Un « déchaînement de violence » aux camps de Tindouf, selon Jeune Afrique

16 mars 2022 - 11:30

Un “déchaînement de violence” a eu lieu fin février dernier dans les camps de Tindouf dans un contexte “d’affaiblissement de la direction du polisario et de retour des logiques tribales”, écrit le magazine panafricain Jeune Afrique.

Dans un article mis en ligne sur son site internet sous le titre “Sahara : le Polisario déstabilisé par les conflits tribaux ?”, le média relève que les récentes célébrations du 46e anniversaire de la prétendue rasd “ont pris des airs de guérilla”, notant que ces événements “lèvent le voile sur les heurts entre tribus au sein des camps de Tindouf, notamment pour le contrôle de la contrebande”.

“Un anniversaire qui vire au drame”, note Jeune Afrique, faisant observer que dans les camps de Tindouf, le 27 février, les célébrations de la république fantoche ont été écourtées “après l’éclatement d’affrontements si violents qu’ils ont contraint le polisario à exfiltrer les invités étrangers présents pour l’occasion”.

“Un conflit tribal, qui a dégénéré en fusillade sanglante, impliquant différents groupes de la tribu Reguibat – l’une des plus grandes tribus au Sahara,– et les milices du polisario”.

Au lendemain de l’agression des policiers, dans le camp dit de « Smara », la réponse des forces du polisario est “sévère : raids et tirs ciblés sur les maisons des personnes impliquées”, révèle la publication. En marge de l’événement, des manifestations ont lieu pour protester contre la “répression” avant que la “situation dégénère”, fait savoir le magazine, ajoutant que “le chapiteau réservé à l’accueil des invités étrangers s’embrase, les responsables de la sécurité sont la cible de jets de pierres, et des véhicules appartenant au polisario sont détruits”.

Les milices armées du polisario tentent de disperser la foule et ouvrent le feu. Aucun bilan précis n’est communiqué, indique Jeune Afrique.

Le 27 février, l’intensité des violences a été telle que le polisario a demandé des renforts au général algérien Mustapha Ismaili, commandant de la troisième région, afin d’assurer la protection des étrangers et apaiser la crise. Mais, l’arrivée d’un détachement militaire algérien aux abords des camps n’a fait qu’irriter les belligérants. Ces derniers ont refusé de négocier avant de les pousser à quitter les lieux, relate Jeune Afrique.

Selon plusieurs sources, les manifestants seraient allés jusqu’à brûler le soi-disant siège de la police dans le camp dit de « Smara » et ses annexes, note le média, ajoutant que le lendemain, le polisario a lancé une “campagne d’arrestation à grande échelle”. Là encore, aucun chiffre n’a été communiqué, pointe-t-on.

Et Jeune Afrique d’ajouter que ce déchaînement de violence intervient dans un contexte d’affaiblissement de la direction du polisario et de retour des logiques tribales, notant que « certaines tribus s’estiment lésées dans la répartition du pouvoir politique et économique, en particulier pour ce qui est du contrôle des divers trafics qui ont lieu dans la zone”.

Le média souligne que régulièrement, ces équilibres fragiles déclenchent des altercations entre membres des différentes communautés. Dans un rapport publié en octobre 2021, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, évoque la pénétration de groupes armés et de gangs de contrebandiers dans la zone où le polisario est actif, et le détournement de l’aide humanitaire, relève Jeune Afrique.

« La détérioration des conditions dans les camps incite les jeunes à se tourner vers des activités illégales comme la contrebande », explique au magazine une source familière des jeux de pouvoir.

Jeune Afrique pointe également une autorité des chefs des tribus qui “se dilue petit à petit, notamment auprès des jeunes qui ont grandi dans les camps et se montrent moins sensibles à leur autorité morale”, faisant observer que dans ces zones “hautement militarisées”, les mouvements des sahraouis sont particulièrement limités.

Ces entraves à la liberté de circulation nourrissent des sentiments d’impuissance et d’encerclement, lesquels exacerbent les tensions dans les camps, pointe encore Jeune Afrique, qui rappelle que le 9 mars, lors de la 49e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, des militants sahraouis ont dénoncé « les violations, les disparitions forcées et les exactions perpétrées par le polisario dans les camps de Tindouf, en territoire algérien».

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