Entretiens controversés entre Benmoussa et l'ambassadeur de France au sujet de la CSMD

07 juin 2020 - 11:43

Un tweet de l’ambassadeur de France à Rabat Hélène Le Gal a déclenché une grande polémique au Maroc suite à ses entretien avec le président de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) Chakib Benmoussa. Il a révélé que ce dernier a fait « un point d’étape » pour l’ambassadeur sur le rapport que la CSMD est entrain de préparer.

De l’avis de plusieurs analystes politiques et acteurs associatifs, l’acte de Benmoussa constitue « un scandale et une violation flagrante de la souveraineté nationale » et « une preuve des liens de subordination du Maroc vis-à-vis de la France ».

L’ambassadeur de France avait écrit, vendredi, dans un tweet : « Je remercie Chakib Benmoussa, Président de la @CSMDMaroc et @AmbaMarocFrance pour m’avoir présenté ce matin un point d’étape de la @CSMDMaroc: de très belles perspectives pour le nouveau pacte économique ». Il a rappelé que le roi Mohammed VI avait accordé à la Commission un délai supplémentaire pour « prendre en considération les effets de la pandémie de la Covid 19 et pour approfondir l’approche participative ».

Répondant à la polémique, la CSMD a expliqué, dans un tweet, que son président « a échangé avec Madame Hélène Le Gal à sa demande, à l’instar d’autres échanges précédents avec des ambassadeurs de pays amis et de représentants d’institutions internationales», notant que cet entretien «était l’occasion pour aborder les relations entre le Maroc et la France et entre L’Afrique et l’Europe après le Covid 19, sur les conséquences de cette crise et sur les défis qu’elle représente ».

Malgré ces éclaircissements, les critiques n’ont pas cessé sur les réseaux sociaux. « C’est une erreur grave qui appelle à une réédition de comptes »,  dit un commentaire. Un autre estime que le tweet de l’ambassadeur a révélé que « le Maroc est encore sous tutelle française ».

L’ancien ministre du Tourisme Hassan Haddad, s’est dit, lui, surpris par l’acte de Benmoussa «Pourquoi a t on besoin d’un soutien français pour une affaire qui concerne les marocains? La France est un pays ami, certes, mais de la à le consulter pour une affaire interne je ne comprend pas ».

De son coté, l’analyste politique Abderrahim Manar Slimi a interpellé le président par ces phrases : « Monsieur Chakib Benmoussa, nous sommes un État souverain et nous ne vivons pas sous le protectorat français. C’est une grave erreur qui touche à la souveraineté marocaine et à l’histoire du Maroc. M. Benmoussa est tenu de nous expliquer ce que l’ambassadeur de France au Maroc lui a dit, mais ce qu’elle a dit est bien clair et n’a pas besoin d’explication ».

Le président de l’Observatoire du Nord des droits de l’homme », (Marsad Chamal) Mohamed Benaîssa, a, quant à lui, écrit : « Merci Madame l’ambassadeur de France. Vous confirmez que nous avions raison et que nous sommes encore sous votre colonisation directe». Le journaliste Mostafa El Fane a estimé que « le plus grave » dans cette affaire c’est que Benmoussa « qui serait détenteur d’un passeport français, a choisi le silence. Imaginons qu’un ambassadeur de France fasse ne serait ce qu’une infime partie de ce qu’a fait l’ambassadeur Benmoussa. Il aurait été, alors, limogé parce que la souveraineté reste une ligne rouge ».

Selon Fouad Bouaâli, le président de la Coalition pour la langue arabe, cette affaire a pris « une dimensions des plus graves et a atteint un nouveau palier dans la course vers les bras du maître français. Après s’être vu confier les affaires éducatives et culturelles, voici Benmoussa et sa Commission qui confient au maitre les affaires socio-économiques. C’est une démarche provocatrice qui nous renseigne sur la réalité du Maroc vers lequel on veut nous acheminer. Un Maroc où il n’y a ni développement ni progrès, mais uniquement un marché pour les marchandises et les projets français ».

Hassan Bennajeh, membre du Cercle politique de l’association Al Adl wal Ihasane  a, pour sa part, commenté : «  Y a-t-il une insulte plus grande pour l’ensemble du peuple marocain que celle de présenter des rapports à la France avant de le faire aux marocains? Que reste t il du sentiment de la souveraineté et de l’indépendance? Quels résultats peut on attendre d’un tel acte assujetti à la volonté et aux intérêts des autres avant de ceux des Marocains? »

L’acteur associatif Ali Fadli estime, enfin, que « Benkirane est le seul qui a eu le courage politique de critiquer la domination d’un seul courant sur la CSMD. L’histoire lui a donné raison après cette rencontre. S’il s’avère que les propos de l’ambassadeur de France sont vrais, la seule solution est de renvoyer Benmoussa ».

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