Giorgia Meloni redéfinit l’axe stratégique Rome–Addis-Abeba

Lors de l’ouverture de la 39e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine, le 14 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a affirmé avec clarté que l’avenir de l’Italie et celui de l’Europe dépendent directement de la paix, de la stabilité et du développement durable du continent africain. Selon elle, toute stratégie européenne sérieuse doit désormais intégrer pleinement la dimension africaine.
Devant les chefs d’État et de gouvernement africains, la dirigeante italienne a souligné que l’Afrique n’est plus en marge des grandes transformations mondiales, mais qu’elle en constitue l’un des centres de gravité. Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux, ignorer cette réalité reviendrait, a-t-elle estimé, à se priver d’un levier stratégique majeur.
Un partenariat revendiqué « d’égal à égal »
Présente également au 2e Sommet Italie-Afrique, Giorgia Meloni a défendu une approche qu’elle qualifie d’exigeante : une coopération fondée sur l’égalité, le respect mutuel et la convergence d’intérêts. Elle a clairement rejeté toute logique d’assistanat, d’exploitation des ressources ou de domination économique.
L’objectif affiché par Rome est celui d’une prospérité partagée, construite sur des bases économiques solides et des engagements réciproques. Cette ligne s’inscrit dans une volonté plus large de repositionnement stratégique de l’Italie sur le continent, à un moment où la compétition entre puissances s’intensifie.
Le plan Mattei, pilier de la stratégie italienne
Au cœur de cette nouvelle doctrine figure le « plan Mattei », du nom de Enrico Mattei, figure historique de la diplomatie énergétique italienne. Lancé dès l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni en octobre 2022, ce plan visait initialement à « traiter à la racine » les flux migratoires reliant l’Afrique subsaharienne à l’Europe, notamment vers les côtes italiennes.
Aujourd’hui, son périmètre s’est élargi. Le plan articule investissements dans les infrastructures, partenariats énergétiques, développement agricole, gestion durable de l’eau et instruments financiers innovants. Il se veut co-construit avec les partenaires africains et aligné sur les priorités de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
La priorité mise cette année sur les projets liés à l’eau illustre une approche sectorielle ciblée, tenant compte des enjeux de sécurité alimentaire, de résilience climatique et de stabilité sociale.
Dette et financement : un virage vers l’investissement productif
Parmi les annonces majeures figure un programme de conversion de dette. Les créances italiennes détenues sur les pays africains les plus vulnérables seront progressivement transformées en investissements productifs, avec pour objectif de soutenir la création de valeur locale.
L’Italie a également annoncé le renforcement de sa contribution au Fonds de l’Association internationale de développement de la Banque mondiale, afin d’accompagner des projets structurants à fort impact économique. Cette démarche traduit une volonté de passer d’une logique purement financière à une logique de développement intégré.
Migration : agir sur les causes profondes
Sur le plan migratoire, la position de Giorgia Meloni reste ferme, mais structurée autour d’un raisonnement économique. Pour réduire durablement les départs vers l’Europe, il est nécessaire de créer des perspectives locales crédibles : emploi, formation, transformation des matières premières et valorisation des ressources nationales.
Selon Rome, la réponse ne réside pas dans l’exploitation d’une main-d’œuvre à bas coût, mais dans la construction d’écosystèmes économiques capables d’absorber les dynamiques démographiques africaines.
Un repositionnement stratégique assumé
À travers cette séquence diplomatique, l’Italie affirme sa volonté de jouer un rôle structurant en Afrique, dans un contexte de rivalités accrues avec d’autres acteurs internationaux.
Le message porté à Addis-Abeba est clair : l’Europe ne peut plus concevoir son avenir indépendamment de celui de l’Afrique. Les deux rives de la Méditerranée partagent désormais des enjeux étroitement imbriqués – sécurité, énergie, climat, croissance – qui appellent une approche stratégique cohérente et durable.
Pour Rome, l’Afrique n’est plus un dossier secondaire. Elle est devenue un axe central de sa projection internationale.
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