Kharboucha : Héroïne marocaine, voix de la rébellion contre l’injustice

21 février 2021 - 12:55

Rabat – Kharboucha est sans doute l’un des premiers personnages significatifs de l’histoire du Maroc. Une femme qui a osé, qui a chanté l’amour, qui a dénoncé l’injustice politique et le colonialisme ; une femme avec des armes et de la musique.

Pour le peuple marocain, avant tout, Kharboucha restera célèbre pour sa bravoure et sa sagesse politique.

À la fin du XIXe siècle, la pauvreté et la famine étaient omniprésentes au Maroc en raison de la crise financière que le pays connaissait à l’époque. Cette crise a préparé le terrain pour une invasion coloniale et une oppression ultérieure.

Il y eut cependant de nombreuses rébellions, dont celle de la tribu « Oulad Zeid ».

Né au Maroc à la fin des années 1800 dans la région de Doukkala-Abda près de Safi, Kharboucha était membre de cette tribu.

Kharboucha, qui était également connue sous le nom de Hadda Al-Ghita, de son vrai nom, était une figure emblématique et une activiste politique qui utilisait sa voix et ses poèmes pour lutter contre la brutalité et l’injustice du caidAissa Ben Omar.

L’un des leaders les plus importants de l’histoire du Maroc est Aissa Ben Omar, née à Safi en 1842. Il est devenu le chef de la région d’Abda sous le règne du sultan Abdul Aziz.

Ben Omar était célèbre pour sa brutalité et sa cruauté, alors que ses forces soumettaient sauvagement le soulèvement de la tribu Oulad Zeid au milieu de l’année 1895. Les historiens connaissent cette oppression comme l’année du « Refsa », ce qui peut se traduire par l’année du « kick » en anglais.

Kharboucha, qui ne pouvait pas supporter l’injustice que le puissant caid lui imposait, décida d’insuffler à sa tribu l’esprit de rébellion afin de se dresser contre les torts de son régime. Elle a utilisé sa voix comme guide dans ce conflit contre Aissa Ben Omar.

 

Inspirer le genre aita au Maroc

Le genre de musique utilisé par Kharboucha est « aita », qui se traduit par « pleurer ».

L’aita est un genre de chanson rurale marocaine dont les paroles sont originaires de l’arabe marocain (Darija).

L’aita peut être interprétée par une seule personne ou un groupe de musiciens, avec une voix forte.

Kharboucha a été l’une des pionnières de l’aita grâce à ses chansons qui dépeignent la vie des femmes marocaines, la résistance anticoloniale, un sens clair de la liberté et un désir urgent de droits politiques au sein de leurs communautés.

Dans ses chansons, Kharboucha a provoqué Aissa Ben Omar, dont le nom seul a semé la terreur dans le cœur des gens. Les paroles de ses chansons ont fait de lui l’objet de moqueries à Abda et dans les régions voisines, car sa poésie et ses chansons se sont répandues comme une traînée de poudre parmi les membres de sa tribu et des autres tribus voisines.

Kharboucha a produit de nombreuses chansons au cours de sa courte vie qui racontent l’histoire de son combat contre le colonialisme et le caidAissa Ben Omar. Dans l’une de ses chansons, Kharboucha a dit au caïd qu’elle ne se rendrait jamais à sa tyrannie et qu’elle ne cesserait jamais de défendre son peuple et sa patrie. Elle a également accusé le caïd de brûler les terres de Ouald Zeid et de tuer ses proches.

 

La fin ambiguë de Kharboucha

La disparition de Kharboucha reste entourée d’un certain mystère. Il existe de nombreuses histoires différentes qui tentent de raconter son histoire après qu’Aissa Ben Omar l’ait capturée.

Certains récits prétendent que Ben Omar l’a emprisonnée dans une maison avant d’y mettre le feu. D’autres histoires racontent qu’après son emprisonnement, sa langue a été coupée sur ordre du chef pour réparer sa fierté brisée.

Une autre version prétend que des hommes de pouvoir l’ont capturée, elle et son petit ami, lors de leur évasion. Par pitié, ils les ont cependant envoyés à Rabat, loin du chef et de sa tyrannie despotique, mais les yeux du chef l’ont repérée sur le chemin du sultan avant qu’il ne l’enlève et la tue.

 

Kharboucha : La première cheikha du Maroc, une inspiration pour les artistes

Le nom de Kharboucha signifie « cheikha ». Les cheikhats sont des artistes folkloriques traditionnels qui exécutent un type de danse spécifique et chantent leurs poèmes lors d’occasions telles que les cérémonies de mariage, l’Aqeeqah (la célébration de la naissance d’un enfant) et les soirées.

En raison du divorce, du veuvage ou de la négligence, la société considère les sheikhats comme des femmes libres. N’ayant aucun homme à leurs côtés, elles s’occupent seules de leurs enfants. Elles viennent du centre d’un village commun, mais parfois elles deviennent une victime dans la ville.

Beaucoup de gens méprisent et discriminent les cheikhats en raison d’un stigmate sexuel, mais l’histoire de leur homonyme – une femme forte et héroïque – peut servir de remède à ces stéréotypes.

Kharboucha est un personnage qui a inspiré des générations d’écrivains et de cinéastes.

L’un d’entre eux est le cinéaste Hamid Zoughi, qui a sorti un film retraçant l’histoire de Kharboucha intitulé « Kharboucha ».

Son histoire a également inspiré le dramaturge Abderrazak Badaoui à mettre en scène sa pièce « Milouda Bent Driss », qui se traduit par « Milouda la fille de Driss ».

En 2002, l’histoire de Kharboucha a également inspiré Farida Bourqia pour écrire le scénario du film « Jnane El Kerma », qui se traduit par le Jardin des Raisins.

Parallèlement, le dramaturge Salem Gouindi a également écrit une pièce pour la compagnie théâtrale régionale d’El Jadida intitulée « Kharboucha ».

Article écrit ParNihale Azahhaf– 20 février 2021 (https://www.moroccoworldnews.com/2021/02/335504/kharboucha-moroccan-heroine-voice-of-rebellion-against-injustice/)

Traduit par Sahar NASRY-21 février 2021

 

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