9 raisons subjectives et objectives de la déroute du PJD

13 septembre 2021 - 11:06

Personne ne pouvait prédire la terrible défaite et la chute retentissante du parti de la justice et du développement (PJD) lors du scrutin du 8 septembre. Personne, pas même ses pires adversaires. Et peut-être qu’il n’y pas de punition plus sévère pour un parti qui a dirigé le gouvernement, à l’exception de celle de l’emprisonnement ou de la dissolution. On pourrait énumérer 9 raisons subjectives et objectives de ce retournement dramatique de la situation, de cette dégringolade, en un seul scrutin, de la tête du classement de la scène politique au dernier rang.

Des raisons subjectives :

une scission :
Aux origine de la chute, il y avait des différends et des désaccords qui ont affaibli « les frères » et qui sont devenus manifestes, notamment, depuis la crise du soi-disant «blocage gouvernemental» né des élections de 2016. La boulle de neige des désaccords n’avait cessé, alors, de grossir jusqu’au choc des résultats du 8 septembre 2021. Le choc n’aurait pas été d’une telle ampleur sans les divisions internes dont la responsabilité incombe aussi bien à l’ancienne qu’à l’actuelle direction du parti.

Un coup d’État :
La deuxième raison est l’abandon par le parti de ses principes fondamentaux sur lesquels il avait construit son discours identitaire et moral. A l’occasions de plusieurs débats suscitant la division au sein de la société, le parti a, en effet, choisi d’aller contre ses principes: la question de la langue dans la loi sur l’enseignement, la normalisation avec Israël ou la loi sur le cannabis…etc.

Perte de soutien
Ce « coup d’état identitaire » par rapport à ce qui est écrit dans les statuts même du parti, a rendu ce dernier hors jeu idéologiquement et lui a fait perdre le soutien électoral du Mouvement de l’unicité et de la réforme (MUR), « un partenaire stratégique » selon la formule utilisée par la littérature du parti et du mouvement, et de celui d’un certain nombre d’organisations gravitant autour du MUR. Contrairement à toutes les élections passés, ce dernier n’a pas appelé à voter pour le PJD et ses militants n’ont pas participé à ses campagnes électorales. Et il semble que ce qui a le plus irrité «la mère» l’empêchant de pardonner à son fils désobéissant est le « péché » de la normalisation avec Israël.

Cette trahison des principes a également fait perdre au parti le soutien d’une grande partie du courant salafiste qui a toujours émis des fatwas appelant à voter en faveur des islamistes aux élections législatives et locales. De plus, le PJD aurait, probablement, perdu le soutien d’une partie de la mouvance de « Al Aâdl Wal Ihsane ». Si tous ces partenaires et ces soutiens ont été en colère contre les prises de position du Parti, que dire alors du grand public, notamment les électeurs qui lui ont donné leurs voix au cours des dix dernières années ?

Sanction
La quatrième raison de la défaite inattendue est le vote sanction, ou peut-être le boycott, de la part de cet électorat qui lui a donné la victoire durant trois échéances successives depuis la constitution de 2011. Cette sanction est intervenue à la suite de décisions impopulaires prises par les gouvernements du PJD dans plusieurs dossiers : la retraite, les enseignants contractuels, la libéralisation des prix des carburants.. etc. Ce qui lui a fait perdre des voix majoritairement issues de la classe moyenne.

Epuisement
La gestion des affaires publiques épuise, en général, les partis politiques et réduit leur popularité. C’est un phénomène universel. Elle limite également l’interaction des cadres des partis avec les citoyens et entrave leur communication quotidienne. Cela est d’autant plus épuisant que le PJD a été aux commande pendant dix ans.

Silence
L’une des critiques le plus acerbes faites au PJD est son silence sur les violations des droits de l’homme, alors même qu’il en assumait une part importante de responsabilité, étant donné qu’il avait la charge du portefeuille de la justice dans le premier gouvernement et du ministère des Droits de l’Homme dans le second. Ainsi, l’équipe El Othmani n’a pris aucune position pour sauver la face, ni au nom du gouvernement, ni au nom du parti, ce qui a lui fait perdre une popularité acquise durant la période de l’opposition et de celle des mouvements sociaux au Maroc.

Des raisons objectives :

Le contexte régional
L’une des raisons objectives qui explique le crépuscule du PJD a trait aux évolutions qu’a connu la scène régionale marquées par le déclin de la vague du « printemps arabe » qui avait porté le PJD au pouvoir. Des évolutions dont la direction du parti était consciente mais elle n’a pas su prendre les mesures nécessaires afin de s’adapter à cette nouvelle réalité.

Consensus
La deuxième raison objective réside dans le consensus constaté chez les différents partis politiques qui voulaient limiter la présence du PJD sur la scène politique. Des partis qui avaient à cœur de prendre toutes les mesures permettant d’atteindre cet objectif, même si cela devait porter atteinte aux principes démocratiques, comme ce fut le cas avec le vote du quotient électorale.

Seule la direction du PJD connaît les raisons qui ont poussé tous les partis politiques à se ranger contre le parti, mêmes ceux qui ont été leurs alliés et qui l’avait soutenu durant les périodes les plus difficiles.

Les aspirations des Marocains
Entre 2011 et 2021, particulièrement après la pandémie du « Cvid19 », les aspirations des Marocains ont changé d’une façon radicale. Le citoyen lambda n’était plus tenté par les discours politique et des droits humains. Ce qu’il cherche, désormais, ce sont des solutions à ses problèmes sociaux et économiques. Des solutions concrètes aux crises de l’éducation et de la santé. Le PJD n’a pas sur répondre à ces aspirations. Il a construit son programme électoral, depuis 2011, sur la lutte contre la corruption et l’autoritarisme sans prendre de mesures concrètes et proposer des solutions appropriées avec des effets positifs sur la vie quotidienne des citoyens.

Pour être juste, l’expérience du PJD au gouvernement ne s’est pas soldée par un bilan nul. Ses deux gouvernements ont tenté d’investir la marge constitutionnelle dont ils disposaient, et ont accompli quelques réalisations, notamment dans le domaine social telles que l’aide financière aux veuves, l’augmentation des pensions et le SMIG, etc. Des réalisations qui sont restées, toutefois, au deçà des promesses et des aspirations des citoyens.

Sortie de crise
Les résultats du 8 septembre imposent une pause de réflexion et d’autocritique au PJD qui passe par la reconnaissance des erreurs faites durant dix années, et par la recherche d’un leadership nouveau à même de rassembler le parti et de resserrer ses rangs. Un leadership difficile à trouver aussi bien du coté du courant d’El Othmani que de celui de Benkirane. Il semble que le plus approprié aujourd’hui est que la génération des fondateurs se retire et laisse la place aux jeunes pour qu’ils prennent l’initiative afin de revitaliser le parti et de le sauver de la mort.

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