Économie

Vers une hausse imminente des prix des carburants au Maroc face à la paralysie du détroit d’Ormuz

La paralysie du détroit d’Ormuz et l’accumulation massive de pétroliers à ses abords font planer la menace d’un nouveau choc énergétique pour le Maroc. Alors qu’environ un cinquième des approvisionnements pétroliers mondiaux transitent par ce passage stratégique situé à l’entrée du Golfe arabique, toute perturbation de la navigation ou de la production dans la région risque d’ébranler non seulement les marchés internationaux, mais aussi les équilibres financiers des pays importateurs d’énergie, au premier rang desquels figure le Royaume.

Chaque jour, près de 20 millions de barils de pétrole franchissent ce corridor maritime, principalement en provenance d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Irak, du Koweït et de l’Iran. Ce volume en fait un maillon central de l’équilibre mondial entre l’offre et la demande. Avec une production iranienne estimée à environ 3,1 millions de barils par jour, toute interruption, qu’elle soit liée aux opérations militaires ou à des restrictions de navigation, pourrait propulser les prix vers des niveaux records et raviver une nouvelle vague inflationniste.

Dans ce contexte, l’économiste Mohamed Jadri avertit que « les tensions actuelles au Moyen-Orient et la guerre opposant les États-Unis, Israël et l’Iran auront un impact direct sur l’économie nationale ». Selon lui, la menace de fermeture du détroit d’Ormuz ou de perturbations de la production est « suffisante pour entraîner une flambée des prix du pétrole », un mouvement déjà perceptible ces derniers jours, avec un passage de 60 à 72 dollars le baril et la possibilité d’atteindre le seuil des 100 dollars à court terme.

L’expert souligne que l’impact ne se limite pas au prix du baril. Les coûts du transport maritime, de la logistique et des primes d’assurance sont également orientés à la hausse, plusieurs compagnies maritimes ayant exigé des mesures de sécurité supplémentaires pour leurs navires opérant dans la zone.

Mohamed Jadri rappelle que si l’escalade devait se prolonger, le Maroc pourrait revivre le scénario d’avril 2022, lorsque les prix du pétrole avaient culminé autour de 120 dollars le baril. Cette envolée avait conduit à une facture énergétique dépassant les 15 milliards de dollars à la fin de l’année, un niveau qualifié d’« inédit et difficilement soutenable » pour l’économie nationale.

Selon lui, l’évolution des prix dépendra de la nature du conflit. Une guerre éclair limitée à quelques semaines pourrait permettre un retour vers des niveaux proches de 70 dollars au cours de la seconde moitié d’avril. En revanche, une guerre d’usure prolongée rendrait le seuil des 100 dollars presque inévitable.

Pour le Maroc, qui importe l’essentiel de ses besoins en pétrole, gasoil, essence, kérosène et gaz, le défi majeur reste la sécurisation de l’approvisionnement du marché intérieur. Si la continuité des livraisons peut être assurée, la question du coût demeurera un fardeau considérable. L’expérience de 2022 avait montré que la flambée énergétique s’était répercutée sur les prix de matières premières telles que le fer, le bois, le verre, l’aluminium et le ciment, entraînant une inflation atteignant 6,6 %.

Alors que le pouvoir d’achat des ménages marocains demeure fragilisé par les séquelles de la pandémie de Covid-19, une prolongation du conflit ferait peser un risque sérieux sur la stabilité économique et sociale. Depuis l’intensification des risques sécuritaires dans le détroit d’Ormuz, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le trafic pétrolier y est quasi paralysé, avec plus de 700 navires immobilisés de part et d’autre du détroit dans l’attente d’une désescalade susceptible de rétablir le flux normal des approvisionnements mondiaux.