Communication politique : à l’ère de l’intelligence artificielle, Mohamed Laghrous plaide pour un récit capable de donner du sens à l’action publique

Face aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle et les plateformes numériques, Mohamed Laghrous estime qu’un récit politique cohérent est désormais indispensable pour donner du sens à l’action publique et renouer avec les citoyens.
Les mutations provoquées par l’intelligence artificielle et les plateformes numériques imposent aujourd’hui de nouveaux codes à la communication politique. C’est le message qu’a porté Mohamed Laghrous, directeur de publication du journal Al Omk Al Maghribi, lors d’un atelier consacré aux médias numériques, à l’intelligence artificielle, au marketing et à la communication politiques, organisé samedi dans le cadre de l’université d’été de la Jeunesse du Rassemblement national des indépendants (RNI). Devant un auditoire composé de jeunes militants et de responsables politiques, il a défendu l’idée que la force politique ne se mesure plus uniquement aux réalisations accomplies, mais également à la capacité de les inscrire dans un récit politique cohérent, intelligible et convaincant.
Pour Mohamed Laghrous, les réseaux sociaux et les outils d’intelligence artificielle ont profondément rebattu les cartes de la communication politique. Les performances gouvernementales, aussi importantes soient-elles, ne suffisent plus à convaincre si elles ne sont pas accompagnées d’un effort constant d’explication et de contextualisation. « La force politique aujourd’hui ne se mesure plus aux réalisations seules, mais à la capacité de construire une narration convaincante », a-t-il soutenu.
Cette évolution traduit, selon le directeur de publication, une profonde recomposition de l’écosystème numérique, où les mécanismes de production, de diffusion et de consommation de l’information se trouvent durablement transformés. Citant plusieurs études, il a rappelé que moins de 1 % des internautes produisent réellement du contenu, tandis que près de 90 % en demeurent de simples consommateurs. Le reste se limite essentiellement aux interactions, à travers les mentions « J’aime », les commentaires ou les partages. Une réalité qui renforce, selon lui, l’influence de ceux qui maîtrisent les circuits de production, de diffusion et de hiérarchisation de l’information.
Il a également mis en garde contre une forme de « consommation passive » alimentée par les plateformes numériques, où les contenus émotionnels et les informations trompeuses bénéficient souvent d’une visibilité supérieure aux analyses de fond. Dans ce contexte, les acteurs maîtrisant les leviers des médias, du discours, du marketing politique et de la communication digitale disposent, a-t-il fait valoir, d’une capacité inédite à façonner l’opinion publique et à orienter les perceptions.
Au-delà de ce constat, le conférencier a invité son auditoire à dépasser une approche exclusivement technologique de l’intelligence artificielle. Une société qui demeure simple utilisatrice de ces outils, a-t-il expliqué, reste inévitablement dépendante des choix opérés par ceux qui conçoivent les plateformes et leurs algorithmes. Les plateformes numériques, initialement présentées comme des espaces ouverts et gratuits, sont progressivement devenues de véritables industries imposant leurs propres règles économiques, au point de fragiliser, voire de conduire à la disparition, plusieurs médias historiques qui n’ont pas su s’adapter à ces nouveaux modèles.
Illustrant son propos par plusieurs exemples internationaux, il a cité la France, le Royaume-Uni, l’Australie et les Émirats arabes unis, où des mesures ont été engagées afin de mieux encadrer, voire de restreindre, l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Pour Mohamed Laghrous, ces initiatives traduisent une prise de conscience croissante des effets des plateformes numériques sur les sociétés, en particulier chez les jeunes, ainsi que des défis qu’elles posent à la qualité du débat public.
Revenant sur la notion de récit politique, Mohamed Laghrous a insisté sur le fait qu’il ne s’agit ni d’un exercice de communication artificielle ni d’une simple opération de marketing politique. Un récit politique, a-t-il expliqué, ne consiste ni à annoncer de nouveaux projets ni à aligner des chiffres ou des réalisations. Il constitue le cadre qui permet de donner du sens à l’action publique, de l’inscrire dans une vision d’ensemble et d’en rendre les objectifs comme les résultats plus lisibles pour les citoyens.
Dans cette perspective, il a appelé les responsables politiques à privilégier un discours fondé sur des données vérifiées, un langage clair et une communication de proximité. L’intelligence artificielle, a-t-il poursuivi, doit demeurer un outil au service de la qualité des contenus, sans jamais se substituer à la crédibilité, au discernement ni à l’éthique. Elle offre également des perspectives importantes en matière d’analyse des données, de personnalisation des messages et d’aide à la décision, à condition que son utilisation reste guidée par des principes de responsabilité.
En guise de conclusion, Mohamed Laghrous a résumé sa réflexion par une formule qui condense, à elle seule, l’ensemble de son intervention : « La bataille de demain sera celle de la production du sens dans l’environnement numérique. » À ses yeux, la véritable valeur ajoutée de l’intelligence artificielle ne réside pas uniquement dans sa puissance technologique, mais dans sa capacité à accompagner la construction d’un récit politique fondé sur les faits, la crédibilité et l’éthique, au service d’une relation de confiance durable entre les responsables publics et les citoyens.
Laisser un commentaire