menée par une alliance inédite entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg. Le bilan fait état d’au moins 23 morts, dont le ministre de la Défense, ainsi que la destruction d’un hélicoptère militaire et la perte temporaire de positions stratégiques. Au-delà de ces éléments, la coordination nationale, l’usage de drones et la convergence d’acteurs jusque-là opposés signalent une nouvelle phase du conflit.

Pour en mesurer la portée, il faut revenir à la trajectoire d’une crise installée depuis plus d’une décennie. Déclenchée en janvier 2012 par une rébellion touareg, elle est rapidement dominée par des groupes jihadistes. L’intervention française en 2013, puis les Accords d’Alger en 2015, permettent un répit relatif sans résoudre les causes profondes.

Les coups d’État de 2020 et 2021, suivis du retrait des forces internationales entre 2022 et 2023, modifient durablement l’équilibre sécuritaire. Depuis 2024, la montée en puissance des groupes armés accentue l’instabilité. Le Sahel concentre désormais plus de 50 % des morts liées au terrorisme dans le monde, confirmant son statut d’épicentre de la violence.

L’évolution la plus marquante réside dans la convergence opérationnelle entre le JNIM, dirigé par Iyad Ag Ghali, et le FLA. Longtemps opposés, ces acteurs coopèrent désormais pour affaiblir la junte, contrôler des zones du nord et structurer des espaces d’influence. Le conflit tend ainsi à s’organiser autour de logiques de coalition, rompant avec la fragmentation qui le caractérisait jusque-là.

Dans ce contexte, le pouvoir dirigé par Assimi Goïta depuis 2021 apparaît fragilisé malgré l’appui de partenaires extérieurs, notamment la structure paramilitaire russe Africa Corps. Les événements d’avril 2026 mettent en évidence plusieurs vulnérabilités : retrait de 400 paramilitaires de Kidal sous pression rebelle, attaques jusque dans la capitale, pertes de positions et négociations ponctuelles ayant conduit à la libération de plus de 100 combattants jihadistes en échange d’une trêve logistique. Ces éléments illustrent les limites d’une approche strictement sécuritaire face à des menaces hybrides.

La crise dépasse désormais les frontières maliennes et s’inscrit dans un continuum couvrant le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le nord du Nigeria, soit un espace de plus de 3 000 kilomètres. Cette extension facilite la circulation des groupes armés et renforce leur capacité de coordination, transformant le Sahel en zone stratégique interconnectée.

L’Algérie est directement concernée en raison de sa proximité géographique, avec environ 1 376 kilomètres de frontière commune avec le Mali. La sécurisation de cette zone constitue un enjeu prioritaire, notamment face aux risques d’infiltration, aux trafics et aux pressions migratoires. Alger conserve également un rôle de médiation hérité des Accords d’Alger de 2015, même si leur portée s’est réduite avec l’évolution du conflit.

Le Maroc, bien que plus éloigné, suit attentivement la situation dans le cadre de sa présence accrue en Afrique de l’Ouest depuis son retour à l’Union africaine en 2017. Cette implication repose sur des dimensions économiques, institutionnelles et religieuses. La stabilité du Mali apparaît, dans ce cadre, comme un facteur important pour la continuité des échanges régionaux et des partenariats. La position marocaine s’inscrit généralement dans une approche axée sur la stabilité des États et la coopération régionale.

La dimension énergétique renforce l’importance stratégique du Sahel. Plusieurs projets de gazoducs reliant le Nigeria à l’Europe sont envisagés, notamment un tracé atlantique via le Maroc et un tracé transsaharien passant par le Niger et l’Algérie. Ces infrastructures, estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars, dépendent étroitement de la stabilité régionale, faisant de la sécurité un préalable à leur concrétisation.

Au-delà de l’actualité, la crise malienne met en évidence une transformation plus large des équilibres régionaux. Le Sahel s’impose progressivement comme un espace central dans les enjeux de sécurité, de migration et d’énergie. Cette évolution conduit les acteurs régionaux à ajuster leurs priorités.

Dans ce cadre, malgré des divergences persistantes, le Maroc et l’Algérie partagent un même impératif : éviter une déstabilisation durable du Mali. Cette convergence reste limitée à des considérations sécuritaires et ne modifie pas les rapports de force plus larges.

Le Mali s’impose ainsi comme un espace clé où se croisent enjeux sécuritaires, énergétiques et géopolitiques. Pour les puissances régionales, il constitue à la fois un facteur de risque et un indicateur des recompositions en cours dans l’ensemble sahélo-maghrébin.

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