Analyse du film "Parasite" de Bong Joon Ho

07 novembre 2020 - 11:03

Après s'être montré comme une étoile montante du cinéma avec  "Memories of murder" en 2003 , comme maître de la science fiction avec "the Host" en 2006 , "Snowpiercer" en 2013 ou encore "Okja" en 2017 , Bong Joon Ho revient en 2019 en force avec une leçon de cinéma et prouve à nouveau que même l’orient jusque là sous estimé est capable de donner naissance à des projets encore plus impressionnant que ceux du cinéma américain (cf polémique Trump faisant référence au film dans un de ses nombreux discours ) .

L’histoire de Parasite prend place dans la banlieue nord de la capitale sud coréenne : Séoul, et plus précisément dans les bas fonds de Goyang . Nous y rencontrons la famille Kim , composée de Ki-taek (le père) , Chung-sook (la mère) , ainsi que de leur deux enfants : leur fille Ki-jung et leur fils Ki-woo qui vivent dans la précarité dans un appartement en semi sous sol  , toute la famille est au chômage est use  de petits stratagèmes pour trouver du boulots comme par exemple plier des cartons de boîtes de pizzas . Mais la chance leur sourit lorsque Ki-woo se voit offert la possibilité d’enseigner l’anglais à la jeune Da-hye , fille de la richissime famille des Park . De là découlera un plan méticuleux et machiavélique de la part des Kim afin de faire profiter toute la famille des avantages qu’offre le travail chez les Park .

Ce film peut se définir comme la quintessence de la filmographie de Bong Joon Ho mêlant à la foi critique et satire sociale , comédies noir et encore thriller horrifique , Parasite aura su conquérir le spectateur par l’empathie , le rire et la peur mais surtout par la réflexion sur le sujet de prédilection du réalisateur depuis 20 ans déjà , un thème qu’il renouvèle sans cesse dans un besoin d’adaptation au contextes filmiques et sociaux, le thème le plus abordés à la fin du 20ème siècle et en ce début de 21ème siècle : La lutte des classes .

Parasite se veut comme étendard d’un sous texte totalement Marxiste particulièrement lorsque l’on s’attarde sur son élément le plus important après le découpage et la réalisation des scènes: les décors . 90% du film se déroule dans les domiciles des personnages , les pauvres Kim sont cloîtrés dans un semi sous sol , tandis que les Park habitent une magnifique villa  ,les pauvres Kim , les opprimés sociaux vivent littéralement “en bas” de la pyramide sociale , au point ou il faudrait creuser et se rendre sous terre en dessous des poubelles ,pour constater l'état de leur habitation ,avons nous là une métaphore cachant peut être l’enfer et donc un sous texte religieux? Là où les riches Park admire le sommet de cette dernière bien au chaud au sein de leur immense villa , villa dont le choix n’a pas été laissé au hasards , Joon Ho ne cache pas avoir choisis cette dernière pour la verticalité  de sa structure et le potentiel de plans qu’elle offrait par sa multitude d’escaliers de couloirs de vitres et surtout par son design moderne et sobre caractéristique des propriétés des familles riches .

Au fil de son visionnage de l’œuvre si le spectateur est tenté de prendre le parti des Kim et de se battre à leur côté face à l'oppression des riches , de se ranger du côté de la “justice sociale”  et de duper ces derniers  afin d’offrir aux pauvres une vie plus digne , il finira vite par se heurter à un point central de cette dernière  , son absence de réel manichéisme .  En effet , dans Parasite le manichéisme est jeté aux oubliettes , personne n’est purement bon , tous les personnages ont quelque chose à se reprocher , les actions des Kim sont à la limite morale là où les Park sont arrogants et ont eux aussi des défauts à se reprocher .

Mais malgré cette absence de manichéisme le spectateur reste tout de même incapable de ne pas être pris de compassion et d’empathie pour les personnages principaux et cela grâce aux métaphores , qui bien que se faisant  discrètes dans leur présence se trouvent en réalité  gigantesque dans leur symbolique. Des métaphores portées par des scènes entrainantes de part le drame et les retournements de situations , qui sont elles aussi aux services de cette même critique sociale , on retiendra sans problème la scène de la pluie torrentielle qui est vu, au travers du point de vue des Park symbolisé par leur gigantesque baies vitrées leur offrant sécurité et confort, comme un splendide divertissement de la part de mère Nature et qui vécu directement comme un cataclysme destructeur et sans espoir de résolution pour les Kim qui quant à eux voient leur habitation complètement noyée sous l’eau .

Maintenant et en tant que cinéphile amateur que dire de" Parasite" :

Dans l’ensemble et après revisionnage de l’œuvre dans son intégralité , il s’agit ni plus ni moins que d’un chef-d'œuvre , un grand cru de 2019 qui se savoure dans sa réalisation , dans son choix des plans , son choix des décors , son jeux de lumières , ou encore ses métaphores et les questions qu’il soulève, tout est réussi de bout en bout dans ce film , et nous rappel toujours le talent et la maîtrise de Bong Joon Ho qui n’avait déjà rien à prouver depuis l'excellent The Host pour la plupart des critiques , mais qui pour ma part avait déjà largement conquis mon cœur et fait ses preuves avec son tout premier film "Memories of Murders" . Même si on pourrait reprocher à Bong Joon Ho (par manque pur d’arguments ) un épilogue assez insatisfaisants , nous sortant de l'atmosphère dramatique et inéluctable des destins des strates sociales par une touche d’espoir que certains qualifie comme n’ayant pas lieux d’être dans un contexte pareil , on ne peut s'empêcher d’applaudir une fois le générique de fin lancé .

 

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