Le foncier public passe le cap des 13,7 millions d’hectares : quel impact sur l’accélération des mégaprojets ?

La maîtrise du foncier s’impose aujourd’hui comme l’un des déterminants les plus décisifs de la compétitivité économique des États. Les déclarations de la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, devant la Chambre des conseillers, annonçant que le patrimoine foncier public a désormais dépassé les 13,7 millions d’hectares, illustrent l’ampleur des progrès réalisés dans la sécurisation des terres de l’État. Au-delà d’une performance administrative, cette évolution dote le Maroc d’un levier stratégique pour accélérer les grands projets d’investissement et accompagner le développement de filières comme l’hydrogène vert, le dessalement de l’eau de mer, les énergies renouvelables ou les infrastructures structurantes.
Ce seuil marque une évolution de la politique foncière du Royaume. Le patrimoine foncier public n’est plus seulement un actif à gérer, mais un véritable instrument de politique économique. L’accélération observée ces derniers mois en témoigne : le patrimoine de l’État s’est accru de 1,7 million d’hectares par rapport à fin 2025, grâce notamment à une campagne d’immatriculation portant sur plus de 6,5 millions d’hectares de terrains jusque-là non immatriculés, soit une progression de 381 % par rapport à 2024. Cette opération a également permis l’établissement de titres fonciers couvrant plus de 590 000 hectares, ramenant la part des terrains non immatriculés à seulement 0,03 % du patrimoine foncier public.
Cette transformation intervient dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus vive. Les investisseurs recherchent des terrains immédiatement disponibles, bénéficiant d’un statut juridique clair et de procédures simplifiées. Les chiffres montrent d’ailleurs que cette stratégie est déjà entrée dans une phase opérationnelle. En 2025, l’État a mobilisé près de 32 000 hectares au profit de 308 projets d’investissement, représentant environ 71 milliards de dirhams d’investissements et un potentiel de 16 000 emplois. Plus de la moitié de ces projets sont localisés dans les provinces du Sud, où les investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures, notamment le futur port de Dakhla Atlantique, concentrent une part importante des besoins fonciers.
La stratégie nationale de développement de l’hydrogène vert illustre cette nouvelle approche. Les projets nécessitent d’importantes superficies destinées à accueillir les centrales solaires, les parcs éoliens, les unités d’électrolyse ainsi que les infrastructures de stockage et de transport. La disponibilité de terrains déjà immatriculés permet de raccourcir les délais de préparation, de limiter les risques juridiques et de sécuriser les décisions d’investissement dans une filière appelée à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique mondiale.
Le même constat s’impose pour le programme national de dessalement de l’eau de mer. Les nouvelles stations nécessitent des emprises foncières importantes pour les unités de production, les conduites, les postes électriques et les équipements de raccordement. La sécurisation préalable du foncier facilite la programmation des projets et accélère leur réalisation. Parallèlement, 812 hectares ont été mobilisés au profit d’équipements publics, notamment des établissements scolaires, des hôpitaux et d’autres infrastructures à vocation sociale, illustrant le rôle croissant du foncier dans les politiques d’aménagement du territoire.
Cette réserve foncière constitue également un atout pour les nombreux chantiers prévus au cours des prochaines années. Les zones industrielles, les plateformes logistiques, les infrastructures touristiques, les équipements publics ainsi que les projets liés à la préparation de la Coupe du monde 2030 nécessiteront une mobilisation rapide des terrains. Disposer d’un foncier public déjà identifié et juridiquement sécurisé permettra de réduire les délais de mise en œuvre et de renforcer la capacité du Royaume à concrétiser des projets d’envergure dans des calendriers de plus en plus contraints.
Le dépassement du seuil des 13,7 millions d’hectares traduit ainsi une évolution majeure de la gouvernance foncière du Royaume. Plus qu’un patrimoine, cette réserve stratégique devient un instrument de politique économique, au service de l’investissement, de l’aménagement du territoire et de la compétitivité. À l’heure où la rapidité d’exécution constitue un critère déterminant dans les choix des investisseurs, la capacité à mobiliser rapidement un foncier sécurisé pourrait s’imposer comme l’un des principaux avantages comparatifs du Maroc.
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