« n’ta fik wa’7’d difou»*, quelle belle diatribe marocaine ! – Al3omk

 « n’ta fik wa’7’d difou»*, quelle belle diatribe marocaine !

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Souvent, j’entends les gens parler de quelqu’un de bien et brusquement dire aussitôt « mais il a un défaut », comme par exemple « il est égocentrique » ou bien « il ne tolère pas qu’on lui dise la vérité » ou bien encore « il s’emporte facilement ». Aussi, dans les familles ou dans les couples nous entendons l’un dire à l’autre « tu es bien mais tu as un défaut ».

Quelles sont donc les raisons de cette critique ?

  • Absence de l’autocritique

Lugubrement, l’éducation marocaine ne forme pas l’enfant à la remise en question et à l’autocritique afin d’apprendre de ses expériences et de développer ses compétences d’autonomie et d’apprendre de ses propres erreurs inévitables éternellement.

  • Absence du concept de l’apprentissage perpétuel

L’éducation marocaine ancre dans la tête de l’enfant qu’il doit étudier pour « être quelqu’un » comme objectif final. L’enfant déduit qu’une fois qu’il arrive à une réalisation quelconque dans sa vie, l’apprentissage prend alors fin. Ainsi, il s’autorise à critiquer les autres sans aucune autocritique.

  • Le découragement et la critique

L’éducation marocaine outille par précellence les instruments de la critique et du découragement en se basant sur la formule suivante « le marocain est comme le cumin, plus tu le frottes plus il dégage du parfum ». Ainsi, le marocain méconnait l’encouragement et il ne sait manœuvrer que la critique.

  • Modeler le monde selon ses propres normes

L’éducation marocaine n’accompagne pas l’enfant à réaliser ce qu’il veut être. Plutôt, elle veut transformer l’enfant et le sculpter selon ce qu’elle veut qu’il soit, ignorant qu’on ne peut pas changer mais qu’on peut évoluer et progresser ! Évidemment, chaque parent a ses propres normes et propres fantasmes et il force l’enfant à être la copie de celui qu’il imagine « l’enfant idéal ». Ainsi sont faits les marocains, chacun juge et évalue l’autre selon ses propres normes et de ce fait, il lui trouve au moins un « défaut ».

  • La comparaison et la compétition

L’éducation marocaine s’appuie sur la compétition et la comparaison « regarde comme ton cousin excelle dans tel domaine, bien mieux que toi ». Ceci revient à dire « regarde combien tu as de défauts ». Le marocain est ainsi configuré et il reproduit par la suite le même schéma.

  • Tout le monde croit savoir plus que les autres

L’enfant entend souvent l’adulte, parent ou autre, critiquer en répétant « moi si j’étais roi je ferai, si j’étais ministre ou maire je ferai, si j’étais acteur je ferai, si j’étais footballeur je ferai, si j’étais médecin je ferai, si j’étais Hitler je ferai… ». L’enfant conclu que l’adulte a des compétences en tout et est supérieur à toutes ces personnalités. L’enfant perçoit alors qu’il est facile de jouer le rôle d’un roi, d’un pilote ou d’un juge et il finit par se glisser progressivement dans la peau de celui qui sait tout. De ce fait, la critique et l’énumération des défauts des autres sont très aisées pour lui.

  • La destruction

L’éducation marocaine, aussi bien à la maison qu’à l’école, détruit l’enfant par le déluge des critiques. L’enfant apprend ainsi le savoir de la destruction de tous ceux qui le croisent en ignorant la construction qui exige des collaborateurs qui s’encouragent mutuellement.

*tu as a un défaut

Docteur Jaouad MABROUKI, Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

 

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