Économie

Éolien offshore : le Maroc prépare son premier parc de 1.000 MW au large d’Essaouira

Le projet éolien offshore d’Essaouira change progressivement de dimension. Pensé à l’origine comme un projet pilote destiné à tester les conditions de développement de l’éolien en mer, il se dessine désormais autour d’une capacité pouvant atteindre 1.000 MW. Le choix du groupe danois Ramboll pour accompagner les études de faisabilité donne une nouvelle portée à ce dossier, dont la construction est envisagée à partir de 2029.

Porté par Masen avec le soutien financier de la Banque européenne d’investissement (BEI), le projet s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années. En septembre 2022, la BEI avait accordé une subvention de 2 millions d’euros destinée à financer une étude de faisabilité sur le potentiel de l’éolien offshore au Maroc. L’objectif était notamment d’évaluer les conditions permettant de lancer un premier projet pilote de petite taille.

Les premières hypothèses portaient sur une installation de 30 à 40 MW, avec des scénarios d’extension compris entre 500 et 2.000 MW. Le projet désormais étudié autour d’Essaouira repose sur une capacité pouvant atteindre 1.000 MW. Le passage d’un projet pilote à un parc de cette dimension modifie sensiblement l’équation : il ne s’agit plus seulement de tester une technologie, mais de réunir les conditions techniques, économiques et réglementaires nécessaires à une infrastructure industrielle.

La zone d’intérêt couvre environ 211 km², à une distance comprise entre 10 et 20 kilomètres des côtes d’Essaouira. Les profondeurs, de 25 à 65 mètres, sont compatibles avec des éoliennes installées sur des fondations fixes. Un second périmètre, situé plus au large dans la zone économique exclusive, a également été identifié pour d’éventuelles installations flottantes.

Les ordres de grandeur donnent une idée du potentiel étudié. Le potentiel techniquement exploitable de l’éolien offshore au Maroc est estimé à environ 200 GW, dont quelque 22 GW pourraient être développés avec des éoliennes à fondations fixes. Le reste nécessiterait principalement le recours à des technologies flottantes, adaptées aux zones maritimes plus profondes.

C’est dans ce cadre que Ramboll intervient. Le cabinet doit accompagner Masen dans une étude de faisabilité couvrant les principaux paramètres techniques et économiques du futur parc. Le cahier des charges prévoit notamment l’examen des technologies d’éoliennes, des fondations, des câbles sous-marins, des sous-stations offshore et du raccordement au réseau, ainsi que l’analyse des risques et des coûts d’investissement et d’exploitation.

Le périmètre comprend également des études complémentaires et une évaluation des incidences environnementales et sociales. Deux ports doivent par ailleurs être examinés afin d’évaluer leur capacité à accompagner la construction et l’installation du parc, puis les opérations d’exploitation et de maintenance.

Le marché d’assistance technique est estimé à 2 millions d’euros hors TVA. Sa durée est fixée à 29 mois, avec la possibilité d’extensions pouvant porter la durée totale à 43 mois et la valeur du contrat jusqu’à 3 millions d’euros, sous réserve de financements supplémentaires.

Le dossier comporte aussi un volet réglementaire. Lors de la préparation de la mission, le Maroc ne disposait pas encore d’un cadre public spécifiquement consacré aux procédures d’autorisation et de mise en concurrence applicables à l’éolien offshore. La définition de ces modalités constitue donc l’un des paramètres à préciser avant le passage à une phase plus avancée du projet.

À cette équation s’ajoute celle du raccordement. En mai 2025, la BEI et la KfW avaient annoncé, avec l’ONEE, un financement de 300 millions d’euros destiné au renforcement du réseau national de transport d’électricité. Le programme porte notamment sur 731 kilomètres de lignes et doit augmenter de 1.850 MVA la capacité d’évacuation du réseau. Ces investissements ne sont pas dédiés au parc d’Essaouira, mais ils doivent contribuer à l’intégration de nouvelles capacités renouvelables dans le système électrique marocain.

Le projet s’inscrit ainsi dans un environnement énergétique déjà marqué par la montée en puissance du solaire et de l’éolien terrestre. L’offshore introduit toutefois des contraintes différentes, depuis les fondations et les opérations maritimes jusqu’à la maintenance et aux infrastructures portuaires. La réalisation d’un premier parc à cette échelle supposerait également de développer des compétences spécialisées et une chaîne industrielle adaptée.

Pour l’heure, la capacité de 1.000 MW et l’horizon de 2029 restent des objectifs de développement. Les études confiées à Ramboll doivent encore établir la faisabilité technique et économique du projet, ainsi que ses conditions environnementales et réglementaires. Mais si ces paramètres sont confirmés, Essaouira ne constituerait plus une simple première expérience marocaine en mer : avec 1.000 MW, le projet placerait d’emblée l’offshore parmi les futurs leviers de développement des capacités renouvelables du Royaume.

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