Politique

Laghrouss : Le journalisme d’investigation est le véritable baromètre du quatrième pouvoir

Lors d’une journée d’étude organisée par le réseau ARIJ en partenariat avec le Réseau Marocain des Journalistes des Migrations, Mohamed Laghrouss, directeur de publication du journal « Al3omk Al Maghribi », a livré un plaidoyer passionné pour la réhabilitation du journalisme d’investigation.

Il a d’emblée affirmé que la presse ne saurait être réduite à un simple métier de subsistance, mais qu’elle constitue un engagement intellectuel et moral porté historiquement par des penseurs et des militants. Selon lui, l’enquête demeure le genre journalistique le plus noble et le plus exigeant, inaccessible sans une passion réelle et une capacité rigoureuse à questionner les faits et à suivre des hypothèses complexes.

Intervenant sur le thème de l’utilisation de l’intelligence artificielle et des sources ouvertes au service de la presse marocaine, Laghrouss a souligné que le concept de « quatrième pouvoir » reste une rhétorique purement théorique s’il ne se traduit pas par une pratique effective de l’investigation.

Il a rappelé que de nombreux chercheurs lient la concrétisation de ce concept à la capacité des médias à révéler les dysfonctionnements et à surveiller l’exercice du pouvoir, plutôt que de se contenter de relayer des informations routinières ou des communiqués officiels préétablis. Pour illustrer son propos, il a évoqué des modèles internationaux où les enquêtes ont infléchi le cours d’événements politiques majeurs en touchant aux questions de corruption et d’abus d’influence.

Toutefois, le directeur de « Al3omk » n’a pas occulté les défis structurels qui entravent cette mission au Maroc. Il a notamment pointé du doigt les obstacles bureaucratiques qui vident le droit constitutionnel d’accès à l’information de sa substance, transformant la quête de données en un processus d’attente épuisant.

À cela s’ajoute une équation économique périlleuse : l’investigation est perçue comme une « marchandise coûteuse dans un marché bon marché ». Dans un modèle dominé par la course au clic et à l’audience immédiate, consacrer des ressources financières et humaines à des dossiers de longue haleine représente une prise de risque majeure pour les entreprises de presse.

Face à cette crise, Mohamed Laghrouss a appelé à un sursaut au sein des rédactions, déplorant le manque d’initiative interne et la rareté des enquêtes publiées ces dernières années. Il a également critiqué certains aspects de la formation académique dans les instituts de journalisme, plaidant pour un encadrement qui combine rigueur théorique et pratique de terrain. En conclusion, il a exhorté les professionnels à ne pas se limiter aux sujets politiques sensibles, mais à investir les champs de l’environnement et de la gestion sociale.

Pour lui, restaurer la confiance de la société envers la presse passe impérativement par la volonté de faire de l’enquête une priorité, soutenue par un travail collaboratif et des financements indépendants.

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