Corona, Aïd El-Fitr, Iftare sans Aïd* !

23 mai 2020 - 11:41

L’ Aïd El-Fitr  a une grande importance chez les marocains qu’ils soient musulmans ou  d’autres confessions, car il s’agit d’une fête « marocaine » avant d’en être une  religieuse. C’est un jour spécial et particulier. Ce jour-là, tout le monde est heureux et les visites familiales se font dans tous les sens, permettant alors de revoir des amis ou des proches que nous ne voyons pas le reste de l’année. Sur le plan sociologique, cette fête joue un rôle crucial dans la consolidation des relations familiales et sociales. Sur le plan psychique, nous cherchons ce jour-là la bienveillance des autres, tout en exprimant la nôtre envers eux. Cette bienveillance détermine le renouvellement de notre joie, induisant une sécrétion cérébrale de certaines hormones impliquées dans la sensation de la joie et du bonheur.

Cette année, les marocains ayant déjà passé un ramadan difficile en confinement sans pouvoir célébrer collectivement les rites spirituels et les traditions sociales habituelles, espéraient alors  rattraper cette frustration à l’occasion de l’Aïd El-Fitr. Déchus, ils apprennent maintenant que le confinement sera prolongé, que les voyages seront impossibles et qu’ils seront donc privés de la visite des parents et enfants résidants dans d’autres villes et pays.

Evidemment je ne discute pas de la nécessité du confinement sanitaire. C’est un mal pour un bien et grâce à cela, nous sommes entrain de gagner la bataille contre le covid19.

Seulement, la réalité est là. Supporter encore cette frustration de l’Aïd El-Fitr sans fête, ne sera pas sans  conséquences psychiques et sociales graves et également économiques.

Afin de lutter contre cette frustration unique dans l’histoire des marocains musulmans et autres, et  de prévenir d’éventuelles dépressions, conflits et violences, je propose certaines idées à mettre en pratique.

  1. Accepter la réalité, car la reconnaissance de la réalité est d’une grande aide psychique.
  2. Donner un sens aux contraintes imposées par la pandémie. Un sens de lutte collective, nationale et mondiale contre la propagation du covid19. Etre conscient que toutes les religions sont privées de célébrer leurs fêtes, et que toutes les maisons d’adoration de Dieu sont fermées, mais  lutter contre la pandémie en se confinant est une très grande célébration spirituelle, car toutes les religions n’ont qu’un seul but, le bien de l’humanité !
  3. Bien expliquer aux enfants les raisons pour lesquelles  cette année l’Aïd El-Fitr se fêtera autrement, et expliquer que notre santé et celle de nos concitoyens est la toute première priorité.
  4. Préparer des gâteaux, porter de beaux habits pour l’occasion, afin de se faire plaisir, et surtout pour les enfants. Tout le monde se prépare comme pour les précédentes célébrations et tout se passe comme si nous allions faire la prière de l’Aïd El-Fitr. De même, il faut  prendre le premier petit déjeuner selon les traditions pour célébrer convenablement le début de celle-ci.
  5. Accomplir les visites familiales et celles des amis comme les autres années, mais en le faisant depuis notre salon, virtuellement, pour échanger nos vœux. 
  6. Se soutenir psychiquement mutuellement et créer une ambiance de joie. Ceci a effectivement une grande importance car nous faisons ainsi croire à notre cerveau que nous sommes réellement heureux, une sorte d’autosuggestion. Notre cerveau finit par nous croire et nous récompense avec la sécrétion des hormones de la joie et du bonheur. Nous créerons alors dans notre mémoire des souvenirs agréables.

Dans quelques années, nous aurons de bons souvenirs de ce confinement sanitaire, de ce ramadan exceptionnel et de ce Aïd El-Fitr unique dans notre histoire personnelle.

*l’Aïd El-Fitr est la fête de la fin du mois de ramadan. Iftare c’est le fait de manger le jour pour mettre fin au mois de jeûne.

Docteur Jaouad MABROUKI, Psychiatre, Chercheur, Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

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